25 ans déjà…

Giovanni Falcone

Le 23 mai 1992, Giovanni Falcone, le juge antimafia est assassiné en compagnie de son épouse et de trois membres de son escorte. Le magistrat, véritable légende de la lutte contre le crime organisé n’avait aucune chance de s’en sortir. Sous les ordres de Toto Riina, un commando de mafiosi avaient placés 500 kg de TNT dans un conduit d’évacuation des eaux situé sous l’autoroute. Voici le déroulement de l’attentat.   

À 17h48 :
l’avion des Services secrets italien atterrit à l’aéroport de Punta Raisi. Giovanni Falcone qui est alors l’homme le plus menacé d’Italie à la suite d’un contrat de la mafia sur sa tête prenait toutes les précautions possibles. Il annonçait jamais à l’avance ses voyages, changeait constamment d’itinéraire et d’horaire et ne voyageait jamais sur des lignes officielles.

Giovanni Falcone avec son escorte
Giovanni Falcone arrive avec sa femme et son escorte à l’aéroport de Punta Raisi, en Sicile.

À 17h50,
Le juge Giovanni Falcone monte dans une voiture blindée, une Fiat Croma blanche. Son fidèle garde du corps, Giuseppe Costanza, accepte de s’asseoir à l’arrière pour laisser le volant au magistrat qui adorait conduire. Son épouse, Francesca Morvillo, magistrate également, prend place sur le siège passager.

Vito Schifani, Antonio Montinaro et Rocco Di Cillo, 3 gardes du corps expérimentés qui ne lâchent pas Falcone d’une semelle prennent place dans une Fiat blindée marron. Leur mission sera d’ouvrir la route au convoi.

Dans la 3ème voiture, une Fiat blindée bleue, Paolo Capuzzo, Gaspare Cervello et Angelo Corbo, trois autres policiers de l’escorte seront chargés de fermer le convoi en empêchant tout dépassement.

Convoi du 23 mai 1992
Convoi du 23 mai 1992

À 17h58 :

Le convoi arrive à la hauteur de Capaci. Sur une colline qui se trouve à plusieurs centaines de mètres, Giovanni Brusca, le chef du commando appuie sur le bouton d’une télécommande à distance au moment où la première voiture passe à la hauteur d’un vieux frigo que les mafiosi ont placé comme repère au bord de l’autoroute.

Le dernier trajet du Juge Falcone
Le dernier trajet du Juge Falcone
Les assassins sont dissimulés sur une colline avec une vue imprenable sur l'autoroute
Les assassins sont dissimulés sur une colline avec une vue imprenable sur l’autoroute

À 17h59 :
Dans la première voiture, Vito Schifani, Antonio Montinaro et Rocco Di Cillo sont tués sur le coup par l’effroyable explosion.

Rocco Di Cillo 1962-1992
Rocco Di Cillo 1962-92
Antonio Montinaro 1962-1992
Antonio Montinaro 1962- 92
Vito Schifani 1965-1992
Vito Schifani 1965-92
La Fiat occupée par les 3 agents de l'escorte après l'explosion
La Fiat occupée par les 3 agents de l’escorte après l’explosion.

À 17h59 :

Giuseppe Costanza
Giuseppe Costanza, garde du corps miraculé

La seconde voiture n’est pas atteinte de plein fouet par l’explosion, mais termine sa course accidentée dans l’énorme cratère qui s’est ouvert sur l’autoroute. Le juge Giovanni Falcone grièvement blessé est transporté à l’hôpital dans un état désespéré. Il succombe dans les bras de son ami Paolo Borsellino. Sa femme, Francesca Morvillo est mortellement blessée et rend son dernier souffle quelques minutes après l’explosion. Sur la plage arrière, le garde du corps Giuseppe Costanza qui était à la place normalement réservée à Falcone va survivre miraculeusement. Dans la dernière voiture, les 3 agents qui fermaient la route vont s’en sortir malgré leurs blessures.

Voiture de Giovanni Falcone
La voiture blindée occupée par Giovanni Falcone, sa femme et son garde du corps

IMPRESSIONNANT !

Des experts en explosifs ont reconstitué l’attentat de Capaci pour le dossier du procès. Ils ont installés une quantité de TNT similaire et reconstitué un bout de l’autoroute où à eu lieu l’attentat.

http://video.espresso.repubblica.it/tutti-i-video/capaci-la-ricostruzione-della-strage/590

Quelques photos personnelles des lieux de la tragédie.

Capaci
Le cratère de l’explosion, à Capaci

message importantNOTE :
Giovanni PAPARCURI, chauffeur miraculé qui fut grièvement blessé lors de l’attentat à la voiture piégée qui coûta la vie au magistrat Rocco Chinnici, me faisait remarquer que lors de l’attentat qui tua le Juge Falcone, des fonctionnaires et des citoyens ordinaires de la société civile ne sont pas morts, mais ont été blessés. Certains grièvement. S’ils ont survécu à l’explosion, leur âme et leur vie demeurent à jamais meurtries par ce lâche attentat de Cosa Nostra. Trop souvent, lors des commémorations, on se focalise sur les victimes décédées en omettant par inadvertance la souffrance de ceux qui restent…

Voici les autres victimes de l’attentat du 23 mai 1992

  • CAPUZZA Paolo
  • CERVELLO Gaspare
  • CORBO Angelo
  • COSTANZA Giuseppe
  • FERRO Vincenzo
  • GABRIEL Eberhard
  • GABRIEL Eva
  • IENNA SPANO’ Pietra
  • MASTROLIA Oronzo

Merci à Giovanni PAPARCURI

2015 © C. Lovis, les hommes de l’antimafia

Souvenir de Giovanni Falcone

Giovanni Falcone
Giovanni Falcone

Le 23 mai 1992, Giovanni Falcone, le juge antimafia est assassiné en compagnie de son épouse et de trois membres de son escorte. Le magistrat, véritable légende de la lutte contre le crime organisé n’avait aucune chance de s’en sortir. Sous les ordres de Toto Riina, un commando de mafiosi avaient placés 500 kg de TNT dans un conduit d’évacuation des eaux situé sous l’autoroute. Voici le déroulement de l’attentat.   

À 17h48 :
l’avion des Services secrets italien atterrit à l’aéroport de Punta Raisi. Giovanni Falcone qui est alors l’homme le plus menacé d’Italie à la suite d’un contrat de la mafia sur sa tête prenait toutes les précautions possibles. Il annonçait jamais à l’avance ses voyages, changeait constamment d’itinéraire et d’horaire et ne voyageait jamais sur des lignes officielles.

