25 ans déjà…

Giovanni Falcone

Le 23 mai 1992, Giovanni Falcone, le juge antimafia est assassiné en compagnie de son épouse et de trois membres de son escorte. Le magistrat, véritable légende de la lutte contre le crime organisé n’avait aucune chance de s’en sortir. Sous les ordres de Toto Riina, un commando de mafiosi avaient placés 500 kg de TNT dans un conduit d’évacuation des eaux situé sous l’autoroute. Voici le déroulement de l’attentat.   

À 17h48 :
l’avion des Services secrets italien atterrit à l’aéroport de Punta Raisi. Giovanni Falcone qui est alors l’homme le plus menacé d’Italie à la suite d’un contrat de la mafia sur sa tête prenait toutes les précautions possibles. Il annonçait jamais à l’avance ses voyages, changeait constamment d’itinéraire et d’horaire et ne voyageait jamais sur des lignes officielles.

Giovanni Falcone avec son escorte
Giovanni Falcone arrive avec sa femme et son escorte à l’aéroport de Punta Raisi, en Sicile.

À 17h50,
Le juge Giovanni Falcone monte dans une voiture blindée, une Fiat Croma blanche. Son fidèle garde du corps, Giuseppe Costanza, accepte de s’asseoir à l’arrière pour laisser le volant au magistrat qui adorait conduire. Son épouse, Francesca Morvillo, magistrate également, prend place sur le siège passager.

Vito Schifani, Antonio Montinaro et Rocco Di Cillo, 3 gardes du corps expérimentés qui ne lâchent pas Falcone d’une semelle prennent place dans une Fiat blindée marron. Leur mission sera d’ouvrir la route au convoi.

Dans la 3ème voiture, une Fiat blindée bleue, Paolo Capuzzo, Gaspare Cervello et Angelo Corbo, trois autres policiers de l’escorte seront chargés de fermer le convoi en empêchant tout dépassement.

Convoi du 23 mai 1992
Convoi du 23 mai 1992

À 17h58 :

Le convoi arrive à la hauteur de Capaci. Sur une colline qui se trouve à plusieurs centaines de mètres, Giovanni Brusca, le chef du commando appuie sur le bouton d’une télécommande à distance au moment où la première voiture passe à la hauteur d’un vieux frigo que les mafiosi ont placé comme repère au bord de l’autoroute.

Le dernier trajet du Juge Falcone
Le dernier trajet du Juge Falcone

Les assassins sont dissimulés sur une colline avec une vue imprenable sur l'autoroute
Les assassins sont dissimulés sur une colline avec une vue imprenable sur l’autoroute

À 17h59 :
Dans la première voiture, Vito Schifani, Antonio Montinaro et Rocco Di Cillo sont tués sur le coup par l’effroyable explosion.

Rocco Di Cillo 1962-1992
Rocco Di Cillo 1962-92

Antonio Montinaro 1962-1992
Antonio Montinaro 1962- 92
Vito Schifani 1965-1992
Vito Schifani 1965-92
La Fiat occupée par les 3 agents de l'escorte après l'explosion
La Fiat occupée par les 3 agents de l’escorte après l’explosion.

À 17h59 :

Giuseppe Costanza
Giuseppe Costanza, garde du corps miraculé

La seconde voiture n’est pas atteinte de plein fouet par l’explosion, mais termine sa course accidentée dans l’énorme cratère qui s’est ouvert sur l’autoroute. Le juge Giovanni Falcone grièvement blessé est transporté à l’hôpital dans un état désespéré. Il succombe dans les bras de son ami Paolo Borsellino. Sa femme, Francesca Morvillo est mortellement blessée et rend son dernier souffle quelques minutes après l’explosion. Sur la plage arrière, le garde du corps Giuseppe Costanza qui était à la place normalement réservée à Falcone va survivre miraculeusement. Dans la dernière voiture, les 3 agents qui fermaient la route vont s’en sortir malgré leurs blessures.

Giovanni Falcone et son épouse Francesca Morvillo
Giovanni Falcone et son épouse Francesca Morvillo

Voiture de Giovanni Falcone
La voiture blindée occupée par Giovanni Falcone, sa femme et son garde du corps

IMPRESSIONNANT !

