Le pacte entre Silvio Berlusconi et Cosa Nostra est prouvé

Silvio Berlusconi, ex-président du Conseil et homme le plus puissant d’Italie, a travaillé en lien étroit avec la mafia. C’est ce qu’a conclu le 10 mai la Cour de Cassation de Rome lors du procès d’un autre homme, le sénateur Marcello dell’Utri, condamné à sept ans de réclusion pour association mafieuse.

Ami proche de Berlusconi, cofondateur de Forza Italia, Marcello dell’Utri a servi de médiateur dès 1974, et pendant au moins vingt ans, entre l’ex-président du Conseil et la Cosa Nostra.

La cour d’appel cite une rencontre organisée en mai 1974 à Milan par M. Dell’Utri avec Silvio Berlusconi et plusieurs chefs mafieux, qui a « signé le début de ce pacte qui liera Berlusconi, Dell’Utri et Cosa Nostra jusqu’à 1992 ».

Silvio Berlusconi condamné pour avoir pactisé avec la Mafia

En vertu de cet accord, « l’entrepreneur milanais », autrement dit M. Berlusconi, « a abandonné toute idée de se faire protéger par les institutions, et s’est placé sous le parapluie de la protection mafieuse (…) sans jamais se soustraire à l’obligation de verser d’importantes sommes à la mafia ».

Silvio Berlusconi a toujours nié avoir eu des liens avec la mafia. Mais depuis longtemps, sa success story dans l’immobilier et les médias, initiée dans les années 70, était suspectée d’avoir été financée par des sources opaques.

LE PALEFRENIER DE LA VILLA DES ARCORE

Silvio Berlusconi a dû ainsi embaucher un palefrenier à Arcore, sa villa près de Milan, « non tant pour sa célèbre passion pour les chevaux » que  » pour garantir une présence mafieuse dans la villa« , ironise la cour. Outre le versement d’argent à Cosa Nostra à travers M. Dell’Utri, le pacte a permis que « l’association mafieuse se renforce et consolide son propre pouvoir », poursuit la cour.

Au cours du procès en appel de M. Dell’Utri en septembre 2012, Silvio Berlusconi avait été entendu comme témoin pendant trois heures sur la possibilité que la mafia lui ait extorqué, par l’entremise de l’accusé, quelque 40 millions d’euros pour lui accorder sa protection. M. Berlusconi avait réfuté cette thèse, affirmant avoir simplement voulu « aider un ami ».

Dans le premier procès contre M. Dell’Utri, en décembre 2009, un repenti de la mafia sicilienne, Gasparre Spatuzza, l’avait aussi accusé d’avoir été « l’intermédiaire et homme providentiel » pour préparer l’arrivée sur la scène politique de forces bien disposées à l’égard de Cosa Nostra. M. dell’Utri a été le cofondateur en 1993 avec M. Berlusconi de son premier parti, Forza Italia. Il a dirigé pendant plus de trente ans la régie publicitaire Publitalia, du groupe Fininvest, appartenant à M. Berlusconi.

Source et texte : LeMonde.fr par AFP / mai 2014

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Le gouverneur de Sicile défie Cosa nostra

L’excellent journal Lyon Capital a interviewé un des héros emblématiques de la lutte antimafia dont nous avons déjà souvent parlé sur ce blog. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Rosario Crocetta tient sa parole (ce qu’il a toujours fait d’ailleurs). Ça pourrait sembler normal, mais de la part d’un homme politique, c’est un phénomène inhabituel. Quel bien ça fait dans une période qui nous incite à lever le doigt bien haut quand on nous parle de promesses politiques…

Élu gouverneur de Sicile en octobre 2012, Crocetta fait figure d’exemple en Italie, mais aussi en Europe. Puisque les héros ne meurent jamais, les juges Falcone et Borsellino ainsi que leurs comparses doivent se délecter de son action depuis là-haut… (et sans doute le protéger…)

C. Lovis

Rosario Crocetta
Rosario Crocetta, gouverneur antimafia

Interview recueillie par Lyon Capitale (Par Jean-Michel Verne)

Lyon Capitale : Lors de notre dernière rencontre, en 2006, trois ans après votre élection à la mairie de Gela, vous nous aviez dit : “Avant d’être élu, j’avais l’idée de ce qu’était la mafia. Mais, là, je l’ai sentie.” Maintenant que vous venez d’être élu à la présidence de la région Sicile, que ressentez-vous ?