Giovanni Falcone avec son escorte
Giovanni Falcone arrive avec sa femme et son escorte à l’aéroport de Punta Raisi, en Sicile.

À 17h50,
Le juge Giovanni Falcone monte dans une voiture blindée, une Fiat Croma blanche. Son fidèle garde du corps, Giuseppe Costanza, accepte de s’asseoir à l’arrière pour laisser le volant au magistrat qui adorait conduire. Son épouse, Francesca Morvillo, magistrate également, prend place sur le siège passager.

Vito Schifani, Antonio Montinaro et Rocco Di Cillo, 3 gardes du corps expérimentés qui ne lâchent pas Falcone d’une semelle prennent place dans une Fiat blindée marron. Leur mission sera d’ouvrir la route au convoi.

Dans la 3ème voiture, une Fiat blindée bleue, Paolo Capuzzo, Gaspare Cervello et Angelo Corbo, trois autres policiers de l’escorte seront chargés de fermer le convoi en empêchant tout dépassement.

Convoi du 23 mai 1992
Convoi du 23 mai 1992

À 17h58 :

Le convoi arrive à la hauteur de Capaci. Sur une colline qui se trouve à plusieurs centaines de mètres, Giovanni Brusca, le chef du commando appuie sur le bouton d’une télécommande à distance au moment où la première voiture passe à la hauteur d’un vieux frigo que les mafiosi ont placé comme repère au bord de l’autoroute.

Le dernier trajet du Juge Falcone
Le dernier trajet du Juge Falcone
Les assassins sont dissimulés sur une colline avec une vue imprenable sur l'autoroute
Les assassins sont dissimulés sur une colline avec une vue imprenable sur l’autoroute

À 17h59 :
Dans la première voiture, Vito Schifani, Antonio Montinaro et Rocco Di Cillo sont tués sur le coup par l’effroyable explosion.

Rocco Di Cillo 1962-1992
Rocco Di Cillo 1962-92
Antonio Montinaro 1962-1992
Antonio Montinaro 1962- 92
Vito Schifani 1965-1992
Vito Schifani 1965-92
La Fiat occupée par les 3 agents de l'escorte après l'explosion
La Fiat occupée par les 3 agents de l’escorte après l’explosion.

À 17h59 :

Giuseppe Costanza
Giuseppe Costanza, garde du corps miraculé

La seconde voiture n’est pas atteinte de plein fouet par l’explosion, mais termine sa course accidentée dans l’énorme cratère qui s’est ouvert sur l’autoroute. Le juge Giovanni Falcone grièvement blessé est transporté à l’hôpital dans un état désespéré. Il succombe dans les bras de son ami Paolo Borsellino. Sa femme, Francesca Morvillo est mortellement blessée et rend son dernier souffle quelques minutes après l’explosion. Sur la plage arrière, le garde du corps Giuseppe Costanza qui était à la place normalement réservée à Falcone va survivre miraculeusement. Dans la dernière voiture, les 3 agents qui fermaient la route vont s’en sortir malgré leurs blessures.

Voiture de Giovanni Falcone
La voiture blindée occupée par Giovanni Falcone, sa femme et son garde du corps

IMPRESSIONNANT !

Des experts en explosifs ont reconstitué l’attentat de Capaci pour le dossier du procès. Ils ont installés une quantité de TNT similaire et reconstitué un bout de l’autoroute où à eu lieu l’attentat.

http://video.espresso.repubblica.it/tutti-i-video/capaci-la-ricostruzione-della-strage/590

Quelques photos personnelles des lieux de la tragédie.

Capaci
Le cratère de l’explosion, à Capaci

message importantNOTE :
Giovanni PAPARCURI, chauffeur miraculé qui fut grièvement blessé lors de l’attentat à la voiture piégée qui coûta la vie au magistrat Rocco Chinnici, me faisait remarquer que lors de l’attentat qui tua le Juge Falcone, des fonctionnaires et des citoyens ordinaires de la société civile ne sont pas morts, mais ont été blessés. Certains grièvement. S’ils ont survécu à l’explosion, leur âme et leur vie demeurent à jamais meurtries par ce lâche attentat de Cosa Nostra. Trop souvent, lors des commémorations, on se focalise sur les victimes décédées en omettant par inadvertance la souffrance de ceux qui restent…

Voici les autres victimes de l’attentat du 23 mai 1992

  • CAPUZZA Paolo
  • CERVELLO Gaspare
  • CORBO Angelo
  • COSTANZA Giuseppe
  • FERRO Vincenzo
  • GABRIEL Eberhard
  • GABRIEL Eva
  • IENNA SPANO’ Pietra
  • MASTROLIA Oronzo

Merci à Giovanni PAPARCURI

2015 © C. Lovis, les hommes de l’antimafia

Crédit photographique Franco Zecchin

Les survivants de l’antimafia

Le 23 mai 1992, à 17h59, quand le cortège de trois voitures blindées escortant le juge Giovanni Falcone passa à la hauteur de Capaci, une gigantesque explosion creva l’autoroute. 

La première Fiat qui ouvrait le convoi fut projetée à plusieurs dizaines de mètres de hauteur, anéantissant la vie des trois policiers Vito Schifani, Antonio Montinaro et Rocco Di Cillo. Dans la Croma blanche du milieu de convoi, Giovanni Falcone et sa femme Francesca Morvillo trouveront également la mort. Le garde du corps Giuseppe Costanza, exceptionnellement assis à l’arrière s’en sort grièvement blessé.

L'attentat de Capaci, 23 mai 1992
L’attentat de Capaci, 23 mai 1992

Dans la voiture de queue se trouvent trois autres policiers. Leur tâche est de fermer le convoi et d’empêcher tout dépassement pour assurer la sécurité de l’homme le plus protégé d’Italie. Ces trois policiers s’en sont sortis miraculeusement, mais n’en demeurent pas moins meurtris à vie par ce drame.

Angelo  Corbo est encore un jeune policier au moment du drame, en 1992. Il avait décidé d’intégrer l’équipe des gardes du corps de Giovanni Falcone par conviction. Il se souvient d’un magistrat qui exorcisait sa peur en plaisantant : « Je suis un mort qui marche » disait-il.

