Le procureur sicilien Nino Di Matteo voudrait une loi étendue sur les avoirs de la corruption

Le procureur sicilien Nino Di Matteo, leader de la lutte contre Cosa Nostra souhaiterai étendre la législation antimafia sur la confiscation des avoirs de la corruption. Cette mesure deviendrait un tournant incroyable et un véritable « tremblement de terre » contre le crime organisé.

La « méthode Falcone » s’appuyait sur la loi Rognoni-La Torre (votée en 1982), une arme juridique autorisant la confiscation patrimoniale du mafioso inapte à établir la nature et la provenance légitimes de ses biens. Cette mesure avait créé un vent de panique dans les rangs de Cosa Nostra.

Pour faire abolir cette loi, le boucher de Corleone, Totò Riina, déclencha une campagne d’attentats terroristes meurtrière dans toute l’Italie afin d’obliger le gouvernement à négocier une trêve avec la Mafia. Cette loi faisait partie des obsessions du parrain des parrains qui en avait fait l’un de ses conditions principales pour cesser son chantage.

Le procureur de Palerme estime que l’adoption d’une loi renforçant la lutte contre la corruption permettrait à la classe politique de retrouver de la crédibilité et de l’autorité dans la lutte antimafia.

Article lié « Haute tension à Palerme« 

Le procureur de Palerme et son escorte

C. Lovis ® Les Hommes de l’antimafia

Blitz antimafia à Palerme

ACTUALITELe 16 mars 2016, des centaines de carabiniers ont mené une opération d’envergure (opération « Brasca ») qui a entraîné l’arrestation de 62 individus dans la région de Palerme.

Les clans mafieux tentaient de se réorganiser sous la direction de Mario Marchese, 77 ans (photo), capomandamento de Villagrazia, et de Gregorio Agrigento, 81 ans, chef du clan de San Cipirello et capomandamento de San Giuseppe Jato.

Dans les années 1980, ces deux mafieux avaient déjà été identifiés comme étant des « fidèles » de Toto Riina, le parrain des parrains de Cosa Nostra à l’époque.

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Image tirée d’une vidéo de surveillance dissimulée par le ROS.

Mario Marchese, l’un des deux octogénaires arrêté lors de ce blitz était à la tête du district de Villagrazia était déjà connu des enquêteurs puisque ce dernier avait été accusé lors du Maxi-procès de Palerme de 1986-1987. D’abord loyal à Stefano Bontade, (1939-1981), il avait changé d’alliance quand ce dernier a été assassiné par les Corleonais en 1981.

Parmi les personnes arrêtées, on trouve Benedetti Capizzi. Patron du clan de Villagrazia, il avait été arrêté dans une grande opération antimafia en 2008 (Persée). Condamné à perpétuité pour assassina, il purgeait sa peine en résidence surveillée à cause d’une maladie. Les enquêteurs pensent qu’il en a profité pour réorganiser la structure de Cosa Nostra avec Marchese, son grand ami.

En Italie, les portraits, noms et prénoms des prévenus sont toujours affichés dans la presse. Voici les portraits de ceux qui ont été arrêtés sur l’article original.

C. Lovis

Source : Giornale di Sicilia, Silvia Lacono

Qui sont ceux qui luttent contre la mafia ?

De tout temps, des hommes et des femmes se sont élevés contre la mafia. Malheureusement, la plupart d’entre eux se retrouvaient éhontément isolés dans leur combat. Il aura fallu attendre les années 1980 avant de voir un groupe de magistrats se lancer dans une véritable guerre contre la mafia. En effet, le pool antimafia de Palerme a eu des succès extraordinaires en parvenant à mettre Cosa nostra à genou. Des grands noms de la magistrature ont combattu avec une foi sans faille la mère de toutes les mafias. Notamment le juge Giovanni Falcone dont le travail visait à faire du combat contre les mafias, un combat culturel. Son collègue et ami Paolo Borsellino fait partie de ces grands magistrats qui ont porté haut la défense de la justice et le respect du droit. Leur lutte résonne encore à l’heure actuelle. Peut-être plus que jamais en prenant conscience du pouvoir financier abyssal accumulé par les mafias alors que le monde est en crise économique.

antimafia

Evidemment, d’autres magistrats ou policiers honorent la liste des incorruptibles. L’ex-procureur de la Confédération Suisse et Présidente du TPI, Mme Carla Del Ponte ou le juge espagnol Baltasar Garzon font partie de ces grands noms aujourd’hui. À côté des ces magistrats médiatisés, il y a toujours eu des policiers oeuvrant dans l’ombre pour infiltrer les réseaux mafieux, enquêter pendant des années sur des criminels insaisissables. Il y a aussi les journalistes qui s’élèvent quotidiennement contre la puissance du mal. Par éthique et conviction, ils utilisent leur plume comme une arme pour dénoncer l’inacceptable mariage célébré bien trop souvent entre le crime organisé avec les acteurs de la scène politique. Mais il y a également les anonymes. Des personnes qui n’ont rien demandé à personne et qui se retrouvent témoins d’un crime ou d’une quelconque exaction.