Rosario Crocetta : Je vous avoue qu’en ce moment précis je suis étonné. Je sais qu’il y a la mafia en Sicile, mais je ne pensais pas que les gens pouvaient s’en délier. Mon élection, c’est un signe fort. Mais j’ai face à moi un système qui sort totalement de la normalité.

Pouvez-vous nous donner un exemple de cette situation hors norme ?

Le premier exemple qui me vient à l’esprit, c’est le consortium des autoroutes siciliennes, le Cas. J’ai découvert que travaillait dans ce secteur l’entreprise Venturi, qui n’est pas en règle avec les directives antimafia de la préfecture. Cette entreprise, qui avait perdu tout agrément à Milan, était pourtant agréée en Sicile. J’ai décidé de l’écarter. Elle percevait 15 000 euros par jour pour surveiller les autoroutes. Le travail consiste à utiliser trois camionnettes et quatre employés déjà payés par l’entreprise. Cela ne vaut certainement pas 15 000 euros par jour !

Le secteur de la santé a révélé très vite de nombreux scandales et vous avez décidé d’agir en révoquant le responsable du département…

Avec l’assesseur Lucia Borsellino [la fille du magistrat assassiné, NdlR], à laquelle j’ai réclamé un audit, nous avons été effarés. Nous avons découvert qu’un marché géré par l’ASP [équivalent italien de l’Assistance publique], destiné à fournir des équipements portatifs pour les vieillards incontinents, se montait à la somme astronomique de 41 millions d’euros. Nous nous sommes aperçus qu’il y avait eu des manœuvres pour truquer l’appel d’offres. J’ai immédiatement dénoncé les faits au procureur, qui a ouvert une enquête. J’ai révoqué le responsable de l’ASP, Salvatore Cirignotta. C’est un ancien magistrat.

Lucia Borsellino (fille du célèbre juge antimafia Paolo) et Rosario Crocetta
Lucia Borsellino (fille du célèbre juge antimafia Paolo) et Rosario Crocetta

Un autre domaine est emblématique de l’emprise de Cosa Nostra, celui de la formation professionnelle.

Nous avons en Sicile 2 200 sociétés spécialisées dans le secteur de la formation professionnelle. C’est un véritable système, dans lequel on trouve des élus de la région, leurs femmes, leurs fils, etc. Et ce système écarte systématiquement les vraies compétences. Ce sont les contribuables qui payent. Nous nous trouvons face à une corruption généralisée. La mafia a pénétré au cœur des institutions, il faut casser tout ça. Et il faut faire vite. Je prépare une loi qui interdit que des députés de la région puissent agir pour favoriser des entreprises à la tête desquelles on trouve des parents de ces élus aux premier et deuxième degrés.

Votre action ne peut être véritablement efficace sans la collaboration de certains fonctionnaires pour dénoncer ces agissements. Comment vous y êtes-vous pris ?

J’ai envoyé une lettre à tous les fonctionnaires du secteur de la formation, en leur enjoignant de me dire s’ils avaient ou non des liens avec des entreprises qui travaillent pour la région. Sur 70, seulement 10 ont répondu. Du coup, j’ai muté l’ensemble des employés du département. Ils ont tenté d’occuper et de bloquer les locaux. J’ai appelé la police pour les évacuer pour “occupation illégale de lieux publics”. Les syndicats se sont mis au milieu, mais je n’ai pas fléchi. Ils sont partis.