Le convoi © Les hommes de l'antimafia
Le convoi © Les hommes de l’antimafia

Falcone était sans doute le mieux placé pour être au courant des risques auxquels il était exposé. Il connaissait par coeur la mafia et en tant que maître d’œuvre du Maxi-Procès, il savait que Cosa Nostra aspirait à se venger en tuant celui qui l’avait mise à genou. Mais la mafia n’était pas la seule à vouloir la peau du grand magistrat. Isolé dans son combat, il a été quasiment expatrié de sa Sicile qu’il aimait tant pour rejoindre le Ministère de la Justice à Rome. Il souffrait de cette injuste solitude et ses gardes du corps le ressentaient.

Les policiers de l’escorte de Giovanni Falcone étaient des amis. Des frères d’armes. Ils savaient qu’en protégeant l’homme le plus haï de Cosa Nostra, ils étaient eux aussi en grand danger. Pourtant, ils n’ont pas hésité une seule seconde. Ils font partie de ces héros de l’antimafia qui font la grandeur de l’histoire italienne. Une lutte incroyable que quelques hommes ont décidé de mener contre la plus dangereuse organisation criminelle du monde.

Angelo Corbo, un des gardes du corps rescapés lors de l'attentat de Capaci
Angelo Corbo, un des gardes du corps rescapés lors de l’attentat de Capaci

Angelo Corbo se sent coupable d’avoir survécu alors que ses amis et ceux qu’il devait protéger, eux, sont morts. Il raconte aujourd’hui qu’on lui a même fait des reproches. Comme celui de n’avoir pas remarqué la voiture conduite par le mafioso Gioacchino La Barbera qui a donné le signal de départ de l’attaque au moment où le convoi a quitté l’aéroport, plus de dix minutes avant l’explosion. Des accusations fallacieuses envers ces anges gardiens. Car Falcone, très attentif à sa sécurité ne divulguait jamais son calendrier. Ses propres gardes du corps ne savaient pas à l’avance que, ce jour-là, Falcone venait à Palerme. Ils l’ont appris au dernier moment, quand il a fallu se rendre à l’aéroport à bord des trois voitures blindées. Lors du procès, il a été admis qu’une taupe devait se trouver aux plus hauts sommets de l’État pour connaître l’emploi du temps du magistrat et aviser ainsi les tueurs de Cosa Nostra de la venue de Falcone en Sicile ce jour-là.

Angelo Corbo est aujourd’hui inspecteur de la police judiciaire à Florence. Il garde dans sa mémoire les images atroces de ses collègues emportés dans l’explosion qui le tourmentent encore actuellement. Il se revoit avec Paolo Capuzzo et Gaspare Cervello, ses confrères survivants, en train de tenter, en vain, d’ouvrir la portière tordue de la Fiat de Falcone avec l’angoisse de voir un tueur de la mafia surgir pour finir le travail. Angelo Corbo se souviendra toujours du silence qui succède au fracas. De tout ce sang. De l’horrible odeur de chair brûlée. Du regard perdu de Francesca Morvillo. De la lente agonie de Giovanni Falcone qui tente encore de bouger malgré ses blessures mortelles.

C. Lovis © les hommes de l’antimafia

Souvenir de Giovanni Falcone

Giovanni Falcone
Giovanni Falcone

Le 23 mai 1992, Giovanni Falcone, le juge antimafia est assassiné en compagnie de son épouse et de trois membres de son escorte. Le magistrat, véritable légende de la lutte contre le crime organisé n’avait aucune chance de s’en sortir. Sous les ordres de Toto Riina, un commando de mafiosi avaient placés 500 kg de TNT dans un conduit d’évacuation des eaux situé sous l’autoroute. Voici le déroulement de l’attentat.   

À 17h48 :
l’avion des Services secrets italien atterrit à l’aéroport de Punta Raisi. Giovanni Falcone qui est alors l’homme le plus menacé d’Italie à la suite d’un contrat de la mafia sur sa tête prenait toutes les précautions possibles. Il annonçait jamais à l’avance ses voyages, changeait constamment d’itinéraire et d’horaire et ne voyageait jamais sur des lignes officielles.

Giovanni Falcone avec son escorte
Giovanni Falcone arrive avec sa femme et son escorte à l’aéroport de Punta Raisi, en Sicile.

À 17h50,
Le juge Giovanni Falcone monte dans une voiture blindée, une Fiat Croma blanche. Son fidèle garde du corps, Giuseppe Costanza, accepte de s’asseoir à l’arrière pour laisser le volant au magistrat qui adorait conduire. Son épouse, Francesca Morvillo, magistrate également, prend place sur le siège passager.

Vito Schifani, Antonio Montinaro et Rocco Di Cillo, 3 gardes du corps expérimentés qui ne lâchent pas Falcone d’une semelle prennent place dans une Fiat blindée marron. Leur mission sera d’ouvrir la route au convoi.

Dans la 3ème voiture, une Fiat blindée bleue, Paolo Capuzzo, Gaspare Cervello et Angelo Corbo, trois autres policiers de l’escorte seront chargés de fermer le convoi en empêchant tout dépassement.

Convoi du 23 mai 1992
Convoi du 23 mai 1992

À 17h58 :

Le convoi arrive à la hauteur de Capaci. Sur une colline qui se trouve à plusieurs centaines de mètres, Giovanni Brusca, le chef du commando appuie sur le bouton d’une télécommande à distance au moment où la première voiture passe à la hauteur d’un vieux frigo que les mafiosi ont placé comme repère au bord de l’autoroute.

Le dernier trajet du Juge Falcone
Le dernier trajet du Juge Falcone
Les assassins sont dissimulés sur une colline avec une vue imprenable sur l'autoroute
Les assassins sont dissimulés sur une colline avec une vue imprenable sur l’autoroute

À 17h59 :
Dans la première voiture, Vito Schifani, Antonio Montinaro et Rocco Di Cillo sont tués sur le coup par l’effroyable explosion.

Rocco Di Cillo 1962-1992
Rocco Di Cillo 1962-92
Antonio Montinaro 1962-1992
Antonio Montinaro 1962- 92
Vito Schifani 1965-1992
Vito Schifani 1965-92
La Fiat occupée par les 3 agents de l'escorte après l'explosion
La Fiat occupée par les 3 agents de l’escorte après l’explosion.