Antonino Caponnetto, le chef du Bureau d'instruction de Palerme qui créa le pool antimafia composé de Giovanni Falcone et Paolo Borsellino notamment.
Antonino Caponnetto, le chef du Bureau d’instruction de Palerme qui créa le pool antimafia composé de Giovanni Falcone et Paolo Borsellino notamment.

Le scandale des escortes révoquées

Escorte arméeEn Italie plus qu’ailleurs, l’escorte des personnes menacée est un travail dangereux. Avec sur son sol les quatre mafias les mieux structurées au monde, les risques sont réels pour les hommes et les femmes d’escorte autant que pour les personnes dont ils doivent assurer la sécurité. Dernièrement, un ancien ministre a bénéficié d’une escorte de 4 agents avec deux voitures blindées pour se rendre en vacances avec sa famille, dans la province de Brindisi. Il n’y aurait pas de polémique si dans le même temps, des personnes réellement menacées par la mafia ne se voyaient pas retirer leur escorte.

Angela Napoli
La politicienne Angela Napoli

C’est le cas par exemple pour Angela Napoli. Politicienne honnête, ancienne membre de la Chambre de députés de la République italienne, elle a été vice-présidente de la commission parlementaire antimafia et la cheville ouvrière de plusieurs projets de loi pour lutter contre le crime organisé. En 2010, elle était parvenue à faire dissoudre pour infiltration mafieuse le conseil régional de Calabre où siégeaient plusieurs hommes politiques de haut rang. En mars 2010, des enquêteurs avaient découvert que la puissante ‘Ndrangheta avait monté un plan pour l’assassiner. Cette brillante politicienne d’origine calabraise a vécu sous protection policière pendant plusieurs années. Mais non réélue, cette femme engagée contre la mafia s’est vue révoquer son escorte.

Un autre exemple éloquent. Celui de Vincenzo Liarda.

Le syndicaliste Vincenzo Liarda

Vincenzo Liarda est un protagoniste de la lutte contre la mafia. Secrétaire syndical de la CGIL et membre de l’observatoire de la légalité, il a été victime depuis 2011 de 21 actes d’intimidation. Malgré les menaces contre lui et sa famille, l’État italien lui a retiré sa protection sans aucune explication. Aujourd’hui, Vincenzo Liarda vit enfermé dans sa maison pendant que ceux qui l’ont menacé continuent de vivre normalement.

12 juin 2015 – Dernière information
Une polémique est en train d’enfler contre Vincenzo Liarda qui serait accusé d’avoir extrapolé les menaces dont il fait l’objet. Une enquête a été ouverte. Il faut garder à l’esprit que la mafia utilise depuis longtemps la stratégie de discréditation pour faire perdre l’estime d’une personne. Le juge Falcone — comme bien d’autres — avait été victime de rumeurs abjectes. (Exemple : Falcone avait été accusé d’avoir organisé un faux attentat contre sa personne ; immédiatement après l’assassinat du policier Calogero Zucchetto, la mafia avait fait courir le bruit qu’il avait été tué par un mari jaloux). Les exemples ne manquent pas et il faudra attendre la suite de l’enquête pour en savoir plus.

Le procureur Salvatore Vella
Le procureur Salvatore Vella

Procureur adjoint d’Agrigente, juge antimafia, Salvatore Vella n’est pas un citoyen ordinaire. Après avoir décapité la direction de Cosa Nostra de la magnifique région de la Vallée des Temples, le juge Vella a reçu une série de menaces de mort. Pendant des années, il a vécu sous protection policière en voyageant dans des voitures blindées. Lors d’une conférence dans une école, il a trouvé un bout de papier sur lequel étaient inscrits la marque et le numéro de plaque de sa voiture blindée, accompagnée du mot « Boom ! ». Ces menaces n’ont pas empêché de le voir retirer son escorte.

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Le capitaine Ultimo

Un dernier scandale qui date de 2014. Le capitaine Ultimo, de son vrai nom Sergio De Caprio qui avait arrêté en 1993 Totò Riina, le sanguinaire patron de la mafia sicilienne a vu sa protection révoquée. Une décision incroyable quand on sait que le carabinier a été condamné à mort par la Coupole de Cosa Nostra. D’autant plus qu’il y a quelques mois, du fond de sa cellule de haute sécurité, Totò Riina a annoncé : « une probable nouvelle saison de meurtres » contre les magistrats de Palerme. Pourquoi le gouvernement italien a-t-il décidé de ne plus protéger un homme si détesté par la mafia ? Maintenant, Sergio De Caprio est colonel chez les carabiniers. Il tente de rester très discret et ne circule plus qu’à scooter pour éviter de devenir une cible trop facile.

« En Sicile, la mafia frappe les serviteurs de l’État que l’État n’est pas en mesure de protéger ».