Tous les domaines de compétence de la région semblent sous l’emprise de la Pieuvre, qui a installé son système clientéliste. Les secteurs du tourisme et de la culture ne sont pas épargnés ?

Ça, c’est la cerise sur le gâteau. J’ai découvert qu’une exposition et un vernissage avaient été facturés 3 millions d’euros… Même si on mettait la Joconde, ça ne coûterait jamais cette somme ! Je me suis également attaqué à la société qui gère les musées et leur billetterie. On s’est aperçus que 19 millions d’euros de recettes n’ont pas été rétrocédés à la région. C’est énorme.

L’emprise de la mafia sur les marchés publics pose un réel problème économique. Elle paralyse le bon fonctionnement non seulement de l’institution, mais de toute l’économie sicilienne. Comment allez-vous agir ?

Le problème est particulièrement sensible dans le domaine de l’environnement, où j’ai de grandes ambitions pour la Sicile. 3 500 entreprises siciliennes rencontrent des difficultés sur ces marchés, car elles sont exclues des appels d’offres par la mafia et que les projets sont bloqués. Des directeurs de l’office qui gère les marchés viennent travailler en Porsche et en Ferrari alors qu’ils gagnent officiellement 3 000 euros par mois. Vous ne trouvez pas qu’il y a quelque chose qui ne va pas ? Il faut comprendre que des entreprises payent des pots-de-vin de 30 000, 50 000, 100 000 euros. Alors j’ai procédé à des mutations dans les services administratifs. Il est important de libérer les activités du marché de la mafia. Pour nous, c’est une vraie révolution financière. On enregistre ces dernières années une baisse de l’activité du secteur des travaux publics de près de 70 %.

Votre action se veut particulièrement efficace sur la gestion des fonds européens. Que faut-il faire pour remettre la Sicile sur les bons rails ?

Nous sommes face à un vrai désastre. Mes prédécesseurs, “Totò” Cuffaro et Rafaelle Lombardo, ont inscrit dans la programmation des fonds qui ne peuvent être validés par Bruxelles. Ces dépenses vont être payées in fine par la région. 600 millions de fonds européens n’ont pas été versés du fait de cette mauvaise gestion. J’avoue que la Commission européenne, c’est l’un de nos principaux problèmes. Nous risquons aujourd’hui de perdre 6 milliards d’euros de programmation sur les prochaines années. Pour redresser la situation, j’ai saisi la Commission seulement trois semaines après mon élection. Nous avons travaillé jour et nuit. Le grand enjeu est d’éliminer les connexions entre l’économie, la politique et la mafia.

Avant votre élection, la Sicile se trouvait dans une situation extrêmement préoccupante. Qu’en est-il aujourd’hui ?

La crise économique est un problème que nous avons pris à bras le corps. C’est la première fois depuis longtemps que les agences de notation n’ont pas déclassé la Sicile. Nous ne sommes plus considérés sous la menace d’un défaut de paiement.

Le choix de votre équipe est déterminant pour remplir vos objectifs. Vous ne pouvez pas vous permettre de faire d’erreurs. Vous avez reçu à ce propos de vives critiques, on vous reproche certaines nominations, qui ne seraient pas judicieuses.

Le choix le plus symbolique c’est celui de Tano Grasso, une figure de l’antiracket, au poste de directeur général du département technique. Ce nouveau responsable est chargé notamment de surveiller les appels d’offres. On m’a critiqué en disant que Tano Grasso était un philosophe, donc quelqu’un de forcément incompétent. Moi, je crois le contraire. Mettez un philosophe à ce poste, il sera forcément moins cynique, moins technocratique. L’enjeu est considérable. Un département comme celui-là, ou il devient le domaine de la mafia, ou il est celui de l’antimafia, il n’y a pas de choix à faire.