À 17h59 :

Giuseppe Costanza
Giuseppe Costanza, garde du corps miraculé

La seconde voiture n’est pas atteinte de plein fouet par l’explosion, mais termine sa course accidentée dans l’énorme cratère qui s’est ouvert sur l’autoroute. Le juge Giovanni Falcone grièvement blessé est transporté à l’hôpital dans un état désespéré. Il succombe dans les bras de son ami Paolo Borsellino. Sa femme, Francesca Morvillo est mortellement blessée et rend son dernier souffle quelques minutes après l’explosion. Sur la plage arrière, le garde du corps Giuseppe Costanza qui était à la place normalement réservée à Falcone va survivre miraculeusement. Dans la dernière voiture, les 3 agents qui fermaient la route vont s’en sortir malgré leurs blessures.

Voiture de Giovanni Falcone
La voiture blindée occupée par Giovanni Falcone, sa femme et son garde du corps

IMPRESSIONNANT !

Des experts en explosifs ont reconstitué l’attentat de Capaci pour le dossier du procès. Ils ont installés une quantité de TNT similaire et reconstitué un bout de l’autoroute où à eu lieu l’attentat.

http://video.espresso.repubblica.it/tutti-i-video/capaci-la-ricostruzione-della-strage/590

Quelques photos personnelles des lieux de la tragédie.

Capaci
Le cratère de l’explosion, à Capaci

message importantNOTE :
Giovanni PAPARCURI, chauffeur miraculé qui fut grièvement blessé lors de l’attentat à la voiture piégée qui coûta la vie au magistrat Rocco Chinnici, me faisait remarquer que lors de l’attentat qui tua le Juge Falcone, des fonctionnaires et des citoyens ordinaires de la société civile ne sont pas morts, mais ont été blessés. Certains grièvement. S’ils ont survécu à l’explosion, leur âme et leur vie demeurent à jamais meurtries par ce lâche attentat de Cosa Nostra. Trop souvent, lors des commémorations, on se focalise sur les victimes décédées en omettant par inadvertance la souffrance de ceux qui restent…

Voici les autres victimes de l’attentat du 23 mai 1992

  • CAPUZZA Paolo
  • CERVELLO Gaspare
  • CORBO Angelo
  • COSTANZA Giuseppe
  • FERRO Vincenzo
  • GABRIEL Eberhard
  • GABRIEL Eva
  • IENNA SPANO’ Pietra
  • MASTROLIA Oronzo

Merci à Giovanni PAPARCURI

2015 © C. Lovis, les hommes de l’antimafia

Qui a tué les juges antimafia Falcone et Borsellino?

En 1992, les magistrats Falcone et Borsellino sont assassinés à Palerme. La péninsule est en état de choc. Accusée: Cosa Nostra. Dix-huit ans après, explique le journaliste Attilio Bolzoni, de nouvelles révélations suggèrent des complicités haut placées.

Derrière les bombes qui ont ensanglanté l’Italie des années 1992-1993, broyant le juge Giovanni Falcone, pionnier de la lutte contre la Mafia, et, deux mois plus tard, son ami Paolo Borsellino, se cachait-il un mandataire d’Etat? Une mise en scène occulte a-t-elle guidé la main assassine de Cosa Nostra, la Mafia sicilienne?

Si ces massacres ont toujours été entachés de zones d’ombre, l’hypothèse est évoquée, glaçante, ces dernières semaines, en Italie, au gré de déclarations de repentis, jusqu’au procureur national antimafia, Piero Grasso, qui dit que « la Mafia n’était pas la seule à avoir un intérêt à éliminer Giovanni Falcone » ou que les attentats de 1993 ont pavé la voie à une « nouvelle entité politique ».

Attilio Bolzoni, journaliste au quotidien La Repubblica, spécialiste de Cosa Nostra depuis trente ans, vient de publier en Italie un livre, Faq Mafia (Ed. Bompiani), éclairant d’une lumière différente le premier attentat manqué contre Falcone, en 1989. Pour L’Express, il décortique le malaise.

Qui a tué les juges Falcone et Borsellino? Dix-huit ans après leur mort, voilà que le débat est relancé. Toto Riina, le boss de Cosa Nostra, a été condamné, en 2002, en tant que mandataire, pourtant…

Si Riina est bien le mandataire sicilien de ces homicides, on n’a jamais retrouvé le mandataire italien, politique, celui qui, avec Cosa Nostra, a planifié ces attentats de Palerme en 1992 puis ceux sur le continent en 1993. On nous a toujours dit que les auteurs étaient les mafieux corléonais, et seulement eux. Ils ont été capturés et condamnés.

Mais, depuis peu, affleure une nouvelle vérité: la Mafia sicilienne de Riina aurait été le bras armé d’un autre pouvoir, instrumentalisée pour faire le sale boulot. Après la mort de Falcone et de Borsellino, cette « Mafia militaire » a été anéantie par une répression sans précédent de l’Etat italien. Or, aujourd’hui, de plus en plus d’éléments font penser à un complot d’Etat. Notamment la récurrence sur les lieux des massacres de « présences étrangères » à Cosa Nostra – des agents des services secrets italiens.

On repense à la phrase lancée l’an dernier par Riina, parlant pour la première fois de sa prison, après dix-sept ans de silence…

Polizia di Stato/Handout/ReutersToto Riina, le parrain des parrains de Cosa Nostra.
Toto Riina, le parrain des parrains de Cosa Nostra.

Oui. Même lui a réalisé qu’il a été utilisé. Sur la mort de Borsellino, il a dit : « Ne me regardez pas seulement moi, mais regardez aussi en vous… » Ajoutant: « Ce sont eux qui l’ont tué. » Riina a 80 ans, il est malade. On espère qu’il parle avant de mourir…

En attendant, un repenti, interrogé depuis un an et demi par la justice, a parlé, lui.

Le repenti Gaspare Spatuzza a d’abord révélé que c’est non pas le mafieux Vincenzo Scarantino qui a volé la Fiat ayant fait sauter Borsellino mais lui. Il a surtout dit que, dans le garage de Palerme où l’on bourrait d’explosifs la voiture, il n’y avait pas seulement des mafieux, il y avait aussi un agent secret, d’une cinquantaine d’années. Spatuzza l’a identifié, il y a deux mois, dans un fichier photo que les services secrets italiens ont dû envoyer aux magistrats de Caltanissetta, à leur demande. Et cet agent – qui, en 1992, avait bien une mission en Sicile – a aussi été reconnu, juste après, par Massimo Ciancimino, le fils de l’ex-maire mafieux de Palerme, comme l’un des hommes de l’appareil d’Etat qui traitaient avec son père, Vito. En clair, il est l’un des liens entre l’Etat et Cosa Nostra. L’agent secret est désormais sous enquête et son identité n’a pas encore été dévoilée…

Il semblerait que, par ailleurs, soient identifiés d’autres agents ayant traité avec Vito Ciancimino. Par exemple le « signor Franco », l’homme qui, pendant trente ans, aurait eu des contacts étroits avec lui, lui aurait remis de faux passeports et le papello (la liste des requêtes de Toto Riina à l’Etat pour arrêter les massacres). Cet homme ne voulait pas que Vito parle, pas plus que son fils Massimo, qu’il a récemment intimidé… Ce qui émerge de tout ça, c’est qu’une partie de l’Etat traitait avec Cosa Nostra, et qu’une autre a participé matériellement aux massacres.