Giovanni Falcone

Des escortes d’apparat aux dépens de ceux qui sont réellement menacés

Une polémique enfle en Italie quand on sait qu’à Rome, avec les diplomates et les personnalités du monde entier, la police organise chaque jour environ 120 escortes. Même si la capitale détient deux états sur son sol (Italie et Vatican), ce chiffre de service de protection est énorme en comparaison des autres pays. (Madrid = 60, Londres = 43, Paris = 21, Berlin = 13). D’aucuns lâchent que Rome devrait diminuer les services de protection pour les personnes qui ne sont pas réellement en danger. Ils évoquent que les escortes ne doivent pas servir à afficher une puissance quelconque détriment du citoyen et de ceux qui en ont réellement besoin.

En Italie, on estime que 4000 agents des forces de l’ordre sont chaque jour réquisitionné pour escorter environ 600 personnes. Une dépense annuelle de 250’000’000 d’euros. L’État italien a acheté environ 2000 voitures neuves, dont 800 sont blindées et coûtent de 120’000 à 180’000 euros chacune.

Le niveau d’escorte varie en fonction de la menace :

  • Haute forme de sécurité : 2 ou 3 voitures blindées et plus de 8 agents
  • Moyenne forme de sécurité : 2 voitures d’escorte et 6 agents
  • Basse forme de sécurité : 1 voiture, 1 chauffeur et 1 agent

En 2010, les personnes protégées en Italie étaient au nombre de 410 :

  • 263 juges
  • 90 parlementaires
  • 21 maires et présidents de région
  • 21 ambassadeurs, journalistes et syndicalistes
  • 87 repentis de la mafia

Scandale à la Berlusconi
La crise n’est pas toujours où l’ont croit

L'escorte de Silvio Berlusconi En avril 2006, le premier ministre sortant Silvio Berlusconi qui avait pour habitude de concocter des lois en fonction de ses besoins a exigé juste avant de quitter le pouvoir que les chefs de gouvernement qui ont démissionné de leurs fonctions conservent le droit de garder une escorte maximale sur l’ensemble du territoire national. C’est donc 31 hommes de la police nationale et des carabiniers qui sont restés à la disposition du « Cavaliere » déchu et qui surveillent à la charge du contribuable ses innombrables résidences privées. On estime que l’État dépense 200 000 euros par mois rien qu’avec cette mesure sans compter les conseillers et autres frais qui sont payés par la République au milliardaire déchu du gouvernement.

Quelques personnalités italiennes sous escorte

Article écrit par C. Lovis © Les hommes de l’antimafia
Source : Roberto Brumat, journaliste italien indépendant. Visitez son excellent blog !

Assaut sur Palerme

Les parachutistes investissent le fief d’un superparrain. A Palerme, la guerre contre la Mafia est officiellement déclarée. Mais « l’honorable société » reste bien ancrée dans la culture sicilienne.

CiacullihISTOIRE-DE-LA-MAFIA est un petit village agricole posé sur les collines de la Conca d’oro, la Conque d’or, qui dominent la baie de Palerme. C’est encore l’époque de la cueillette des mandarines, et tout était tranquille, en ce dimanche matin, quand les parachutistes sont arrivés. Ils étaient plusieurs centaines, largués d’hélicoptères, armés de fusils d’assaut, appuyés par l’armée de terre, les carabiniers et les chiens policiers.

Ils ont bouclé le village et ont pénétré dans une grande maison rose, la plus belle du coin. Ici habitaient les frères Greco. Michèle, l’aîné, surnommé « le Pape », et Salvatore, « le Sénateur ». Don Tommaso Buscetta, la première « balance » de la longue histoire de la Mafia sicilienne, avait désigné Michèle comme le superparrain de Palerme. On l’accuse d’avoir commandité, en septembre 1982, l’assassinat du général Alberto dalla Chiesa, qui venait d’être nommé préfet de Palerme pour lutter contre la Mafia. Le Pape et le Sénateur ont préféré lever le pied. Ils sont « en fuite » depuis deux ans. Mais la police est sûre qu’ils sont toujours quelque part dans l’île.

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Michele Greco était surnommé « Le Pape » pour sa propension à dire constamment des passages de la bible.

Quand ils sont entrés dans la maison rose, les parachutistes ont découvert une trappe sous le grand tapis du salon. Elle menait, à travers un dédale de galeries et de salles, à des catacombes, où traînaient encore des vivres et des armes. Mais de Greco, point.

Est-ce vraiment étonnant ? Héritiers de la grande tradition, les Greco règnent sur Ciaculli en seigneurs. Dans un champ de mandariniers, une vieille femme en noir s’active à la cueillette. Le Greco? Elle se dresse, raide et théâtrale : « Un homme de bien. » Les meurtres ? « Même si c’était vrai, mon devoir serait de l’aider de toutes mes forces. Mais que peut un ver de terre comme moi pour aider un aigle ? » Et elle termine son discours les deux mains en coupe, en un geste clair : « Et lui, au moins, il en a ! » Les autres cueilleurs, Antonio et Salvio, opinent. Le Pape a toujours été « juste et bon », et s’il a détourné quelques subventions, après tout, « c’est bien parce qu’il est plus fort que les autres ». Rien à dire.