Des experts en explosifs ont reconstitué l’attentat de Capaci pour le dossier du procès. Ils ont installés une quantité de TNT similaire et reconstitué un bout de l’autoroute où à eu lieu l’attentat.

http://video.espresso.repubblica.it/tutti-i-video/capaci-la-ricostruzione-della-strage/590

Quelques photos personnelles des lieux de la tragédie.

Capaci
Le cratère de l’explosion, à Capaci

message importantNOTE :
Giovanni PAPARCURI, chauffeur miraculé qui fut grièvement blessé lors de l’attentat à la voiture piégée qui coûta la vie au magistrat Rocco Chinnici, me faisait remarquer que lors de l’attentat qui tua le Juge Falcone, des fonctionnaires et des citoyens ordinaires de la société civile ne sont pas morts, mais ont été blessés. Certains grièvement. S’ils ont survécu à l’explosion, leur âme et leur vie demeurent à jamais meurtries par ce lâche attentat de Cosa Nostra. Trop souvent, lors des commémorations, on se focalise sur les victimes décédées en omettant par inadvertance la souffrance de ceux qui restent…

Voici les autres victimes de l’attentat du 23 mai 1992

  • CAPUZZA Paolo
  • CERVELLO Gaspare
  • CORBO Angelo
  • COSTANZA Giuseppe
  • FERRO Vincenzo
  • GABRIEL Eberhard
  • GABRIEL Eva
  • IENNA SPANO’ Pietra
  • MASTROLIA Oronzo

Merci à Giovanni PAPARCURI

2015 © C. Lovis, les hommes de l’antimafia

Souvenir de Giovanni Falcone

Giovanni Falcone
Giovanni Falcone

Le 23 mai 1992, Giovanni Falcone, le juge antimafia est assassiné en compagnie de son épouse et de trois membres de son escorte. Le magistrat, véritable légende de la lutte contre le crime organisé n’avait aucune chance de s’en sortir. Sous les ordres de Toto Riina, un commando de mafiosi avaient placés 500 kg de TNT dans un conduit d’évacuation des eaux situé sous l’autoroute. Voici le déroulement de l’attentat.   

À 17h48 :
l’avion des Services secrets italien atterrit à l’aéroport de Punta Raisi. Giovanni Falcone qui est alors l’homme le plus menacé d’Italie à la suite d’un contrat de la mafia sur sa tête prenait toutes les précautions possibles. Il annonçait jamais à l’avance ses voyages, changeait constamment d’itinéraire et d’horaire et ne voyageait jamais sur des lignes officielles.

Giovanni Falcone avec son escorte
Giovanni Falcone arrive avec sa femme et son escorte à l’aéroport de Punta Raisi, en Sicile.

À 17h50,
Le juge Giovanni Falcone monte dans une voiture blindée, une Fiat Croma blanche. Son fidèle garde du corps, Giuseppe Costanza, accepte de s’asseoir à l’arrière pour laisser le volant au magistrat qui adorait conduire. Son épouse, Francesca Morvillo, magistrate également, prend place sur le siège passager.

Vito Schifani, Antonio Montinaro et Rocco Di Cillo, 3 gardes du corps expérimentés qui ne lâchent pas Falcone d’une semelle prennent place dans une Fiat blindée marron. Leur mission sera d’ouvrir la route au convoi.

Dans la 3ème voiture, une Fiat blindée bleue, Paolo Capuzzo, Gaspare Cervello et Angelo Corbo, trois autres policiers de l’escorte seront chargés de fermer le convoi en empêchant tout dépassement.

Convoi du 23 mai 1992
Convoi du 23 mai 1992

À 17h58 :

Le convoi arrive à la hauteur de Capaci. Sur une colline qui se trouve à plusieurs centaines de mètres, Giovanni Brusca, le chef du commando appuie sur le bouton d’une télécommande à distance au moment où la première voiture passe à la hauteur d’un vieux frigo que les mafiosi ont placé comme repère au bord de l’autoroute.

Le dernier trajet du Juge Falcone
Le dernier trajet du Juge Falcone
Les assassins sont dissimulés sur une colline avec une vue imprenable sur l'autoroute
Les assassins sont dissimulés sur une colline avec une vue imprenable sur l’autoroute

À 17h59 :
Dans la première voiture, Vito Schifani, Antonio Montinaro et Rocco Di Cillo sont tués sur le coup par l’effroyable explosion.