C’est grave, si c’est avéré… Mais qui, au sein de l’Etat? La Démocratie chrétienne [DC] était alors au pouvoir…

La DC avait des rapports avec la Mafia, mais ceux qui ont déstabilisé l’Italie à coups de bombes sont à chercher non pas dans les partis mais au sein de l’appareil d’Etat. En fait, ces bombes explosent dans un moment de vide et de recomposition politique: la DC s’écroule, balayée par l’opération anticorruption Mains propres, et un nouveau parti, celui de Berlusconi, voit le jour: Forza Italia.

Qui a tué les juges antimafia Falcone et Borsellino?
Le repenti Spatuzza s’est mis à table

Il y a un mois, une commission du ministère de l’Intérieur a pourtant refusé d’admettre Spatuzza dans le programme de protection définitif des repentis. Il n’est pas fiable?

C’est la première fois qu’un repenti, reconnu comme fiable par trois parquets (Caltanissetta, Florence et Palerme) et le procureur national antimafia, se voit débouté par cette commission gouvernementale. Motif officiel: Spatuzza s’est mis à table au-delà des six mois au cours desquels un repenti doit parler.

Repentis, mode d’emploi

Ce sont des mafieux qui ont brisé l’omerta, la loi du silence, et l’invincibilité de la Mafia. L’Etat passe un contrat avec eux, leur donnant une nouvelle identité et un travail dans un lieu protégé. Il n’est pas toujours évident, pour la justice, d’évaluer la fiabilité de leurs révélations. C’est le juge Falcone qui a fait naître la figure du « collaborateur de justice », accouchant le Palermitain Tommaso Buscetta, qui lui a donné les clefs pour comprendre Cosa Nostra et lui infliger le premier coup dur.

Il avait en particulier cité son boss disant, en 1994, que la Mafia avait « le pays dans les mains » grâce à Silvio Berlusconi et à son bras droit, le sénateur Marcello Dell’Utri… Lequel a été condamné en appel, le 29 juin, à sept ans de prison pour complicité d’association mafieuse. Une peine très importante pour un homme depuis toujours en rapport d’affaires avec Berlusconi, notre président du Conseil… Même si les juges l’ont absous pour la période de 1992 à aujourd’hui.

En tout cas, la décision de ne pas protéger Spatuzza, qui intervient alors que les enquêtes sur les massacres sont rouvertes, est un signal politique à ceux qui font émerger une vérité autre que la vérité officielle…

Le procès Borsellino sera-t-il révisé?

Borsellino à Palerme, 3 mai 1992
Borsellino à Palerme, 3 mai 1992

Oui. Il y a trop de questions. Scarantino, celui qui s’était accusé d’avoir volé la Fiat devant tuer le juge, serait donc un faux repenti, comme le pensent les magistrats? Celui qui l’a « accouché » est l’ancien superflic Arnaldo La Barbera. Or on vient juste d’apprendre que ce superflic chargé, dès la fin de 1992, de l’enquête sur ce traumatisme national qu’ont été les assassinats de Falcone et de Borsellino, a été un agent des services secrets…

C’est ahurissant! Il émargeait au titre de source sous le nom de « Catullo » en 1986-1987, puis il est devenu le chef de la squadra mobile(brigade de police judiciaire) de Palerme en 1989. Mais qui entre dans ce monde des services n’en sort pas… La surprise a été totale. Pourquoi un haut policier aurait-il aussi été un 007? A qui devait-il en référer? Il est mort en 2002.

Au sein de l’Etat, certains voulaient la mort de Giovanni Falcone, selon le journaliste.  

Revenons au 20 juin 1989, date du premier attentat manqué contre Falcone, à l’Addaura, en Sicile. Dans votre livre, vous révélez que, déjà, au sein de l’Etat, certains voulaient la mort de Falcone…

Oui, et d’autres ont voulu le sauver. Jusqu’à récemment, on pensait que, ce jour-là, deux tueurs étaient venus de la mer dans un canot pour placer devant la villa de Falcone 58 bâtons de dynamite. Les soupçons s’étaient portés sur deux policiers, Antonino Agostino et Emanuele Piazza. Aujourd’hui, après vingt et un ans, de nouvelles investigations bouleversent tout : les tueurs – des mafieux et des hommes des services secrets – seraient en fait venus de la terre. Tandis qu’Agostino et Piazza seraient venus là pour empêcher l’explosion…

Et ils sont tous deux morts peu après?

Piazza a été étranglé neuf mois après l’Addaura. Quelques mois avant, Agostino avait été tué. On n’a jamais trouvé les assassins. Même Riina a ordonné une enquête interne à Cosa Nostra pour savoir qui l’avait tué. En vain. Donc ce n’était pas Cosa Nostra… Il y a deux mois, le père d’Antonino Agostino, qui de désespoir s’est laissé pousser la barbe depuis la mort de son fils, m’a raconté que, peu de jours avant l’homicide, deux policiers sont venus le voir: « Où est ton fils? » L’un d’eux, a-t-il dit, avait une face de monstre, avec la partie droite gonflée, variolée, qui le faisait ressembler à un cheval.

La même « face de monstre » que des témoins auraient vue sur d’autres lieux de massacres siciliens…?

Oui. Le premier à en avoir parlé est un repenti, tué en 1996, Luigi Ilardo, qui a raconté à un colonel des carabiniers, Michele Riccio, avoir vu un homme des services secrets, à « face de monstre », aller poser des bombes…

Cet attentat de l’Addaura a été suivi d’étranges investigations…

La nuit suivant l’homicide d’Agostino, la squadra mobile de Palerme perquisitionne chez lui. Le père sait que son fils a des papiers secrets dans une armoire. Les policiers les trouvent tout de suite… Et ils disparaissent. Incroyable : cette année, après vingt et un ans, les juges de Palerme font poser un micro chez l’un de ces policiers, Guido Paolilli, à Pescara. Pendant des mois, rien. Jusqu’à ce qu’un matin, voyant le père Agostino à la télévision, Paolilli dise à son fils: « Cette nuit-là, on a fait disparaître un tas de papiers. » Ce policier était sous les ordres du superflic La Barbera… Celui-là encore qui, pendant des années, suivra une fausse « piste passionnelle » pour l’homicide d’Agostino et Piazza… Le père d’Agostino a aussi parlé à La Barbera du « monstre ». Mais le PV a disparu.

