Magistrat antimafia à Naples

Giovanni Colangelo a commencé sa carrière comme magistrat à Chivasso en 1973, puis à Gioia del Colle (de 1977) et Bari (1989). En 1991 , il rejoint la cour de Bari où il se spécialise dans des enquêtes sur la criminalité économique. Depuis 2002, il s’occupe des crimes de terrorisme et de la coordination pour la capture des fugitifs.

Depuis qu’il est arrivé à Naples, Giovanni Colangelo s’est occupé de combattre les clans de la Camorra qui ensanglantent la région. Il a relevé notamment la porosité qui existe entre la politique et la pègre et le système de collusion entre les entreprises publiques et privées et de la Camorra.

Colangelo a toujours souligné que la guerre contre la Camorra doit se faire non seulement en termes de répression, mais aussi d’un point de vue social.

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Le procureur de Naples Giovanni Colangelo

En mai dernier, un repenti de la Sacra Corona Unita, originaire de la région napolitaine, a permis aux autorités antimafia de Bari de saisir 550 grammes de tritole, ainsi qu’un pistolet Tokarev et ses munitions. L’explosif et l’arme ont été retrouvés au pied d’un arbre à Gioia del Colle, dans la province de Bari. Incarcéré avec des membres de la Camorra, le repenti affirme que l’explosif devait servir à un attentat contre le procureur de Naples Giovanni Colangelo. 5 personnes ont été arrêtées.

« Je remercie les citoyens de Naples »
« J’ai reçu des centaines de déclarations de solidarité, de respect et de reconnaissance pour ma personne et mon travail, je tiens à remercier tout le monde. Un grand merci aux nombreux citoyens napolitains qui m’ont écrit si gentiment pour me soutenir. Ils prouvent ainsi que les honnêtes gens sont en écrasante majorité dans cette ville. Je répète que je vais continuer à faire mon travail au service du gouvernement »

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CAMORRA : Un boss mafieux veut faire gagner sa fille à la TV

150 carabiniers ont été déployés à Villaricca (ouest de Naples), fief du clan Ferrara, pour interpeller 7 personnes, accusées d’extorsion de fonds mafieuse.

ACTUALITEParmi les personnes arrêtées figurent Domenico « O’Moccuso » Ferrara, 58 ans, boss du clan, et ses deux principaux lieutenants, Vittorio Amato et Rocco Ruocco. Le parrain se trouvait devant la télévision, à regarder le match du club de foot de Naples. Les enquêteurs de Naples ont pu retracer l’organigramme précis du groupe criminel où on retrouve Domenico Ferrara à la tête du clan. L’enquête complexe agrémentée d’écoutes téléphoniques et d’observations a permis l’arrestation des principaux mafieux.

Les enquêtes de police judiciaire, corroborée par les déclarations des collaborateurs de justice ont permis de vérifier l’existence d’un solide trafic de la drogue avec d’énormes sommes d’argent en jeu.

Les activités d’enquêtes ont porté sur les déclarations de plusieurs collaborateurs de justice qui coopèrent avec la police depuis plusieurs mois. Le rapport d’investigation a montré, non seulement le fonctionnement actuel du clan, mais aussi la nature particulièrement dangereuse de leurs dirigeants et en particulier, Domenico Ferrara.

Anecdote : Quand un parrain de la Camorra veut faire gagner sa fille dans une émission de télévision.

En février 2013, les enquêteurs avaient saisi au domicile de Domenico Ferrara 320 téléphones portables, utilisés pour soutenir sa fille Vania, candidate à l’émission de télé-crochet « Tu lascio una canzone », sur RAI 1. Elle a fini seconde du programme grâce aux votes des téléspectateurs. C’est à ça qu’ont servi les téléphones : le clan Ferrara les a distribués à la famille, aux amis et aux voisins pour qu’ils votent. Après l’émission, les camorristes ont récupéré les portables pour vérifier que les gens avaient suffisamment voté pour la fille du parrain…

Le boss mafieux Domenico O'Moccuso Ferrara
Le boss mafieux Domenico O’Moccuso Ferrara arrêté par les carabiniers

Source février 2016 : http://www.internapoli.it

CAMORRA : abattu pour avoir manqué de respect à un boss

NAPLES – Le corps de Vincenzo Amendola, 18 ans, a été retrouvé dans un champ près de Naples. Il avait disparu depuis février dernier. C’est un de ses amis d’enfance, un des 3 hommes qui ont participé à son meurtre, qui a décidé de collaborer avec les enquêteurs.

Vincenzo Amendola, le jeune homme victime de la barbarie mafieuse
Vincenzo Amendola, le jeune homme victime de la barbarie mafieuse

Vincenzo Amendola a été enlevé par 3 hommes du clan (dont son ami d’enfance) qui l’ont conduit dans une zone rurale. Son crime : s’être vanté d’avoir eu une aventure avec la femme d’un boss du clan Formicola de la Camorra, en prison pour d’autres crimes.