Rocco Di Cillo 1962-1992
Rocco Di Cillo 1962-92
Antonio Montinaro 1962-1992
Antonio Montinaro 1962- 92
Vito Schifani 1965-1992
Vito Schifani 1965-92
La Fiat occupée par les 3 agents de l'escorte après l'explosion
La Fiat occupée par les 3 agents de l’escorte après l’explosion.

À 17h59 :

Giuseppe Costanza
Giuseppe Costanza, garde du corps miraculé

La seconde voiture n’est pas atteinte de plein fouet par l’explosion, mais termine sa course accidentée dans l’énorme cratère qui s’est ouvert sur l’autoroute. Le juge Giovanni Falcone grièvement blessé est transporté à l’hôpital dans un état désespéré. Il succombe dans les bras de son ami Paolo Borsellino. Sa femme, Francesca Morvillo est mortellement blessée et rend son dernier souffle quelques minutes après l’explosion. Sur la plage arrière, le garde du corps Giuseppe Costanza qui était à la place normalement réservée à Falcone va survivre miraculeusement. Dans la dernière voiture, les 3 agents qui fermaient la route vont s’en sortir malgré leurs blessures.

Giovanni Falcone et son épouse Francesca Morvillo
Giovanni Falcone et son épouse Francesca Morvillo / © Photo de Franco Zecchin : site internet : http://franco.zecchin.book.picturetank.com/
Voiture de Giovanni Falcone
La voiture blindée occupée par Giovanni Falcone, sa femme et son garde du corps

IMPRESSIONNANT !

Des experts en explosifs ont reconstitué l’attentat de Capaci pour le dossier du procès. Ils ont installés une quantité de TNT similaire et reconstitué un bout de l’autoroute où à eu lieu l’attentat.

http://video.espresso.repubblica.it/tutti-i-video/capaci-la-ricostruzione-della-strage/590

Quelques photos personnelles des lieux de la tragédie.

Capaci
Le cratère de l’explosion, à Capaci

message importantNOTE :
Giovanni PAPARCURI, chauffeur miraculé qui fut grièvement blessé lors de l’attentat à la voiture piégée qui coûta la vie au magistrat Rocco Chinnici, me faisait remarquer que lors de l’attentat qui tua le Juge Falcone, des fonctionnaires et des citoyens ordinaires de la société civile ne sont pas morts, mais ont été blessés. Certains grièvement. S’ils ont survécu à l’explosion, leur âme et leur vie demeurent à jamais meurtries par ce lâche attentat de Cosa Nostra. Trop souvent, lors des commémorations, on se focalise sur les victimes décédées en omettant par inadvertance la souffrance de ceux qui restent…

Voici les autres victimes de l’attentat du 23 mai 1992

  • CAPUZZA Paolo
  • CERVELLO Gaspare
  • CORBO Angelo
  • COSTANZA Giuseppe
  • FERRO Vincenzo
  • GABRIEL Eberhard
  • GABRIEL Eva
  • IENNA SPANO’ Pietra
  • MASTROLIA Oronzo

Merci à Giovanni PAPARCURI

2015 © C. Lovis, les hommes de l’antimafia

Crédit photographique Franco Zecchin

Les survivants de l’antimafia

Le 23 mai 1992, à 17h59, quand le cortège de trois voitures blindées escortant le juge Giovanni Falcone passa à la hauteur de Capaci, une gigantesque explosion creva l’autoroute. 

La première Fiat qui ouvrait le convoi fut projetée à plusieurs dizaines de mètres de hauteur, anéantissant la vie des trois policiers Vito Schifani, Antonio Montinaro et Rocco Di Cillo. Dans la Croma blanche du milieu de convoi, Giovanni Falcone et sa femme Francesca Morvillo trouveront également la mort. Le garde du corps Giuseppe Costanza, exceptionnellement assis à l’arrière s’en sort grièvement blessé.

L'attentat de Capaci, 23 mai 1992
L’attentat de Capaci, 23 mai 1992

Dans la voiture de queue se trouvent trois autres policiers. Leur tâche est de fermer le convoi et d’empêcher tout dépassement pour assurer la sécurité de l’homme le plus protégé d’Italie. Ces trois policiers s’en sont sortis miraculeusement, mais n’en demeurent pas moins meurtris à vie par ce drame.