Et le juge Falcone, lui, avait-il compris, dès 1989, ce qui se tramait contre lui?

Oui. Deux heures après cet attentat manqué, il a dit que ceux qui l’avaient organisé étaient des « esprits très raffinés ». Et il ne parlait pas des mafieux… Il a livré là une piste jamais suivie… Il savait qu’une partie de l’Etat avait voulu le tuer, car il déstabilisait le pouvoir italien. Il venait de finir le maxi-procès qu’il avait instruit, la première vraie défaite de la Mafia… Aujourd’hui, d’un côté, l’Italie commémore ses héros Falcone et Borsellino. De l’autre, vous savez où étaient, jusqu’à il y a deux mois, tous les actes des enquêtes sur leur mort? Empilés dans un dépôt de la police de Bagheria, près de Palerme, rongés par les excréments de rats et l’humidité!

Un vent de menaces souffle sur la Sicile et la Calabre, aux prises avec la ‘Ndrangheta, la mafia locale devenue la plus puissante d’Europe… Comment interpréter ce climat?

Le procureur de Reggio de Calabre, qui a déclaré la guerre à la « bourgeoisie mafieuse », la mafia en col blanc, et le procureur de Caltanissetta, qui enquête sur les massacres en Sicile, ont reçu une balle par la poste, avec la même empreinte digitale. Ces menaces font suite à bien d’autres depuis le début de l’année, à l’encontre de magistrats, de journalistes… Une fièvre similaire à celle de 1992, qui rend palpable la peur d’un attentat en Sicile ou en Calabre.

Attentat de Capaci qui tua Falcone, sa femme et 3 policiers de son escorte
Attentat de Capaci qui tua Falcone, sa femme et 3 policiers de son escorte
L’attentat de Via d’Amelio, à Palerme tua le juge et 5 membres de l’escorte

 Sources : L’Express. Delphine Saubaber

Etat de droit sous haute tension…

Cette photo est impressionnante. Elle a été prise en mars 2014, au cours du procès qui juge les complices de l’attentat qui a coûté la vie au Juge Falcone, à sa femme et à trois agents de son escorte. Le témoin, Gaspare Spatuzza, est un repenti de Cosa Nostra. Il se trouve derrière le paravent protégé par le cordon de policiers en cagoule. Les G.O.M sont des agents pénitentiaires d’élite chargés de protéger les prisonniers à haut risque.

polizia penitentiare

Mafia italienne : le crépuscule des repentis

En Italie, cinq mille ex-mafiosi collaborent avec l’Etat. Une vie entre petits boulots et angoisse des représailles. Marcelle Padovani raconte leur incroyable parcours dans l’ère berlusconienne.

Il y a des repentis heureux. Ceux que l’on appelle ici les « pentiti« . Gaspare Mutolo, par exemple. Cet ex-mafioso sicilien passe son temps aujourd’hui à parcourir la campagne romaine, un foulard noué autour du cou et un chevalet sous le bras. Car il est devenu peintre. Un peintre naïf qui couvre des dizaines de toiles de ses maisonnettes aveugles, entourées de fleurs des champs, et bien sûr de cactus et de figuiers de Barbarie. Jamais un être vivant dans ses tableaux. Comme s’il voulait chasser de son imaginaire tout rappel du passé, et spécialement ces 15 homicides (dont 7 par étranglement) qu’il reconnaît avoir commis.

Gaspare Mutolo lors de son arrestation. On reconnait à l’extrême gauche le commissaire de la Squadra Mobile Dr. Boris Giuliano

Mutolo n’utilise plus ses mains larges et puissantes que pour manier des pinceaux. Sa reconversion à la vie civile est totale, et sa collaboration sans faille depuis ce 15 décembre 1991, où il a décidé de se mettre à table parce qu’il n’en pouvait plus de la cruauté inutile de Cosa Nostra. Il faut dire qu’en face de lui il y avait un interlocuteur de choix, le célèbre juge Giovanni Falcone. « J’ai libéré ma conscience parce que j’en avais une », commente aujourd’hui l’ancien mafioso.

Logement gratuit et 1.200 euros par mois

Gaspare Mutolo est donc un exemple de réinsertion réussie. Il entraîne son visiteur dans son vaste appartement, où les toiles couvrent tout l’espace. Les meubles de bois sont peints d’un blanc souligné de dorures. On pourrait se croire chez un commerçant prospère. Sa femme Maria, toute de noir vêtue, sert le café sur un plateau couvert d’un napperon immaculé. Leurs quatre enfants, qui les ont suivis dans l’exil loin de la Sicile, ont maintenant fondé leur propre famille. Gaspare, lui, vend des tableaux pour arrondir ses fins de mois puisqu’il bénéfice, en échange de sa collaboration avec la magistrature, d’un logement gratuit et d’un chèque de 1 200 euros par mois.

C’est le Service de Protection, l’organisme créé en 1991 pour gérer les repentis, qui paie. Tous les comptes de Gaspare avec la justice ont été apurés. A 70 ans, il a passé près de vingt ans en prison pour vol, extorsion, trafic de drogue et homicide. Longtemps il a vécu sous un nom d’emprunt avec de faux papiers.

Désormais il peut à nouveau utiliser sa véritable identité. « Dans la peinture, dit-il, j’ai trouvé la sérénité et la joie de vivre. Les paysages me donnent un sentiment de liberté. »

« Gaspare est un vrai talent », soutient Enzo Mazzarella, qui a organisé en avril 2010 la première expo où Gaspare est sorti de l’ombre, dans sa galerie de la via de Monserrato à Rome. Même avis à la galerie Bonelli à Palerme où Mutolo a exposé en février 2011.

« Mon Etat, c’était Cosa Nostra »

Veston aubergine sur un pantalon de velours beige, l’ex-criminel soigne toujours sa mise. Il est vif, intelligent, pragmatique, et maintenant qu’il joue franc jeu avec l’Etat, il réalise enfin le voeu de son père qui lui avait dit le jour de ses 12 ans : « Qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? Tu veux un conseil ? Deviens flic. Les flics ne font rien et ils sont toujours propres. » Mutolo, en bon « flic », a fait arrêter plus de 600 « hommes d’honneur« , comme on appelle les mafiosi, et en a convaincu une dizaine d’autres de franchir le Rubicon.