Mais je voudrais aller plus loin. J’ai vraiment une confiance totale en mon équipe. Elle est constituée de gens qui sont tombés amoureux de moi (Rosario Crocetta affiche un large sourire). J’entretiens une relation sentimentale avec mes collaborateurs et collaboratrices. En regardant une personne, je suis capable en trente secondes de tout comprendre d’elle. Je suis trop habitué à me défendre pour ne pas comprendre l’autre.

Tano Grasso
Tano Grasso, figure de l’antiracket

Craignez-vous aujourd’hui une réaction violente de la part de la mafia ? Vous avez échappé par le passé à plusieurs tentatives d’assassinat. Avez-vous peur pour votre vie ? Vivez-vous constamment sous protection policière ?

Dès le premier jour de mon élection, un collaborateur a reçu un appel. Émis des États-Unis. Un inconnu a dit qu’il fallait que je fasse attention à moi et que j’allais mourir. J’ai aussi reçu une lettre anonyme où il était écrit que j’allais être découpé comme un cochon ! (Rosario Crocetta allume sa quatrième cigarette. Il en fume trois paquets par jour…) Mais, vous savez, ces gens-là n’ont aucune chance de m’impressionner. Je les attends de pied ferme. Je connais cette mafia, qui est la mafia des affaires. Le problème ne se situe plus aujourd’hui avec l’organisation militaire. La mafia des affaires, c’est la politique. Face à eux, il y a désormais l’antimafia, qui commence à se montrer très efficace, notamment contre le racket.

Vous dégagez, c’est manifeste, un impressionnant charisme. Est-ce le secret de votre réussite ?

Je reviens sur le cas de l’ASP et de la révocation de son responsable. C’est l’un des directeurs qui était en place qui a tout dénoncé. Des gens ont trouvé le courage de parler parce qu’ils ont confiance en moi. Cette confiance permet de lutter et de faire que la société change. Beaucoup commencent à comprendre la vraie révolution que je mène en Sicile. Et mon message est universel. En 2008, je me suis rendu en Colombie pour participer à une manifestation antimafia contre le cartel de Medellín. J’ai pris la parole devant la foule qui m’acclamait et j’ai mis en cause les liens des politiques colombiens avec les narcotrafiquants. J’ai dénoncé le fait que des enfants étaient enlevés pour devenir de futurs narcos. Une femme s’est approchée de moi, elle m’a montré les photos de ses deux enfants devenus trafiquants. Elle m’a pris le bras et elle m’a dit : “Reste avec nous.”

Les dérives mafieuses que vous constatez en Sicile sont-elles transposables au reste de l’Europe ?

Parfaitement transposables. Qu’il s’agisse de la France, de l’Allemagne ou d’ailleurs, tous les pays sont sous la menace mafieuse dans la gestion des marchés publics. Et il n’y a pas que les mafias italiennes. Les russes et les autres se sont également infiltrées dans le tissu économique. C’est la mafia des affaires.

Avez-vous imaginé que vous puissiez échouer face à la puissance de la mafia ?

Les gens commencent à comprendre que je conduis ici une vraie révolution. La lutte contre la mafia est politique et sociale. L’Italie a gagné son combat contre le terrorisme [Rosario Crocetta fait ici référence à la lutte contre les Brigades rouges] mais pas contre la mafia. La mafia n’est pas “un” système, elle est “le” système. Moi, je suis l’anomalie, la déviance. Quoi qu’il se passe, je mènerai ce combat même si je sais qu’il est impossible. La liberté des hommes réside dans la lutte même.

Le parcours de Rosario Crocetta

1951 : Naissance à Gela. Dans les années 1980, devient cadre dans la raffinerie ENI de cette cité industrielle de la côte sud de la Sicile.

1990 : Il se révolte contre le massacre de huit adolescents dans une salle de jeu de la ville par la Stidda (l’“Étoile”), surnom de la redoutable mafia locale. Décide de se lancer en politique.

2002 : Adjoint à l’éducation de la ville de Gela, il s’oppose au maire en place.