Angelo  Corbo est encore un jeune policier au moment du drame, en 1992. Il avait décidé d’intégrer l’équipe des gardes du corps de Giovanni Falcone par conviction. Il se souvient d’un magistrat qui exorcisait sa peur en plaisantant : « Je suis un mort qui marche » disait-il.

Le convoi © Les hommes de l'antimafia
Le convoi © Les hommes de l’antimafia

Falcone était sans doute le mieux placé pour être au courant des risques auxquels il était exposé. Il connaissait par coeur la mafia et en tant que maître d’œuvre du Maxi-Procès, il savait que Cosa Nostra aspirait à se venger en tuant celui qui l’avait mise à genou. Mais la mafia n’était pas la seule à vouloir la peau du grand magistrat. Isolé dans son combat, il a été quasiment expatrié de sa Sicile qu’il aimait tant pour rejoindre le Ministère de la Justice à Rome. Il souffrait de cette injuste solitude et ses gardes du corps le ressentaient.

Les policiers de l’escorte de Giovanni Falcone étaient des amis. Des frères d’armes. Ils savaient qu’en protégeant l’homme le plus haï de Cosa Nostra, ils étaient eux aussi en grand danger. Pourtant, ils n’ont pas hésité une seule seconde. Ils font partie de ces héros de l’antimafia qui font la grandeur de l’histoire italienne. Une lutte incroyable que quelques hommes ont décidé de mener contre la plus dangereuse organisation criminelle du monde.

Angelo Corbo, un des gardes du corps rescapés lors de l'attentat de Capaci
Angelo Corbo, un des gardes du corps rescapés lors de l’attentat de Capaci

Angelo Corbo se sent coupable d’avoir survécu alors que ses amis et ceux qu’il devait protéger, eux, sont morts. Il raconte aujourd’hui qu’on lui a même fait des reproches. Comme celui de n’avoir pas remarqué la voiture conduite par le mafioso Gioacchino La Barbera qui a donné le signal de départ de l’attaque au moment où le convoi a quitté l’aéroport, plus de dix minutes avant l’explosion. Des accusations fallacieuses envers ces anges gardiens. Car Falcone, très attentif à sa sécurité ne divulguait jamais son calendrier. Ses propres gardes du corps ne savaient pas à l’avance que, ce jour-là, Falcone venait à Palerme. Ils l’ont appris au dernier moment, quand il a fallu se rendre à l’aéroport à bord des trois voitures blindées. Lors du procès, il a été admis qu’une taupe devait se trouver aux plus hauts sommets de l’État pour connaître l’emploi du temps du magistrat et aviser ainsi les tueurs de Cosa Nostra de la venue de Falcone en Sicile ce jour-là.

Angelo Corbo est aujourd’hui inspecteur de la police judiciaire à Florence. Il garde dans sa mémoire les images atroces de ses collègues emportés dans l’explosion qui le tourmentent encore actuellement. Il se revoit avec Paolo Capuzzo et Gaspare Cervello, ses confrères survivants, en train de tenter, en vain, d’ouvrir la portière tordue de la Fiat de Falcone avec l’angoisse de voir un tueur de la mafia surgir pour finir le travail. Angelo Corbo se souviendra toujours du silence qui succède au fracas. De tout ce sang. De l’horrible odeur de chair brûlée. Du regard perdu de Francesca Morvillo. De la lente agonie de Giovanni Falcone qui tente encore de bouger malgré ses blessures mortelles.

C. Lovis © les hommes de l’antimafia

Souvenir de Giovanni Falcone

Giovanni Falcone
Giovanni Falcone

Le 23 mai 1992, Giovanni Falcone, le juge antimafia est assassiné en compagnie de son épouse et de trois membres de son escorte. Le magistrat, véritable légende de la lutte contre le crime organisé n’avait aucune chance de s’en sortir. Sous les ordres de Toto Riina, un commando de mafiosi avaient placés 500 kg de TNT dans un conduit d’évacuation des eaux situé sous l’autoroute. Voici le déroulement de l’attentat.   

À 17h48 :
l’avion des Services secrets italien atterrit à l’aéroport de Punta Raisi. Giovanni Falcone qui est alors l’homme le plus menacé d’Italie à la suite d’un contrat de la mafia sur sa tête prenait toutes les précautions possibles. Il annonçait jamais à l’avance ses voyages, changeait constamment d’itinéraire et d’horaire et ne voyageait jamais sur des lignes officielles.