Lui qu’on surnommait « le Baron » ou « Mister Champagne » ne pense plus aux folles soirées de Palerme, Naples ou Milan, aux Ferrari, aux montres Cartier, aux costumes Armani, au Moët et Chandon et « aux gonzesses ». « J’ai découvert, dit-il, d’autres valeurs. » Mais comment a-t-il pu si longtemps être un étrangleur ? Il répond : « Je n’avais pas le choix. J’appartenais à une organisation où la principale vertu est l’obéissance et où les ordres doivent être exécutés. Je me sentais autorisé, légitimé même, à commettre des crimes. Mon Etat, c’était Cosa Nostra. » Mutolo illustre à la perfection l’homme d’honneur qui a tourné la page en collaborant avec les institutions.

Le gotha du repentir

Aujourd’hui, en Italie, ils sont 1.207 (dont 284 de la Mafia sicilienne) à avoir choisi la même voie : ce pays est désormais le plus gros producteur mondial de – c’est le terme légal – « collaborateurs de la justice« . Trois fois plus que les Etats-Unis. En 1996, lors de la grande débâcle de Cosa Nostra, on comptait jusqu’à 25 nouveaux repentis par jour ! En choisissant l’Etat contre la « Famille », ils ont mis l’organisation mafieuse à genoux. Ils appartenaient au gotha du crime. Désormais ils sont membres du gotha du repentir.

Récidivistes

Mais tous ceux qui ont quitté la maison-mère n’ont pas eu la même chance, ou la même lucidité, que Mutolo. Il y a d’abord les récidivistes (« 1 % d’entre eux », souligne le procureur national antimafia Piero Grasso), qui recommencent leurs trafics de drogue, leurs vols, leurs extorsions, puis les faux repentis qui reprennent la route de la Sicile pour se venger.

Salvatore Contorno
Le mafioso Salvatore Contorno

Ils se font toujours pincer et, du coup, finissent pour de bon derrière les barreaux. Salvatore Contorno en sait quelque chose. Boucher de profession, il est arrêté en 1984, se repent et permet de faire coffrer 127 criminels : en remerciement de ses bons et loyaux services, il écope seulement d’une peine de six ans de prison.

Mais dès qu’il est libéré, il retourne dans son île, bien décidé à venger les 35 (35 !) membres de sa famille assassinés par Cosa Nostra pour le punir d’avoir brisé l’omerta. Alors qu’il prépare un assassinat, la police l’arrête et l’expédie aux Etats-Unis, où il bénéfice une nouvelle fois d’un traitement de faveur grâce à sa collaboration avec le FBI lors du procès de la Pizza Connection

Faux repentir, encore, pour cette femme de mafioso : Giacomina Filippello. Son compagnon, « boss » de la Sicile occidentale, meurt dans ses bras, fauché par une rafale de mitraillette. Alors, elle aussi décide de passer de l’autre côté de la barrière. Le Service de Protection l’aide à se réinsérer en lui dénichant un café dans le quartier du Trastevere à Rome. Mais elle est à nouveau arrêtée, quand la police constate qu’elle l’a transformé en… bordel !

Etrangler les étrangleurs

Il y a enfin le cas tragique de Santino Di Matteo, de la famille d’Altofonte près de Palerme. Il est aujourd’hui un peu plus chauve, un peu plus gras, mais toujours aussi vif et gouailleur que lors de notre première rencontre en 1995. Il a la même allure féline et le même goût prononcé pour les chaînes en or.

Santino Di Matteo
Santino Di Matteo

Il y a quinze ans, quand il avait décidé de sauter le pas, il avait balancé les noms des 18 membres du commando qui avait assassiné le juge Falcone en mai 1992. Mais une fois transféré dans la région de Rome, il a été frappé par une terrible vendetta : son fils Giuseppe, 15 ans, est enlevé en Sicile par Cosa Nostra, tenu enfermé dans une cave pendant 779 jours, enfin étranglé et dissous dans l’acide.

Di Matteo déjoue la surveillance policière et repart illico en Sicile. Pour étrangler les étrangleurs, surtout Bernardo Brusca, le chef de son clan. Il rate son coup, est rattrapé par la police et emprisonné. Libéré en 2002, il dégote, toujours grâce au fameux Service de Protection, un boulot tranquille : il revend les pièces de rechange automobiles mises sous séquestre par la justice. Mais aujourd’hui il est encore inconsolable et se met à pleurer dès qu’il évoque son fils : « J’imagine son regard affolé lorsqu’il a compris qu’on allait le tuer. »

Vieux comme le monde

Mais qui sont donc les repentis ? Ecartons tout de suite une équivoque sur le prétendu caractère religieux de leur parcours : il n’existe pas. Ni croix ni bénitier derrière leurs confessions. Un seul pentito, Gaspare Spatuzza, qui collabore depuis 2008, fait explicitement référence à la foi. Accusé de 40 homicides pour lesquels il est encore sous les verrous, il demande pardon de ses crimes et explique : « Entre Dieu et Cosa Nostra, j’ai choisi Dieu. » A 46 ans, il s’est même inscrit à la faculté de théologie et vit la dureté de l’isolement carcéral comme une expiation. Mais il est une exception. Pour tous les autres, le repentir n’a rien d’une conversion spirituelle.

« Un repenti est tout simplement un ancien criminel qui, à un moment donné de son histoire personnelle ou de celle de son organisation, décide de collaborer avec l’Etat. C’est tout. Les repentis sont vieux comme le monde et existent dans tous les pays. Mieux vaudrait les appeler des témoins ou des indicateurs de police« , explique le procureur antimafia Piero Grasso, 65 ans, qui les a pratiquement tous interrogés et a tenu l’accusation aux côtés du juge Falcone, en 1987, pendant le « maxi-procès » de Palerme.