Un des auteurs du kidnapping est son ami d’enfance, Gaetano Nunziato, 23 ans. Fortement soupçonné d’avoir un lien avec la disparition de son ami, il fut arrêté par la police. Après quelques heures d’interrogatoire, de peur d’être éliminé à son tour, il décida de collaborer avec la justice et de raconter dans les moindres détails la triste fin, lente et douloureuse de Vincenzo Amendola.

Enlevé en début de soirée, Vincenzo Amendola, en pleure, se mettra à genoux pour demander miséricorde aux 3 tueurs qui l’entouraient dans ce sinistre terrain vague. Malgré ses supplications, un des camorristes tira une première balle mais l’arme s’enraya. La seconde balle lui perfora la mâchoire, délabrant son visage. Il ne perdit pas connaissance et tenta de supplier à nouveau ces bourreaux sans pouvoir sortir un son, la mâchoire disloquée. Puis le jeune homme fut finalement achevé avant d’être enterré.

Les enquêteurs ont appris que les tueurs avaient l’intention de construire une porcherie au-dessus du corps. La police n’aurait sans doute jamais retrouvé le corps du malheureux si son ami d’enfance, Gaetano Nunziato, 23 ans, n’avait pas révélé l’endroit.

Le trou où fut découvert la victime
L’endroit où fut découverte la victime

Source : http://www.napolitoday.it

Mafia, un curé contre la Camorra

Arracher les jeunes à la mafia napolitaine : tel est le combat quotidien de Don Luigi Merola. Un engagement qui oblige ce prêtre plusieurs fois menacé de mort à vivre sous escorte.

Don Luigi Merola

Don Luigi Merola jaillit de sa Lancia grise blindée, col romain dégrafé, filet bourré de ballons de foot à l’épaule et gardes du corps sur les talons. Il est en retard et s’en excuse. Il rentre d’un séjour sur l’île d’Ischia, toute proche de Naples, avec les gamins de la Voix des enfants, la fondation qu’il a créée en 2007. On l’attend à Caserte, où une antenne de son association est en projet. C’est ainsi: « Don Lui », comme l’appellent ses ouailles, 39 ans, zappe sans cesse de rendez-vous en colloques, de son église à sa fondation.

Prêtre de la paroisse napolitaine de San Borromeo alle Brecce depuis septembre 2010, l’énergique trentenaire aux fines lunettes est aussi chapelain de la gare centrale. C’est aux enfants de ces quartiers miséreux qu’il donne son temps, son dynamisme, sa vie, pour qu’ils ne tombent pas, comme leurs pères, dans les rets de la Camorra, la mafia napolitaine. « Mon objectif, c’est de retirer leur main-d’oeuvre aux boss », martèle-t-il. Pas si simple quand un gamin de 6 ans peut gagner 100 euros par semaine en faisant le guetteur pour les dealers…

La Camorra, « ce cancer qui dévore la Campanie« , le père Merola s’y frotte depuis sa propre enfance. Avec ses trois frères, il a grandi à Villaricca, puis à Marano di Napoli, fief des familles Nuvoletta et Polverino, entre papa Giuseppe, ouvrier en bâtiment, et mamma Rosetta, mère au foyer, puis assistante dans un cabinet médical. Luigi n’a jamais rêvé de manier la kalachnikov. Il voulait être médecin. Ou carabinier. Il est devenu « docteur de l’âme ».

Ordonné prêtre à 23 ans, il est parachuté dans sa paroisse natale de Marano, où il se lance dans une croisade contre l’usure, une pratique mafieuse très courante dans la région. Parce que, d’après lui, « les yeux sont faits pour voir, les oreilles pour entendre, la bouche pour parler ». Pareil credo vaut arrêt de mort sur ces terres mutiques. En janvier 2000, Don Luigi en sera quitte pour un avertissement musclé et quelques ecchymoses. Dix mois plus tard, il est envoyé à Forcella, dédale d’étroites ruelles lépreuses qui serpentent entre la gare centrale de Naples et le Dôme.La Camorra est chez elle dans ces familles où la nourrituremanque parfois et où les soins médicaux sont un luxe. « Pour acheter leur silence, elle paie arriérés de loyers et impôts », précise le prêtre. Ici, 40 % des hommes sont affiliés aux réseaux camorristes.

Luigi Merola les défie, leur refuse les sacrements de l’Eglise, dénonce les dealers de la piazza Sant’Arcangelo a Baiano. Vingt-cinq d’entre eux sont arrêtés en 2003. Quelques mois plus tard, le jeune prêtre échappe à un guet-apens. Deux jeunes coiffés de casques de motard et armés d’un pistolet l’attendent devant chez lui. « Tu es mort! » lui lâchent-ils. Mais l’arme s’enraie. « J’ai reçu des lettres anonymes accompagnées de balles et des SMS de menaces, raconte Don Luigi. J’ai aussi trouvé des crucifix jetés au sol, devant mon église de San Giorgio ai Mannesi. »

L’homme de main chargé de l’exécution craque

C’est là, à deux pas de la rue qui grimpe vers la cathédrale, qu’Annalisa Durante, une jolie blonde aux yeux clairs de 14 ans, prend le frais avec sa cousine et une amie, le 27 mars 2004. Soudain, deux scooters déboulent à la poursuite d’un homme. Il s’appelle Salvatore Giuliano, et il est le neveu de Luigi Giuliano, l’ancien boss de Forcella qui a choisi de collaborer avec la justice. Des coups de feu claquent. Annalisa, touchée en pleine tête, meurt après deux jours de coma.