2003 : Maire de Gela après que la justice a invalidé l’élection de son adversaire pour fraude en collusion avec la mafia. Premier maire sicilien à se déclarer ouvertement homosexuel. Ancien communiste et chrétien, il est élu avec une alliance de centre gauche. Parvient avec succès à purifier tous les marchés publics de la ville. La Stidda lance trois “contrats” contre lui.

2007 : Réélu à Gela avec 64,7% des voix.

2008 : Adhère au Parti démocrate (centre gauche).

2009 : Élu au Parlement européen.

2012 : Remporte la majorité relative aux élections régionales anticipées d’octobre et devient président de la Sicile.

2013 : Présente ses propres listes aux élections sénatoriales, mais uniquement en Sicile, après avoir fondé son propre parti, Megafono (mégaphone).

Le nouveau gouverneur de Sicile est un homme de l’antimafia

Rosario Crocetta, vainqueur des régionales le 28 octobre 2012 est le nouveau gouverneur de Sicile. Cet élu ouvertement gai a su conquérir le coeur des Siciliens pourtant très catholiques grâce à la sincérité de sa lutte antimafia. Sa victoire a été comparée à un séisme puisque depuis la Seconde Guerre mondiale, la Sicile traditionnellement machiste, avait toujours voté à droite. L’élection d’un politicien de gauche et homosexuel en a surpris plus d’un. Dont certainement la Mafia.

Rosario Crocetta, un gouverneur antimafia

Chimiste de formation, Rosario Crocetta commence sa carrière au sein d’un groupe pétrolier et gazier dans sa ville natale, dont il est élu maire en 2002, devenant le premier maire ouvertement gai de l’histoire italienne. Fier de sa différence, Rosario Crocetta aime se présenter à la blague comme «révolutionnaire, chrétien, communiste, homosexuel et antimafia»

Rosario Crocetta, 61 ans, s’est fait connaître en 2002, quand il est devenu maire de l’une des villes les plus gangrénées par la mafia en Sicile : Gela située sur la côte sud, cinquième ville de la Sicile qui comptabilise 70 000 habitants. À peine élu, Rosario Crocetta a scellé un pacte avec le chef de la police locale pour s’attaquer au crime organisé. Après quelques jours à la tête de la commune, le nouveau maire adresse d’ailleurs un message clair à Cosa nostra en licenciant sur-le-champ la femme d’un parrain local, embauchée à la mairie depuis des années grâce à un faux diplôme. Cette action a été considérée comme une insulte suprême par la mafia qui l’a condamné à mort. Sa vie n’a plus jamais été la même et il vit désormais dans une solitude forcée sous escorte permanente. Il a d’ailleurs échappé à plusieurs attentats au cours de ces dernières années. Il ne s’approche par exemple plus des fenêtres de sa maison après avoir échappé au tir d’un tireur embusqué en 2003.

Au cours de son mandat à la mairie de Gela, il a brisé un à un tous les tabous. Après avoir assaini les finances de la ville, il a proposé d’attribuer les contrats publics au hasard afin d’éviter les cartels chez les entreprises. En outre, il a fait ce que personne n’avait encore osé avant lui : nommer les parrains de Cosa nostra. Son zèle a contribué à coffrer 950 caïds et encouragé des commerces à refuser de payer le pizzo (racket mafieux). 150 entrepreneurs ont dénoncé leurs escrocs, 400 mafieux ont été arrêtés.

Crocetta a été réélu maire de Gela en 2007 dès le premier tour avec 64,8 % des voix, il a démissionné en 2009 après son élection au Parlement européen, où il devient notamment vice-président de la commission spéciale sur la criminalité organisée, la corruption et le blanchiment d’argent.

Ne dédaignant pas les envolées lyriques, ce tribun élégant au visage sympathique chaussé de fines lunettes est aussi un poète affirmé. Polyglotte, il parle le français, l’anglais et l’arabe.