« Las d’être une machine à tuer »

Devenir un repenti n’est pourtant pas chose facile. Avant de sauter le pas, il faut peser le pour et le contre. « J’avais peur« , reconnaît Mutolo, « peur d’être assassiné, même en prison » ,surtout « j’avais peur pour ma famille« . Il a fini par se livrer à une « analyse froide de la situation » et s’est rendu à l’évidence : « Cosa Nostra n’était plus l’organisation d’autrefois, puisqu’elle tuait femmes et enfants et multipliait les attentats contre les institutions. »

Il a donc cessé de tergiverser. Santino Di Matteo a lui aussi eu des doutes, mais il « en avait trop vu » et il « n’en pouvait plus ». Quant à ce repenti récent, Salvatore Grigoli, un ex-assassin impitoyable, il déclare : « J’étais las d’être une machine à tuer. » C’est donc d’abord la crise de Cosa Nostra qui a poussé des mafiosi fatigués dans les bras de l’Etat.

Et ce, en dépit des pressions familiales, celles des épouses surtout, qui ne voient pas d’un bon oeil un changement radical de leur niveau de vie, ni l’exil loin de la Sicile. Ainsi la femme du repenti Rosario Trubia, qui, le 24 mars 2010, se présente avec ses quatre enfants au tribunal de Caltanissetta en Sicile où son mari est en train de témoigner, et déclare :  » Nous vivions mieux lorsque mon mari était mafioso.  » En 1988, c’était Giuseppa Favaloro qui apostrophait les juges de Palerme :  » Mon mari n’est pas un repenti. C’est un infâme. Depuis que j’ai su qu’il collaborait, j’ai ouvert les armoires, enlevé tous ses vêtements et je les ai brûlés. A mes enfants, j’ai dit : « Pauvres petits, vous n’avez plus de père ! » »

Buscetta, le premier et le plus célèbre des pentiti

Enfin, il reste un dernier obstacle à surmonter pour collaborer : « Cette espèce de respect inné des bien-pensants pour le criminel pur et dur qui n’ouvre pas la bouche, et le dénigrement automatique du collabo qui parle « , relève Luigi Li Gotti, avocat de nombreux repentis. Li Gotti signale en passant qu’encore aujourd’hui les gosses de Palerme, lorsqu’ils veulent insulter un copain, le traitent de  » Buscetta  » : Buscetta, le premier et le plus célèbre des pentiti

Tommaso Buscetta lors de son arrestation

Outre l’ostracisme de ses anciens amis et de sa famille, le repenti devra affronter le problème épineux du travail. Ce sera son principal souci. « Le problème des repentis, c’est qu’ils ne savent rien faire de leurs dix doigts, dit Leonardo Lavigna, directeur du Service de Protection. Ils n’ont pas de métier, pas de diplôme, ni de CV présentable. » Alors on les oriente vers des boulots de jardinier, d’agriculteur, de maçon, de garçon de café, d’employé, si c’est possible…

Lorsqu’ils sont vraiment en danger de mort, on les convainc de changer d’identité. Mais, lorsqu’ils ont des enfants, cela devient compliqué.  » La seule solution est de leur expliquer que leur papa fait un boulot pour le ministère de l’Intérieur, un boulot dangereux, et qu’il doit être méconnaissable. » On a ainsi vu fleurir des centaines de vraies fausses cartes d’identité où le lieu de naissance indiqué est la Libye (la Libye, autrefois occupée par Mussolini, a un état civil difficilement vérifiable.

Des repentis coûteux

Les repentis posent en fait les problèmes d’une ville de 5.000 habitants : 1 207 « collaborateurs » plus les 3.963 membres de leurs familles, tous transférés hors de Sicile, de Calabre ou de Campanie. Il faut inscrire les enfants à la crèche ou à l’école et les faire vacciner, trouver un avocat, conduire les malades chez le médecin, et même parfois chez un chirurgien qui leur remodèle le visage.

Le Service de Protection est aussi une sorte de service social, une « grande maman », comme l’appellent les repentis, qui s’occupe du quotidien de personnes habituées à un tout autre train de vie. La gestion de cette petite population finit par coûter à la collectivité entre 50 et 60 millions d’euros par an. C’est le prix de leur inestimable contribution à la déconfiture de la Mafia. « Leur apport a servi à battre l’aile militaire de Cosa Nostra, rappelle l’avocat Luigi Li Gotti. En brisant l’omerta, ils nous ont laissé un patrimoine de connaissances inestimable: on sait aujourd’hui pratiquement tout sur le crime organisé. »

Les rapports de la Mafia avec la politique

Ce sont les collaborateurs de la dernière génération qui ont la partie la moins facile. Parce que le climat s’est durci avec l’arrivée de Berlusconi au pouvoir. Les critiques se sont accentuées envers ces « criminels » et ces « délateurs » qu’on devrait laisser « pourrir en prison « plutôt que de leur verser un « véritable salaire », comme l’écrivent les médias berlusconiens. Il est vrai que, n’ayant plus rien à révéler sur le fonctionnement de leur organisation, les « hommes d’honneur » ont abordé un chapitre brûlant : les rapports de la Mafia avec la politique.

Comme Gaspare Spatuzza. Pauvre Spatuzza, qui, en 2010, a osé dénoncer clairement ce qui n’était jusqu’alors qu’un vague soupçon : les relations étroites du président du Conseil italien avec Cosa Nostra. Cela a commencé, dit Spatuzza, à l’époque de l’entrée en politique de Berlusconi, en 1993-1994, quand la Mafia s’est mise à faire exploser des bombes à Rome et à Florence.

Spatuzza raconte que son chef de l’époque, un certain Graviano, lui, parle alors sans ambages : « Berlusconi est une personne sérieuse, c’est notre point de référence, avec son copain et bras droit, le sénateur Marcello Dell’Utri, il a mis le pays dans nos mains. » Et il rappelle que les parrains avaient injecté de l’argent dans l’empire médiatique berlusconien.

Le repenti Grigoli soutient lui en 2011 : « On nous donna l’ordre dès 1994 de voter Berlusconi. » Qui s’étonnera alors que les journaux tombent à bras raccourcis sur ce dernier collabo, titrant « Il parle trop », « Basta les repentis », « Spatuzza, Grigoli, ou l’imagination malade » ? Qui s’étonnera que, malgré ses révélations, Spatuzza se soit vu refuser l’accès au programme de protection des repentis ?

On assiste aujourd’hui en Italie au crépuscule du repentir. Plus rien ni personne n’encourage le mafioso à rompre l’omerta. Au contraire. Le gouvernement a adopté des lois qui favorisent l’opacité des transactions financières et fait donc un cadeau à la Mafia. Même sur le terrain de la lutte contre le crime organisé, Silvio Berlusconi a su placer l’Italie sous sa chape de plomb.

Article écrit par Marcelle Padovani – Le Nouvel Obserbvateur