Un homme de l’antimafia s’en est allé

Cristoforo Rubino, surnommé « Hulk », est mort à l’âge de 53 ans d’une fulgurante maladie. Membre de la Squadra Mobile de Palerme, ce policier était un homme de l’antimafia qui s’était spécialisé dans les écoutes téléphoniques pour mener des opérations contre Cosa Nostra.  

Cristoforo Rubino avait fait partie de l’escorte du juge Giovanni Falcone dans les années 80′. Policier admiré à Palerme pour son courage et son honnêteté, il avait réussi à faire arrêter plusieurs parrains de la mafia sicilienne grâce à ses compétences, notamment dans les écoutes téléphoniques.

Son courage et sa détermination faisait de lui un policier craint des mafiosi de Cosa Nostra. Les collègues qui partageaient son quotidien l’avaient surnommés « Hulk » à cause de sa force physique. Une photo de lui est restée célèbre. On le voit en train de courir sur une intervention, mitraillette à la main, lunettes de soleil sur le nez en plein Palerme.

Un fait d’arme qui restera dans les mémoires des hommes de l’antimafia fut l’arrestation du parrain de Kalsa, quartier de Palerme, Antonino Lauricella. Ce dernier était recherché depuis plusieurs années par la justice pour ses crimes.

Plus grand respect pour Cristoforo Rubino qui rejoint les étoiles de l’antimafia !

C. Lovis

Source : LiveSicilia.it

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Cristoforo Rubino en intervention à Palerme

 

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Cristoforo Rubino en intervention à Palerme
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L’attentat de Capaci

La Fiat marron pilotée par l’agent Vito Schifani, accompagné du chef d’escorte Antonio Montinaro et par l’agent Rocco DiCillo ouvrait la route. Au milieu du cortège se trouvait la voiture de Giovanni Falcone. À la demande du magistrat qui adorait conduire, Giuseppe Costanza, son fidèle garde du corps depuis 1984 s’était assis à l’arrière. L’épouse de Falcone avait pris place à ses côtés. Trois autres policiers se trouvaient dans la Fiat bleue qui fermait la colonne, Paolo Capuzzo, Gaspare Cervello et Angelo Corbo. Le convoi filait à près de 160 km/h, sur la voie gauche, à courte distance pour empêcher qu’une voiture impromptue ne s’intercale. Ce jour-là, il régnait une certaine sérénité puisque personne n’était supposé savoir que Falcone était en Sicile.

Francesca Morvillo, Vito Schifani, Rocco De Cillo, Antonio Montinaro

Soudain, à 17 h 59, une énorme explosion éventra l’autoroute sur une centaine de mètres. La déflagration se répercuta longuement dans la vallée. La Fiat de tête et celle du juge furent projetées dans les airs comme par une main titanesque avant de s’écraser, disloquées, à l’intérieur d’un immense cratère. Dans la première voiture, Vito Schifani, Antonio Montinaro et Rocco De Cillo* moururent sur le coup. Dans la seconde, Francesca connut le même sort alors que Giovanni Falcone était dans un état désespéré. Il s’éteignit deux heures plus tard dans l’ambulance qui fonçait vers l’hôpital. Giuseppe Costanza fut grièvement blessé, mais sauvé in extremis, de même que les occupants du troisième véhicule. L’attentat blessa encore une vingtaine de personnes roulant sur l’autoroute à
proximité de l’explosion.