Rosario Crocetta aura fort à faire à la tête de la Sicile puisqu’il devra couper dans les dépenses de l’île qui est endettée à raison de 6,4 milliards de dollars. Une créance héritée de son prédécesseur, Raffaele Lombardo, qui est aujourd’hui mis en examen pour clientélisme et collusion avec la mafia.

«Je remercie Dieu pour chaque jour de vie qu’il m’accorde. Depuis que j’ai été élu maire de Gela, ma vie est toujours en péril», a-t-il confié. Dès l’annonce de son élection, il a aussitôt déclaré sur un ton provocateur : «Maintenant que j’ai été élu, la mafia peut faire ses valises».

ROSARIO CROCETTA EN BREF :

Naissance le 8 février 1951 à Gela, sur la côte sud de la Sicile, dans une famille ouvrière.

En avril 2009, il échappe à une quatrième tentative d’assassinat contre lui qui est déjouée par la police.

En juin 2009: Élection au Parlement européen, où il devient vice-président de la Commission spéciale sur la criminalité organisée, la corruption et le blanchiment d’argent. Malgré les menaces de mort, Bruxelles refuse de lui payer une escorte policière.

En juillet 2012: Retour en Sicile, où il brigue avec succès le poste de gouverneur, sous la bannière démocrate. Le politicien homosexuel avait obtenu l’appui du Parti chrétien de droite, l’UDC. Il fait connaître une défaite historique au parti du tribun déchu Silvio Berlusconi.

Christian Lovis  © novembre 2012

Mafia : le juge Borsellino sacrifié à la raison d’État

De nouvelles révélations impliquent l’État italien dans l’assassinat du juge Paolo Borsellino.

Le juge Paolo Borsellino est un héros de l’antimafia

Le juge Paolo Borsellino et les cinq agents de son escorte ont été assassinés par Cosa nostra, le 19 juillet 1992, parce que le magistrat s’opposait à une négociation en cours entre la mafia et l’État italien. C’est le parquet de Caltanissetta qui l’affirme dans les motivations des mandats d’arrêt signifiés jeudi à des mafiosi déjà en prison.

Retour au printemps 1992. À la suite des maxi-procès instruits par les juges Falcone et Borsellino, des centaines de mafiosi sont soumis à « l’article 41 bis », le très sévère régime carcéral de haute sécurité. Sous la direction du parrain Toto Riina, Cosa nostra décide alors d’entreprendre une campagne d’attentats terroristes pour contraindre les pouvoirs publics à supprimer ou à assouplir le « 41 bis ». Le parlementaire européen sicilien Salvo Lima – l’homme de Giulio Andreotti en Sicile – et le juge Giovanni Falcone sont les premières victimes.

« Mon ami est un mafieux, il m’a trahi »

Début juillet 1992, Toto Riina fait parvenir par l’intermédiaire de l’ancien maire mafieux de Palerme, Vito Ciancimino, une lettre à deux officiers carabiniers. Dans ce document écrit de sa propre main et aujourd’hui aux actes du procès, le parrain fixe ses conditions pour arrêter la vague d’attentats. Le ministre de l’Intérieur, Nicola Mancino, suit l’affaire, mais Paolo Borsellino, pourtant le plus haut responsable du pool palermitain antimafia, n’est pas informé par sa hiérarchie. Pour lui, il est inacceptable que l’État fasse un pacte avec les assassins de Giovanni Falcone.

Mais Borsellino comprend ce qui se trame. Le 15 juillet, il confie à son épouse : « Mon ami le général des carabiniers Antonio Subbranni est un mafieux, il m’a trahi. » Sans doute fait-il état de son indignation à quelqu’un d’autre. Tragique erreur. La mafia apprend que le magistrat a connaissance de la transaction et qu’il s’y oppose. Le 19 juillet en début d’après-midi, une Fiat 126 bourrée de 100 kilos de Simtex et de Tritolo désintègre Paolo Borsellino et les hommes de son escorte via d’Amelio, à Palerme.