Quelque chose quand même s’est cassé au royaume de la Mafia. Voir ainsi l’armée investir le fief des Greco est un signe. Palerme n’est plus Palerme. Plus tout à fait. Chaque jour, à la même heure, les sirènes de la police hurlent via Nortabartolo, l’une des grandes artères de la capitale. Des policiers en gilet pare-balles, pistolet-mitrailleur au poing, prennent position sur le trottoir, protégeant un petit homme barbu qui s’engouffre dans un immeuble. Le juge Giovanni Falcone, spécialement chargé de briser la Mafia sicilienne, rentre chez lui.

La vie n’est pas facile pour le magistrat, entre son bureau bunker, son escorte armée, sa voiture blindée et son appartement fortifié. Mais ces précautions s’expliquent : depuis 1979, on a ramassé 600 cadavres dans les rues de la ville, déchiquetés dans l’explosion de leur voiture piégée, exécutés au fusil de chasse à canon scié – la « lupara » — ou au fusil d’assaut kalachnikov. Sans compter ceux qui ont disparu au fond de la mer, coulés dans le béton, méthode classique dite de la « lupara bianca ».

Falcone & Borsellino
Falcone & Borsellino

Artisan de l’opération Saint-Michel (366 inculpations, l’automne dernier), le juge Falcone, qui prépare avec ses collègues une nouvelle charrette, affirme pourtant : « Arrêter, condamner ne servira à rien, si nous ne parvenons pas à éradiquer le système mafieux qui gangrène la ville. » Et ça, c’est une autre histoire.

« L’esprit mafieux, c’est comme l’air qu’on respire. C’est une culture que les étrangers ne peuvent pas comprendre », explique Angelo, Sicilien pure race, en avalant un foccace, redoutable sandwich palermitain garni de tripes de vache recouvertes de fromage. Le bistrot est situé dans la Vucceria. Comme tout le centre historique de Palerme, le quartier n’est plus qu’une splendeur en décomposition: ruelles inondées, poubelles éventrées, lambeaux d’églises baroques, chicots de palais normands qui s’effondrent dans l’indifférence générale.

« Prenez notre marchand de foccace, poursuit Angelo. Il ne lui viendrait pas à l’idée de payer des impôts. C’est une notion qui le dépasse. L’Etat, la municipalité n’ont aucune réalité pour lui. En revanche, il paie sa dîme au petit racketteur du coin pour que son échoppe ne soit pas plastiquée. Ça, c’est un rapport concret qu’il comprend et qu’il trouve honnête. »

L’ordre mafieux est la seule loi de Palerme. Le racketteur local dépend d’une organisation criminelle qui contrôle le quartier et qui met se tueurs — les  » killers  » — à la disposition des familles « respectables »: notables, entrepreneurs, industriels de l’héroïne, etc. A ces derniers d’intimider ou d’acheter le personnel politique ou administratif pour que les affaires continuent de marcher. Les honnêtes gens n’ont qu’à subir ou se ranger. C’est ainsi.

Le repenti Tommaso Buscetta
Le repenti Tommaso Buscetta

Grâce aux révélations de Buscetta on a « découvert » que l’ancien main de Palerme, Vito Ciancimino, avait caché des sommes aussi fabuleuses que frauduleuses au Canada. Que les cousins Salvo, exploitants agricoles, businessmen et fermiers généraux (l’Italie a encore des collecteurs d’impôts privés), avaient bâti leur fortune sur le détournement de l’argent public et les spéculations scandaleuses sur l’immobilier. Main basse sur la ville.

La population de Palerme a triplé dans les années 60, et les « familles » se sont entretuées pour obtenir l’adjudication des travaux de construction. « Généralement, explique l’architecte Michelangelo Salamone, cela se passe ainsi : la famille qui l’emporte triple le prix du devis, empoche une part du budget, en consacre une autre à rétribuer complices et hommes de main. » Dans ces conditions, les réalisations sont ce qu’elles sont. La banlieue populaire n’est qu’un hachis de constructions calamiteuses. L’aéroport, construit devant une colline, est un des plus dangereux du monde. Le centre historique pourrit sur pied en attendant que les « familles » se soient mises d’accord pour se partager le budget de 1500 milliards de lires voté depuis des années pour sa réhabilitation.

Trop d’argent, trop de rivalités…

Mais, depuis une dizaine d’années, la Mafia a délaissé l’immobilier pour le trafic, bien plus rentable, de l’héroïne. Avec succès. On estime que le commerce de l' »héro » déverse chaque l’année quelque 700 milliards de lires (dites narco-lires) sur la Sicile. Apport non négligeable dans l’une des régions les plus pauvres d’Italie. Palerme, qui traîne au 80e rang des villes italiennes pour le revenu par habitant, se retrouve – grâce aux narco-lires — au 6e rang pour la consommation !