Giovanni Falcone avec son escorte
Giovanni Falcone arrive avec sa femme et son escorte à l’aéroport de Punta Raisi, en Sicile.

À 17h50,
Le juge Giovanni Falcone monte dans une voiture blindée, une Fiat Croma blanche. Son fidèle garde du corps, Giuseppe Costanza, accepte de s’asseoir à l’arrière pour laisser le volant au magistrat qui adorait conduire. Son épouse, Francesca Morvillo, magistrate également, prend place sur le siège passager.

Vito Schifani, Antonio Montinaro et Rocco Di Cillo, 3 gardes du corps expérimentés qui ne lâchent pas Falcone d’une semelle prennent place dans une Fiat blindée marron. Leur mission sera d’ouvrir la route au convoi.

Dans la 3ème voiture, une Fiat blindée bleue, Paolo Capuzzo, Gaspare Cervello et Angelo Corbo, trois autres policiers de l’escorte seront chargés de fermer le convoi en empêchant tout dépassement.

Convoi du 23 mai 1992
Convoi du 23 mai 1992

À 17h58 :

Le convoi arrive à la hauteur de Capaci. Sur une colline qui se trouve à plusieurs centaines de mètres, Giovanni Brusca, le chef du commando appuie sur le bouton d’une télécommande à distance au moment où la première voiture passe à la hauteur d’un vieux frigo que les mafiosi ont placé comme repère au bord de l’autoroute.

Le dernier trajet du Juge Falcone
Le dernier trajet du Juge Falcone
Les assassins sont dissimulés sur une colline avec une vue imprenable sur l'autoroute
Les assassins sont dissimulés sur une colline avec une vue imprenable sur l’autoroute

À 17h59 :
Dans la première voiture, Vito Schifani, Antonio Montinaro et Rocco Di Cillo sont tués sur le coup par l’effroyable explosion.

Rocco Di Cillo 1962-1992
Rocco Di Cillo 1962-92
Antonio Montinaro 1962-1992
Antonio Montinaro 1962- 92
Vito Schifani 1965-1992
Vito Schifani 1965-92
La Fiat occupée par les 3 agents de l'escorte après l'explosion
La Fiat occupée par les 3 agents de l’escorte après l’explosion.

À 17h59 :

Giuseppe Costanza
Giuseppe Costanza, garde du corps miraculé

La seconde voiture n’est pas atteinte de plein fouet par l’explosion, mais termine sa course accidentée dans l’énorme cratère qui s’est ouvert sur l’autoroute. Le juge Giovanni Falcone grièvement blessé est transporté à l’hôpital dans un état désespéré. Il succombe dans les bras de son ami Paolo Borsellino. Sa femme, Francesca Morvillo est mortellement blessée et rend son dernier souffle quelques minutes après l’explosion. Sur la plage arrière, le garde du corps Giuseppe Costanza qui était à la place normalement réservée à Falcone va survivre miraculeusement. Dans la dernière voiture, les 3 agents qui fermaient la route vont s’en sortir malgré leurs blessures.

Giovanni Falcone et son épouse Francesca Morvillo
Giovanni Falcone et son épouse Francesca Morvillo
Voiture de Giovanni Falcone
La voiture blindée occupée par Giovanni Falcone, sa femme et son garde du corps

IMPRESSIONNANT !

Des experts en explosifs ont reconstitué l’attentat de Capaci pour le dossier du procès. Ils ont installés une quantité de TNT similaire et reconstitué un bout de l’autoroute où à eu lieu l’attentat.

http://video.espresso.repubblica.it/tutti-i-video/capaci-la-ricostruzione-della-strage/590

Quelques photos personnelles des lieux de la tragédie.