*En ce mois de mai 1992, Antonio Montinaro (trente ans), père de deux petits enfants, ignorait qu’il roulait vers un destin tragique. En effet, ce jourlà, il avait échangé son service avec un collègue, et, par conséquent, il n’aurait pas dû se retrouver dans la voiture. Chef d’escorte du Juge Falcone depuis quelques années, il était devenu une figure emblématique pour les journalistes qui tentaient parfois de lui soutirer un scoop lors des longues heures d’attente au Palais de justice. Il répondait chaque fois sur le ton le plus affable qu’ils devraient patienter jusqu’à sa retraite pour découvrir ses mémoires.
Empreint d’ironie et d’un humour noir propre aux gens côtoyant régulièrement la mort, il déclara un jour à un photographe qui le prenait en photo en compagnie de Falcone : « Tôt ou tard, je vais exploser et alors vous aurez vraiment un scoop ! ». Vito Schifani (vingt-sept ans) laissa derrière lui une petite fille de quatre mois et sa femme Rosaria. Lors des funérailles, cette dernière prononça un discours qui bouleversa toute l’Italie. Rocco DiCillo (trente ans), assis à l’arrière de l’Alfa, mourut aussi sur le coup.

 

Extrait du livre : Les hommes de l’antimafia

Le Commissaire Beppe Montana

Beppe MontanaEn 1984, lors d’une belle journée de printemps, il recourra à une méthode qui semble tout ce qu’il y a de plus logique au jour d’aujourd’hui, mais tout à fait inédite à cette époque. Tommaso Spadaro, ex-roi de la contrebande de cigarettes, était un personnage très riche. « L’homme d’honneur » devait purger une peine de plusieurs années de prison, mais comme il ne s’était jamais présenté à son procès, il avait été condamné par contumace. Pourtant, aussi invraisemblable que cela puisse paraître, ce dernier vivait en toute tranquillité dans son bel appartement et sa présence n’était un secret pour personne. Le genre de chose qui avait le don d’agacer fortement le commissaire Montana qui décida que cette impunité ne pouvait plus durer. Il se rendit alors au palais de justice pour y rencontrer le Juge Paolo Borsellino qui lui délivra un mandat d’arrêt en bonne et due forme.
Sans préparer d’opération de police particulière, Beppe Montana et deux collègues de sa brigade s’arrêtèrent devant le domicile du mafioso. Le plus normalement du monde, ils sonnèrent et attendirent quelques instants. C’est Spadaro en personne qui ouvrit la porte. Poliment, Montana exhiba son badge et lui notifia le mandat d’arrêt pour association de type mafieuse.  Le criminel resta interdit quelques secondes avant de se laisser emmener sans résistance.

Cette arrestation fut considérée comme une inacceptable provocation pour les parrains de Cosa Nostra, car Tommaso Spadaro était très respecté au sein de la Coupole. Il était surtout celui qui garantissait des liens cruciaux entre ses amis de la Camorra napolitaine et la Cosa Nostra sicilienne. Au tribunal de Palerme, le pool antimafia ne cacha pas sa satisfaction dans la mesure où le commissaire venait d’envoyer un signal clair sur la volonté de changer les choses. Une  démonstration de force prouvant que désormais, nul ne serait au-dessus des lois en Sicile.

Extrait du Livre : Les hommes de l’antimafia

Livre événement : Les Hommes de l’Antimafia

L’histoire contée dans cet ouvrage est intensément triste. Peu à peu, en explorant la vie des hommes de l’Antimafia, Christian Lovis a découvert qu’ils avaient pratiquement tous payé de leur vie leur courage, leur abnégation, leur sens du devoir et leur loyauté sans faille envers la démocratie institutionnelle de leur pays.

Certes, le constat est terrible, car la mort est une tragédie inacceptable et rien ne peut alléger le malheur qu’elle provoque. Cependant, on peut y trouver un semblant de sérénité quand on sait que les victimes de la mafia ne sont pas mortes pour rien. A l’évidence, le combat mené par une minorité d’individus courageux a permis de mettre en lumière et de dénoncer des pratiques intolérables au sein d’un État de droit. Les progrès réalisés ont été considérables et cruciaux dans la lutte contre le crime organisé. Vous allez découvrir l’histoire de la longue et honteuse cohabitation entre des tueurs sanguinaires et des élus du peuple, mais surtout, le combat incroyable mené par des magistrats et des policiers dont la lutte résonne encore aujourd’hui.