« L’argent et la loi du plus fort gouvernent le monde », énonce — plein de respect – Sergio. Il est entrepreneur en électricité. Dans son appartement moderne de la via Libertà, le quartier chic de Palerme, il a convié à dîner, ce soir-là, un commerçant, un architecte et un enseignant.

Carlo Alberto Dalla Chiesa
Carlo Alberto Dalla Chiesa

Dans cette discussion de lettrés, l’architecte abrite sa résignation derrière la phrase de Lampedusa, l’auteur du « Guépard » : « En Sicile, il faut que tout change pour que tout reste semblable. » L’enseignant rappelle que les parrains ont été remis en selle en 1944 par les Américains, soucieux de contrôler l’île pendant le débarquement. Le commerçant souligne que la Démocratie-chrétienne a soutenu constamment le système pour s’assurer les suffrages des Siciliens. Et l’entrepreneur conclut, fataliste : « La Mafia est à Rome, à Milan, à New York. La drogue rapporte 70 milliards de dollars par an aux Etats-Unis. Quel pays, quel pouvoir peuvent prétendre lutter contre une telle puissance ? »

Et, pourtant… Quelque chose s’est fêlé dans ce consensus séculaire. Les amis de Sergio ne parlaient-ils pas ouvertement de la Mafia, alors qu’il y a peu personne n’osait prononcer le mot, même dans une conversation privée.

Giovanni Falcone
Giovanni Falcone

L’empire des parrains a dérapé sur les milliards de la drogue. Trop d’argent enjeu, générateur de trop de rivalités. L’ivresse des narco-lires a entraîné l’élimination sauvage des gêneurs : représentants de l’Etat et élus compris. L’assassinat de Dalla Chiesa, les révélations de Buscetta ont brisé l’équilibre mafieux. Depuis, on sent du relâchement. La Démocratie-chrétienne, puissant soutien de l’establishment sicilien, tente de prendre ses distances. L’Eglise aussi : le cardinal Salvatore Pappalardo s’est enfin décidé à tonner, en chaire, contre l’honorable société. On dit même que les obsèques des grands chefs de  » famille  » ne se font plus en grandes pompes, dans la tradition. Rien ne va plus. La municipalité, pour prouver ses bonnes intentions, a décidé d’ériger sur le port un monument « aux victimes de la Mafia ». La région a voté cette année un budget de un milliard de lires pour organiser des cours de « démafiosation » dans les écoles. A Brancaccio, le quartier le plus sanglant de Palerme (50 morts ces dernières années dans la seule via Conte Federico), 5000 gosses ont défilé entre les HLM et les champs de pommes de terre, en portant des banderoles où ils avaient écrit : « Contre la pieuvre ».

Paolo Borsellino
Paolo Borsellino

Les juges deviennent incorruptibles. Palerme vit quasi en état de siège. Entre 1982 et 1984, un. bataillon d’experts financiers a procédé à 24 000 inspections bancaires. Les biens suspects (500 milliards de lires) ont été mis sous séquestre. Tout candidat à une adjudication doit dorénavant se faire attribuer un certificat de « nonmafiosité ». Ces contraintes et la crise des narco-lires, liée à la répression du trafic de la drogue, ont freiné l’activité commerciale de la ville. On ne vend plus autant de belles voitures ni de bijoux dans les boutiques chics de la via Libéria. Pour un peu, les Palermitains se déclareraient sinistrés.

Après Buscetta, qui brise la loi du silence, les femmes, traditionnellement vouées à pleurer leurs morts en silence, s’en mêlent. Les veuves des victimes de la Mafia viennent de se liguer en association. L’une d’elles, Maria Benigno, 52 ans, va jusqu’aux assises pour tenter de confondre les tueurs de son mari. Du jamais vu.

L’affaire remonte à 1976. Trois hommes arrêtent la Fiat 500 où elle avait pris place avec son mari et son frère. Ils tirent à bout portant sur les deux hommes. Pas sur elle : en Sicile, on ne touche pas aux femmes, qui, depuis toujours, savent se taire. Pas elle. La voilà qui dénonce les tueurs. Deux procès ont déjà tourné court « faute de preuves ». Elle continue : troisième procès, cette année. Maria Benigno ne sort pas sans ses gardes du corps. Mais elle s’en méfie un peu, confesse-t-elle en triturant son mouchoir. Elle n’a pas tout à fait tort.

Paolo Giaccone, le médecin lâchement assassiné
Paolo Giaccone, le médecin lâchement assassiné par Cosa Nostra

En 1982, le médecin légiste Paolo Giaccone a été exécuté devant son hôpital. Il avait eu la mauvaise idée d’identifier les empreintes d’un Marchese, membre de l’une des familles les plus sanguinaires de Palerme. Son successeur, qui autopsie en moyenne un cadavre par jour, souhaite une mutation « dans une ville plus tranquille ». Certes.