Capaci
Le cratère de l’explosion, à Capaci

message importantNOTE :
Giovanni PAPARCURI, chauffeur miraculé qui fut grièvement blessé lors de l’attentat à la voiture piégée qui coûta la vie au magistrat Rocco Chinnici, me faisait remarquer que lors de l’attentat qui tua le Juge Falcone, des fonctionnaires et des citoyens ordinaires de la société civile ne sont pas morts, mais ont été blessés. Certains grièvement. S’ils ont survécu à l’explosion, leur âme et leur vie demeurent à jamais meurtries par ce lâche attentat de Cosa Nostra. Trop souvent, lors des commémorations, on se focalise sur les victimes décédées en omettant par inadvertance la souffrance de ceux qui restent…

Voici les autres victimes de l’attentat du 23 mai 1992

  • CAPUZZA Paolo
  • CERVELLO Gaspare
  • CORBO Angelo
  • COSTANZA Giuseppe
  • FERRO Vincenzo
  • GABRIEL Eberhard
  • GABRIEL Eva
  • IENNA SPANO’ Pietra
  • MASTROLIA Oronzo

Merci à Giovanni PAPARCURI

2015 © C. Lovis, les hommes de l’antimafia

Hommage à Giovanni Falcone

« Le courageux meurt une seule fois ; le lâche, plusieurs fois par jour. »

Giovanni Falcone 

Voiture du juge Giovanni Falcone après l'explosion  de Capaci
Voiture du juge Giovanni Falcone après l’explosion de Capaci

Par une belle journée ensoleillée, le samedi 23 mai 1992 à 16 h 40, l’avion des services secrets italien quitta discrètement l’aéroport romain de Ciampino avec à son bord, Giovanni Falcone et sa femme Francesca Morvillo. À 17 h 48, le jet atterrit à Palerme et se plaça en bout de piste où trois Fiat blindées les attendaient. L’escorte composée de policiers aguerris à ce genre de mission était dirigée par Arnaldo La Barbera, garde du corps de Falcone depuis plusieurs années. Deux minutes plus tard, le cortège transportant le directeur général des affaires pénales du Ministère s’engagea sur l’autoroute en direction de Palerme. Tout semblait tranquille, mais les apparences étaient trompeuses. Ce voyage pourtant tenu secret ne l’était pas pour Cosa Nostra. Sitôt leur départ, quelqu’un informa que dans les huit minutes, la Fiat blanche passerait à la hauteur de la petite ville de Capaci. Des centaines de kilos de tolite, une puissance sans précédent, avaient été placés sous la voie rapide reliant l’aéroport de Punta Raisi à Palerme. L’explosif avait été dissimulé à l’intérieur d’une canalisation d’écoulement des eaux, par des mafiosi déguisés en employés de la voirie à qui personne n’avait prêté attention. […]

Extrait du livre : Les hommes de l’antimafia

Giovanni Falcone avec son escorte
Giovanni Falcone avec son escorte

« Ce cocu, je lui briserai les os »

Après 20 ans de prison sous le régime très sévère du 41bis, dans un silence absolu, le parrain des parrains ne tient plus.

Toto Riina qui tourne le dos aux surveillants regarde autour de lui, se penche en avant vers son interlocuteur et murmure :

Ce cocu (en parlant du Conseiller insctructeur Chinnici), je lui briserai les os

Son vis-à-vis est Alberto Lorusso, une figure de proue de la Sacra Corona Unita (mafia des Pouilles) l’écoute avec respect. Il reste silencieux. Riina parle :

 J’ai toujours été un puissant. Et si j’étais libre, je ne saurais pas quoi faire, mais je ne voudrais pas perdre une minute. Cela me rend fou

Salvatore Riina
Salvatore Riina

Cet échange a été capturé par une caméra et un micro-espion placés dans la cour de la prison de l’Opéra, à Milan. Après 20 ans de prison sous le régime très sévère du 41bis, dans un silence absolu, le parrain des parrains ne tient plus. Le plus cruel des boss de la mafia sicilienne a envie de prendre l’air. Il évoque les noms de Giorgio Napolitano, le président italien et celui de Berlusconi, parle de grâce. Il critique son complice Bernardo Provenzano, le jugeant peu courageux. Au contraire, Toto Riina se gonfle de fierté en revendiquant la pleine paternité des massacres de Capaci et de la via D’Amelio qui tuèrent les juges antimafia Falcone et Borsellino.

« Quelle belle saison des massacres »

Nino Giuffrè
Nino Giuffrè

Le repenti Nino Giuffre surnommait Toto Riina “il purosangue” (pur-sang) en allusion à sa réputation d’irréductible fidèle à Cosa Nostra. Pourtant le terrible boss perd la maîtrise de soi et dans la salle où on été intercepté ces révélations, il apparaît  comme une rivière en crue, crachant sa colère concernant le processus de négociation entre l’État et la Mafia.