Le mystérieux agenda rouge

Cosa nostra n’a pas pour autant immédiatement gain de cause. La stratégie terroriste continue et, durant l’été 1993, des bombes explosent à Rome, Milan et Florence, faisant dix morts et des dizaines de blessés. En automne, les attentats cessent soudainement. Quelques semaines plus tard, le nombre de mafieux soumis à l’article « 41 bis » passe de 1 200 à 400. La mafia a obtenu ce qu’elle voulait. « Une décision prise en toute indépendance et en absolue solitude », affirme aujourd’hui Giovanni Conso, le ministre de la Justice de l’époque…

Mais un soupçon plus terrible encore pèse sur l’affaire. Dans le garage où la Fiat 126 a été remplie d’explosifs, plusieurs repentis ont signalé la présence d’un homme qui n’appartenait pas à Cosa nostra. Qui était-il ? Et qu’est devenu l’agenda rouge sur lequel Paolo Borsellino notait tout et que les premiers carabiniers arrivés sur les lieux de l’attentat ont retrouvé, mais qui a disparu depuis ? Dans ces deux épisodes, les enquêteurs évoquent la main des services secrets. Désormais, la question n’est plus de savoir si l’État italien a négocié avec Cosa nostra, mais s’il a également participé à l’assassinat de Paolo Borsellino.

Source : Dominique Dunglas, Le Point.fr

Protection refusée pour un eurodéputé italien menacé de mort

L’eurodéputé italien Rosario Crocetta vit sous haute protection depuis 2003, lorsque la mafia a tenté de l’éliminer.

A l‘époque, il était maire de Gela, une petite ville de Sicile. Fort de la confiance de la population, il avait créé avec des entrepreneurs une association anti-racket qui entravait les affaires de Cosa Nostra. Depuis, menacé de mort, il est protégé par quatre policiers de jour comme de nuit et se déplace dans des voitures blindées. En juin 2009, sa carrière a pris un nouveau tournant. Il a été élu au Parlement européen. Or faire son travail d’eurodéputé pourrait lui coûter la vie car la Belgique lui refuse une escorte. Les négociations se poursuivent mais Rosario Crocetta n’est pas homme à abandonner et il a bien l’intention d’aller jusqu’au bout de son mandat.

Rosario Crocetta, eurodéputé italien antimafia (Sicile)

Cecilia Cacciotto, euronews : “Rosario Crocetta, vous vivez sous protection en Italie. En Europe, en tant qu’eurodéputé, cette protection vous est refusée. Avez-vous l’impression que l’Europe se moque de votre sort ou est-ce que votre cas est emblématique des anomalies de cette Europe unie?”

Rosario Crocetta : “Je ne pense pas que l’Europe se moque de moi. Sincèrement, non. Je ne veux pas non plus polémiquer avec les autorités belges. Je suis une personne loyale envers les institutions et je ne me le permettrais jamais. Je peux comprendre qu’elles aient un point de vue différent du mien. Néanmoins, le problème de fond est que j’ai été condamné à mort par Cosa Nostra, qui est une organisation criminelle internationale existant depuis 1860 et qui n’a jamais été démantelée. Je ne suis pas la cible d’une petite association criminelle locale, mais d’une organisation avec une structure pyramidale qui est très puissante en Sicile et qui a des liens avec les autres mafias en Italie et à l‘étranger. Elle dispose d’un réseau international et peut donc frapper en Belgique ou en Colombie comme elle peut frapper n’importe où ailleurs.”

Cecilia Cacciotto, euronews : “Pourquoi cette condamnation à mort ?”

Rosario Crocetta : “Pourquoi j’ai été condamné à mort par la mafia ? Pour plusieurs raisons. J’ai commencé à m’attaquer aux intérêts de la mafia qui pèse le plus lourd, celle qui fait des affaires illicites dans le cadre d’un système illégal, mais aussi celle qui fait des affaires légales dans un cadre illégal.”