« Nous vivons un moment historique, affirme le juge Falcone, qui, lui, ne manque pas de courage. Après l’opération Saint-Michel, nous prévoyons 600 nouvelles inculpations pour le printemps. » II a dressé, pour la seule ville de Palerme (700 000 habitants), une liste de 2000 suspects.

« Le pire qui puisse arriver à un homme est de mourir dans le cœur d’un autre », affirme un dicton. La Mafia est-elle en train de mourir dans le cœur des Siciliens ? Peut-être…

Source : Article de l’Express (1985)

Qui a tué les juges antimafia Falcone et Borsellino?

En 1992, les magistrats Falcone et Borsellino sont assassinés à Palerme. La péninsule est en état de choc. Accusée: Cosa Nostra. Dix-huit ans après, explique le journaliste Attilio Bolzoni, de nouvelles révélations suggèrent des complicités haut placées.

Derrière les bombes qui ont ensanglanté l’Italie des années 1992-1993, broyant le juge Giovanni Falcone, pionnier de la lutte contre la Mafia, et, deux mois plus tard, son ami Paolo Borsellino, se cachait-il un mandataire d’Etat? Une mise en scène occulte a-t-elle guidé la main assassine de Cosa Nostra, la Mafia sicilienne?

Si ces massacres ont toujours été entachés de zones d’ombre, l’hypothèse est évoquée, glaçante, ces dernières semaines, en Italie, au gré de déclarations de repentis, jusqu’au procureur national antimafia, Piero Grasso, qui dit que « la Mafia n’était pas la seule à avoir un intérêt à éliminer Giovanni Falcone » ou que les attentats de 1993 ont pavé la voie à une « nouvelle entité politique ».

Attilio Bolzoni, journaliste au quotidien La Repubblica, spécialiste de Cosa Nostra depuis trente ans, vient de publier en Italie un livre, Faq Mafia (Ed. Bompiani), éclairant d’une lumière différente le premier attentat manqué contre Falcone, en 1989. Pour L’Express, il décortique le malaise.

Qui a tué les juges Falcone et Borsellino? Dix-huit ans après leur mort, voilà que le débat est relancé. Toto Riina, le boss de Cosa Nostra, a été condamné, en 2002, en tant que mandataire, pourtant…

Si Riina est bien le mandataire sicilien de ces homicides, on n’a jamais retrouvé le mandataire italien, politique, celui qui, avec Cosa Nostra, a planifié ces attentats de Palerme en 1992 puis ceux sur le continent en 1993. On nous a toujours dit que les auteurs étaient les mafieux corléonais, et seulement eux. Ils ont été capturés et condamnés.

Mais, depuis peu, affleure une nouvelle vérité: la Mafia sicilienne de Riina aurait été le bras armé d’un autre pouvoir, instrumentalisée pour faire le sale boulot. Après la mort de Falcone et de Borsellino, cette « Mafia militaire » a été anéantie par une répression sans précédent de l’Etat italien. Or, aujourd’hui, de plus en plus d’éléments font penser à un complot d’Etat. Notamment la récurrence sur les lieux des massacres de « présences étrangères » à Cosa Nostra – des agents des services secrets italiens.

On repense à la phrase lancée l’an dernier par Riina, parlant pour la première fois de sa prison, après dix-sept ans de silence…

Polizia di Stato/Handout/ReutersToto Riina, le parrain des parrains de Cosa Nostra.
Toto Riina, le parrain des parrains de Cosa Nostra.

Oui. Même lui a réalisé qu’il a été utilisé. Sur la mort de Borsellino, il a dit : « Ne me regardez pas seulement moi, mais regardez aussi en vous… » Ajoutant: « Ce sont eux qui l’ont tué. » Riina a 80 ans, il est malade. On espère qu’il parle avant de mourir…

En attendant, un repenti, interrogé depuis un an et demi par la justice, a parlé, lui.

Le repenti Gaspare Spatuzza a d’abord révélé que c’est non pas le mafieux Vincenzo Scarantino qui a volé la Fiat ayant fait sauter Borsellino mais lui. Il a surtout dit que, dans le garage de Palerme où l’on bourrait d’explosifs la voiture, il n’y avait pas seulement des mafieux, il y avait aussi un agent secret, d’une cinquantaine d’années. Spatuzza l’a identifié, il y a deux mois, dans un fichier photo que les services secrets italiens ont dû envoyer aux magistrats de Caltanissetta, à leur demande. Et cet agent – qui, en 1992, avait bien une mission en Sicile – a aussi été reconnu, juste après, par Massimo Ciancimino, le fils de l’ex-maire mafieux de Palerme, comme l’un des hommes de l’appareil d’Etat qui traitaient avec son père, Vito. En clair, il est l’un des liens entre l’Etat et Cosa Nostra. L’agent secret est désormais sous enquête et son identité n’a pas encore été dévoilée…

Il semblerait que, par ailleurs, soient identifiés d’autres agents ayant traité avec Vito Ciancimino. Par exemple le « signor Franco », l’homme qui, pendant trente ans, aurait eu des contacts étroits avec lui, lui aurait remis de faux passeports et le papello (la liste des requêtes de Toto Riina à l’Etat pour arrêter les massacres). Cet homme ne voulait pas que Vito parle, pas plus que son fils Massimo, qu’il a récemment intimidé… Ce qui émerge de tout ça, c’est qu’une partie de l’Etat traitait avec Cosa Nostra, et qu’une autre a participé matériellement aux massacres.