C’est un tournant, pour la première fois, le procureur de Palerme et les enquêteurs de la DIA écoutent en direct l’histoire de 20 ans de carnage à travers les souvenirs du stratège de l’horreur.

Quand il parle de Rocco Chinnici, le magistrat assassiné dans un attentat à la voiture piégée à Federico Pipitone, en juillet 1983, Riina est heureux.

Il a sauté en l’air avant de retourner sous la terre

Quand il parle de Falcone et Borsellino, il évoque cette période comme une saison glorieuse où le sang coulait tous les jours.

J’ai toujours été un puissant. J’ai décidé de ne pas perdre plus de temps avec eux

À ce stade, Alberto Lorusso le flatte :

Quelle belle saison en effet. Mais maintenant c’est le mauvais temps. C’est fini

Riina rétorque :

Si j’étais encore là, je ne perdrais pas de temps, je leur briserai les os

Les procureurs de Palerme ont recueilli des centaines de pages de transcriptions, et des dizaines d’heures de conversations. Toto Riina est décrit comme le chef absolu de l’organisation qui a déclaré la guerre à l’État. Après les attentats commis en Italie, Riina a murmuré à son interlocuteur :

J’aurais continué à faire des massacres en Sicile, plutôt que sur le continent, les choses auraient été moins ambiguës … nous aurions dû continuer ici.

Riina, dépositaire de tous les secrets a évoqué des « mystères » denses concernant principalement le massacre de Capaci. Riina dit les avoir partagées avec un seul homme d’honneur, le boss Totò Cancemi (mort en 2011), le chef du district de Porta Nuova (Palerme), qui avaient pris la place de Pippo Calo, le « caissier » de la mafia.

Quand il rencontre sa famille au parloir, Toto Riina est toujours alerte, reste prudent et ne commet jamais d’erreur qui pourrait servir aux enquêteurs. Un autocontrôle parfait qui lui a permis d’échapper à la justice pendant 24 ans. Il échange sur des banalités comme le football ou le temps qu’il fait.

L’endroit où il se trouvait au moment des révélations donnait l’illusion d’être inaccessible aux yeux et oreilles indiscrètes. Selon les analystes, la métamorphose du parrain des parrains est incroyable. Sur les images vidéos, ont voit Riina s’éloigner de la véranda ou sont stationnés les gardiens et s’asseoir sur un banc avec Alberto Lorusso. Il regarde autour de lui et derrière lui, puis baissant la voix, il se mit à parler librement. Offrant son analyse en commentant les nouvelles à la télévision ou tout simplement en livrant ses souvenirs.

Il baisse encore le volume de sa voix. Il se croit à l’abri en chuchotant, mais les micros ont été placés avec une grande habileté par les hommes de DIA. Ils entendant le chant des oiseaux, mais aussi chaque murmure du boss.

Les menaces de mort proférées par Salvatore Riina à l’encontre du procureur de Palerme fait froid dans le dos : « J’aimerais le découper comme un thon »

Procureur de Palerme Nino di Matteo
Le Procureur de Palerme Nino di Matteo est menacé de mort par Cosa Nostra

La surveillance de Toto Riina a commencé en juin 2013. Une lettre anonyme reçue par le procureur de Palerme Nino Di Matteo disait que Toto Riina, par l’intermédiaire de son fils, avait donné son feu vert pour une attaque contre lui. Le procureur a donc demandé de placer des caméras et des micros dans la prison de l’Opéra. La réponse est au-dessus de toutes les attentes.

Les analystes antimafia tentent de répondre aux nombreuses questions que tout le monde se pose. Car pour la première fois depuis 20 ans, les conversations révèlent le côté sombre de la personnalité de l’assassin de masse que fut Toto Riina. Pour certains, la loquacité subite du super boss est une véritable mascarade. Pourquoi Riina parle tant ?

La grille de lecture des enquêteurs s’appuie sur leur longue expérience. Pour eux, Toto Riina fait un «appel aux armes» aux « hommes d’honneur ». Pour d’autres enquêteurs, les déclarations belliqueuses de Riina pourraient fournir une couverture à toute entité extérieure à Cosa Nostra. Le procureur Francesco Messineo parle d’alibi parfait pour une nouvelle action violente à Palerme.