Le jour des funérailles, le père Merola crie sa colère, contre la violence aveugle des mafieux sans foi ni loi, et aussi contre l’Etat, si passif qu’il en devient complice. Forcella obtient enfin l’école tant attendue, une ludothèque et même un théâtre. « A Naples, il faut mourir pour être écouté », dit tristement Don Lui. La Camorra, elle, voit rouge. Cette fois, ordre est donné « de tuer sur son autel » ce curé capable de la toiser. Mais Salvatore, l’homme de main chargé de l’exécution, craque. « En t’écoutant, dans ton église, parler du fils prodigue, je ne me suis pas senti le courage d’aller au bout de ma mission », écrira-t-il, quatre ans plus tard, au père Merola dans une lettre de contrition.

La mort dans l’âme, Don Luigi doit changer de vie. Laisser au garage sa moto Honda Shadow, cadeau de son frère Gennaro, et circuler désormais en voiture blindée, accompagné de ses « anges gardiens terrestres », les carabiniers Pasquale et Giuseppe. En 2007, il quitte Forcella « pour raison de sécurité ». Direction Rome et le ministère de l’Education, où il planche sur l’enseignement de la légalité et de la citoyenneté. Mais son coeur reste à Naples, où il crée la Voix des enfants.

La fondation s’installe dans une vaste maison aux murs ocre du quartier d’Arenaccia, la villa Bambu, naguère propriété du boss du quartier, le roi du vidéo poker Raffaele Brancaccio, arrêté en 2000. Dans cette demeure de 500 mètres carrés, 80 gamins de 6 à 16 ans bénéficient d’un soutien scolaire quotidien, apprennent l’anglais ou le français et suivent des cours d’informatique. Ils peuvent aussi consulter une psychologue ou jouer au foot sur le terrain en synthétique qui a remplacé le zoo personnel du chef de clan. A Pompéi, la fondation du père Merola accueille 40 garçons et filles dans des locaux confisqués, ceux-là, au clan Cesarano.

Don Luigi a bien d’autres projets: deux structures destinées aux rejetons d’immigrés vont ouvrir à Vérone et Pescara, dans le nord et le centre du pays; à Naples, il espère obtenir le droit de construire un vaste dortoir sur le terrain adjacent à la villa. « Grâce aux dons privés uniquement, car nous ne recevons aucune subvention publique », précise le prêtre, qui reverse à l’association ses 900 euros de revenu mensuel.

Dans sa « lutte contre le mal », David-Luigi compte les points marqués contre le Goliath mafieux. Les enfants arrachés à la délinquance, tels Marco le musicien ou Sasy, devenu volontaire à la fondation. Les camorristes rentrés dans le droit chemin, aussi, comme Tonino, ex-homme de main des Giuliano, ou l’ancien boss Luigi Giuliano, qui a confié au père Merola son désir de témoigner dans les écoles, de dire aux enfants que la Camorra est morte. C’est beaucoup. Et si peu. Pas assez, en tout cas, pour rassurer la mère du prêtre. Tous les soirs, dans sa maison de Marano di Napoli, mamma Rosetta guette le retour de son fils, la peur au ventre.

Pino Puglisi, père courage

Quand, en 1990, l’Eglise cherchait un volontaire pour Brancaccio, banlieue poubelle de Palerme, en Sicile, il fut le seul. Le père Pino Puglisi n’avait à opposer à la Mafia que son énergie indomptable et son sourire, naïf et lumineux. Mais pour les redoutables frères Graviano, qui tenaient le quartier comme des proxénètes, c’était déjà trop. Avec les jeunes, le padre Pino discutait de Dieu, de drogue, de sexualité, de foot et de rock’n’roll. Il voulait les extraire d’un destin tout tracé, bâtir un collège à Brancaccio. Il rejetait cette Eglise qui, maintes fois, avait entretenu des relations ambivalentes avec des mafieux aussi dévots que des bénédictins. Peu à peu, ont commencé les lettres anonymes, les menaces. Le 15 septembre 1993, le jour de ses 56 ans, le padre Pino est exécuté devant chez lui par les hommes des frères Graviano. En une seconde qui a duré une éternité, l’assassin, Salvatore Grigoli, n’a vu que son sourire. Puis il a entendu ces mots, paisibles, qui le hantent encore aujourd’hui : « Je m’y attendais… » Sans un bruit, le petit père a glissé du sourire à la mort.

Delphine Saubaber

Source : Anne Vidalie, L’Express.fr