C’est grave, si c’est avéré… Mais qui, au sein de l’Etat? La Démocratie chrétienne [DC] était alors au pouvoir…

La DC avait des rapports avec la Mafia, mais ceux qui ont déstabilisé l’Italie à coups de bombes sont à chercher non pas dans les partis mais au sein de l’appareil d’Etat. En fait, ces bombes explosent dans un moment de vide et de recomposition politique: la DC s’écroule, balayée par l’opération anticorruption Mains propres, et un nouveau parti, celui de Berlusconi, voit le jour: Forza Italia.

Qui a tué les juges antimafia Falcone et Borsellino?
Le repenti Spatuzza s’est mis à table

Il y a un mois, une commission du ministère de l’Intérieur a pourtant refusé d’admettre Spatuzza dans le programme de protection définitif des repentis. Il n’est pas fiable?

C’est la première fois qu’un repenti, reconnu comme fiable par trois parquets (Caltanissetta, Florence et Palerme) et le procureur national antimafia, se voit débouté par cette commission gouvernementale. Motif officiel: Spatuzza s’est mis à table au-delà des six mois au cours desquels un repenti doit parler.

Repentis, mode d’emploi

Ce sont des mafieux qui ont brisé l’omerta, la loi du silence, et l’invincibilité de la Mafia. L’Etat passe un contrat avec eux, leur donnant une nouvelle identité et un travail dans un lieu protégé. Il n’est pas toujours évident, pour la justice, d’évaluer la fiabilité de leurs révélations. C’est le juge Falcone qui a fait naître la figure du « collaborateur de justice », accouchant le Palermitain Tommaso Buscetta, qui lui a donné les clefs pour comprendre Cosa Nostra et lui infliger le premier coup dur.

Il avait en particulier cité son boss disant, en 1994, que la Mafia avait « le pays dans les mains » grâce à Silvio Berlusconi et à son bras droit, le sénateur Marcello Dell’Utri… Lequel a été condamné en appel, le 29 juin, à sept ans de prison pour complicité d’association mafieuse. Une peine très importante pour un homme depuis toujours en rapport d’affaires avec Berlusconi, notre président du Conseil… Même si les juges l’ont absous pour la période de 1992 à aujourd’hui.

En tout cas, la décision de ne pas protéger Spatuzza, qui intervient alors que les enquêtes sur les massacres sont rouvertes, est un signal politique à ceux qui font émerger une vérité autre que la vérité officielle…

Le procès Borsellino sera-t-il révisé?

Borsellino à Palerme, 3 mai 1992
Borsellino à Palerme, 3 mai 1992

Oui. Il y a trop de questions. Scarantino, celui qui s’était accusé d’avoir volé la Fiat devant tuer le juge, serait donc un faux repenti, comme le pensent les magistrats? Celui qui l’a « accouché » est l’ancien superflic Arnaldo La Barbera. Or on vient juste d’apprendre que ce superflic chargé, dès la fin de 1992, de l’enquête sur ce traumatisme national qu’ont été les assassinats de Falcone et de Borsellino, a été un agent des services secrets…

C’est ahurissant! Il émargeait au titre de source sous le nom de « Catullo » en 1986-1987, puis il est devenu le chef de la squadra mobile(brigade de police judiciaire) de Palerme en 1989. Mais qui entre dans ce monde des services n’en sort pas… La surprise a été totale. Pourquoi un haut policier aurait-il aussi été un 007? A qui devait-il en référer? Il est mort en 2002.

Au sein de l’Etat, certains voulaient la mort de Giovanni Falcone, selon le journaliste.  

Revenons au 20 juin 1989, date du premier attentat manqué contre Falcone, à l’Addaura, en Sicile. Dans votre livre, vous révélez que, déjà, au sein de l’Etat, certains voulaient la mort de Falcone…

Oui, et d’autres ont voulu le sauver. Jusqu’à récemment, on pensait que, ce jour-là, deux tueurs étaient venus de la mer dans un canot pour placer devant la villa de Falcone 58 bâtons de dynamite. Les soupçons s’étaient portés sur deux policiers, Antonino Agostino et Emanuele Piazza. Aujourd’hui, après vingt et un ans, de nouvelles investigations bouleversent tout : les tueurs – des mafieux et des hommes des services secrets – seraient en fait venus de la terre. Tandis qu’Agostino et Piazza seraient venus là pour empêcher l’explosion…

Et ils sont tous deux morts peu après?