D’aucuns doutent de l’authenticité des déclarations de Toto Riina. Certains parlent d’une stratégie de la tension voulue par Riina de peur que le procès qui va s’ouvrir sur les négociations Etat-Mafia prouve que Riina a traité avec l’État, ruinant ainsi sa réputation de « pur-sang » et perdant son prestige parmi les membres de Cosa Nostra.

Source : Joseph Lo Bianco et Sandra Rizza, Il Fatto Quotidiano

Traduction : C. Lovis

Hommage à Giovanni Falcone

POUR NE JAMAIS OUBLIER…

« On meurt, généralement parce qu’on est seul ou parce qu’on est entré dans un jeu trop grand. On meurt souvent, parce qu’on ne dispose pas des alliances nécessaires ou parce qu’on est privé de soutien », écrivait Giovanni Falcone dans son livre « Cose di Cosa Nostra ».

Lieu de l’attentat, à Capaci, près de Palerme

Par une belle journée ensoleillée, le samedi 23 mai 1992 à 16 h 40, l’avion des services secrets italien quitta discrètement l’aéroport romain de Ciampino avec à son bord, Giovanni Falcone et sa femme Francesca Morvillo. À 17 h 48, le jet atterrit à Palerme et se plaça en bout de piste où trois Fiat blindées les attendaient.

L’escorte composée de policiers aguerris à ce genre de mission était dirigée par Arnaldo La Barbera, garde du corps de Falcone depuis plusieurs années. Deux minutes plus tard, le cortège transportant le directeur général des affaires pénales du Ministère s’engagea sur l’autoroute en direction de Palerme. Tout semblait tranquille, mais les apparences étaient trompeuses. Ce voyage pourtant tenu secret ne l’était pas pour Cosa Nostra. Sitôt leur départ, quelqu’un informa que dans les huit minutes, la Fiat blanche passerait à la hauteur de la petite ville de Capaci. Des centaines de kilos de tolite, une puissance sans précédent, avaient été placés sous la voie rapide reliant l’aéroport de Punta Raisi à Palerme. L’explosif avait été dissimulé à l’intérieur d’une canalisation d’écoulement des eaux, par des mafiosi déguisés en employés de la voirie à qui personne n’avait prêté attention.

La Fiat marron pilotée par l’agent Vito Schifani, accompagné du chef d’escorte Antonio Montinaro et par l’agent Rocco DiCillo ouvrait la route. Au milieu du cortège se trouvait la voiture de Giovanni Falcone. À la demande du magistrat qui adorait conduire, Giuseppe Costanza, son fidèle garde du corps depuis 1984 s’était assis à l’arrière. L’épouse de Falcone avait pris place à ses côtés. Trois autres policiers se trouvaient dans la Fiat bleue qui fermait la colonne, Paolo Capuzzo, Gaspare Cervello et Angelo Corbo.

Le convoi filait à près de 160 km/h, sur la voie gauche, à courte distance pour empêcher qu’une voiture impromptue ne s’intercale. Ce jour-là, il régnait une certaine sérénité puisque personne n’était supposé savoir que Falcone était en Sicile. Soudain, à 17 h 59, une énorme explosion éventra l’autoroute sur une centaine de mètres. La déflagration se répercuta longuement dans la vallée. La Fiat de tête et celle du juge furent projetées dans les airs comme par une main titanesque
avant de s’écraser, disloquées, à l’intérieur d’un immense cratère.

Dans la première voiture, Vito Schifani, Antonio Montinaro et Rocco De Cillo54 moururent sur le coup. Dans la seconde, Francesca connut le même sort alors que Giovanni Falcone était dans un état désespéré. Il s’éteignit deux heures plus tard dans l’ambulance qui fonçait vers l’hôpital. Giuseppe Costanza fut grièvement blessé, mais sauvé in extremis, de même que les occupants du troisième véhicule. L’attentat blessa encore une vingtaine de personnes roulant sur l’autoroute à proximité de l’explosion.

« Le courageux meurt une seule fois ; le lâche, plusieurs fois par jour. »
Giovanni Falcone (1985)

Extrait du livre : Les hommes de l’antimafia