Piazza a été étranglé neuf mois après l’Addaura. Quelques mois avant, Agostino avait été tué. On n’a jamais trouvé les assassins. Même Riina a ordonné une enquête interne à Cosa Nostra pour savoir qui l’avait tué. En vain. Donc ce n’était pas Cosa Nostra… Il y a deux mois, le père d’Antonino Agostino, qui de désespoir s’est laissé pousser la barbe depuis la mort de son fils, m’a raconté que, peu de jours avant l’homicide, deux policiers sont venus le voir: « Où est ton fils? » L’un d’eux, a-t-il dit, avait une face de monstre, avec la partie droite gonflée, variolée, qui le faisait ressembler à un cheval.

La même « face de monstre » que des témoins auraient vue sur d’autres lieux de massacres siciliens…?

Oui. Le premier à en avoir parlé est un repenti, tué en 1996, Luigi Ilardo, qui a raconté à un colonel des carabiniers, Michele Riccio, avoir vu un homme des services secrets, à « face de monstre », aller poser des bombes…

Cet attentat de l’Addaura a été suivi d’étranges investigations…

La nuit suivant l’homicide d’Agostino, la squadra mobile de Palerme perquisitionne chez lui. Le père sait que son fils a des papiers secrets dans une armoire. Les policiers les trouvent tout de suite… Et ils disparaissent. Incroyable : cette année, après vingt et un ans, les juges de Palerme font poser un micro chez l’un de ces policiers, Guido Paolilli, à Pescara. Pendant des mois, rien. Jusqu’à ce qu’un matin, voyant le père Agostino à la télévision, Paolilli dise à son fils: « Cette nuit-là, on a fait disparaître un tas de papiers. » Ce policier était sous les ordres du superflic La Barbera… Celui-là encore qui, pendant des années, suivra une fausse « piste passionnelle » pour l’homicide d’Agostino et Piazza… Le père d’Agostino a aussi parlé à La Barbera du « monstre ». Mais le PV a disparu.

Et le juge Falcone, lui, avait-il compris, dès 1989, ce qui se tramait contre lui?

Oui. Deux heures après cet attentat manqué, il a dit que ceux qui l’avaient organisé étaient des « esprits très raffinés ». Et il ne parlait pas des mafieux… Il a livré là une piste jamais suivie… Il savait qu’une partie de l’Etat avait voulu le tuer, car il déstabilisait le pouvoir italien. Il venait de finir le maxi-procès qu’il avait instruit, la première vraie défaite de la Mafia… Aujourd’hui, d’un côté, l’Italie commémore ses héros Falcone et Borsellino. De l’autre, vous savez où étaient, jusqu’à il y a deux mois, tous les actes des enquêtes sur leur mort? Empilés dans un dépôt de la police de Bagheria, près de Palerme, rongés par les excréments de rats et l’humidité!

Un vent de menaces souffle sur la Sicile et la Calabre, aux prises avec la ‘Ndrangheta, la mafia locale devenue la plus puissante d’Europe… Comment interpréter ce climat?

Le procureur de Reggio de Calabre, qui a déclaré la guerre à la « bourgeoisie mafieuse », la mafia en col blanc, et le procureur de Caltanissetta, qui enquête sur les massacres en Sicile, ont reçu une balle par la poste, avec la même empreinte digitale. Ces menaces font suite à bien d’autres depuis le début de l’année, à l’encontre de magistrats, de journalistes… Une fièvre similaire à celle de 1992, qui rend palpable la peur d’un attentat en Sicile ou en Calabre.

Attentat de Capaci qui tua Falcone, sa femme et 3 policiers de son escorte
Attentat de Capaci qui tua Falcone, sa femme et 3 policiers de son escorte
L’attentat de Via d’Amelio, à Palerme tua le juge et 5 membres de l’escorte

 Sources : L’Express. Delphine Saubaber

Les Hommes de l’Antimafia

Le monde a besoin de héros

L’histoire contée dans cet ouvrage est intensément triste. Peu à peu, en explorant la vie des hommes de l’Antimafia, Christian Lovis a découvert qu’ils avaient pratiquement tous payé de leur vie leur courage, leur abnégation, leur sens du devoir et leur loyauté sans faille envers la démocratie institutionnelle de leur pays.

Certes, le constat est terrible, car la mort est une tragédie inacceptable et rien ne peut alléger le malheur qu’elle provoque. Cependant, on peut y trouver un semblant de sérénité quand on sait que les victimes de la mafia ne sont pas mortes pour rien. A l’évidence, le combat mené par une minorité d’individus courageux a permis de mettre en lumière et de dénoncer des pratiques intolérables au sein d’un État de droit. Les progrès réalisés ont été considérables et cruciaux dans la lutte contre le crime organisé. Vous allez découvrir l’histoire de la longue et honteuse cohabitation entre des tueurs sanguinaires et des élus du peuple, mais surtout, le combat incroyable mené par des magistrats et des policiers dont la lutte résonne encore aujourd’hui.