Rosario Crocetta avec son escorte

Cecilia Cacciotto, euronews : “Comment avez-vous fait ?”

Rosario Crocetta : “Ça a été dur. A Gela, en 1993, un entrepreneur, Gaetano Giordano – qui a donné son nom à l’association anti-racket de la ville – a été abattu simplement parce qu’il avait été tiré au sort par les boss de la mafia qui voulaient donner une leçon à un groupe d’entrepreneurs ayant dénoncé les pratiques de la mafia. Il a été tué.
Il était évidemment difficile d’amener ces entrepreneurs à parler après un tel choc. J’ai d’abord commencé avec cinq personnes. On s’est réunis au commissariat pendant des mois. Et au bout d’un an, 15 entrepreneurs ont porté plainte. La révolte a démarré comme ça. Mais tout a été possible parce que les citoyens ont vu que j‘étais quelqu’un de sérieux, que je n‘étais pas un politicien qui fait du blabla.”

Cecilia Cacciotto, euronews : “Vous avez licencié une employée municipale parce qu’elle était la femme d’un boss de la mafia. A ce moment-là, est-ce que vous avez pensé aux conséquences de votre acte ?”

Rosario Crocetta : “Il n‘était pas qu’un boss de la mafia. C‘était un des chefs les plus importants de Cosa Nostra en Sicile, le troisième homme le plus recherché et le plus dangereux d’Italie. Bien sûr que j’ai eu peur et que j’ai eu une période de réflexion. Je savais que cette décision me vaudrait une condamnation à mort, mais je devais la prendre parce que c‘était la bonne décision.”

Cecilia Cacciotto, euronews : “La mafia n’est pas seulement un phénomène italien. L’Europe a-t-elle conscience du rôle international de la mafia ?”

Rosario Crocetta : “L’Europe sous-estime totalement le problème de la mafia. Un exemple : en décembre 2003, on a intercepté une conversation téléphonique qui a permis de découvrir qu’on préparait un attentat contre moi. Une conversation entre un entrepreneur proche de la mafia locale et un entrepreneur lituanien.Dans leur conversation, ils parlaient d’une réunion qui allait avoir lieu en décembre 2003. Il s’agissait du sommet européen, et ils disaient que cela leur permettrait de faire des affaires importantes. J’ai vérifié, et en effet, lors de ce sommet, les dirigeants européens ont décidé de faire adhérer la Lituanie à l’Union.”

Cecilia Cacciotto, euronews : “En tant qu’eurodéputé, que proposez-vous ?”

Rosario Crocetta : “Dès le premier jour, j’ai proposé que l’on crée une commission anti-mafia. Je crois aussi qu’il faut lancer une enquête sur le blanchiment d’argent et soutenir toutes les associations qui se battent dans chaque pays pour les droits civils, pour la liberté, et contre les mafias.”

Cecilia Cacciotto, euronews : “Aujourd’hui, on sait que l’Etat italien a négocié avec la mafia dans les années 90 pour obtenir une trêve. Qu’en pensez-vous ? Est-il légitime d’en arriver à négocier avec Cosa Nostra ?”

Rosario Crocetta : “Absolument pas. Cette phase pendant laquelle l’Etat, une partie de l’Etat a négocié, a été dramatique dans l’histoire de notre pays. Il y a eu aussi des phases, tout aussi graves, pendant lesquelles l’Etat a cohabité avec Cosa Nostra. Pourquoi est-ce que Cosa Nostra est l’unique organisation d’ampleur mondiale qui n’a pas été éliminée jusqu’ici ? La réponse est simple : c’est bien parce qu’il y a une partie des institutions qui l’a reconnue et même défendue.
L’Europe est en train d’avoir le même type d’attitude. Je ne dis pas qu’elle négocie avec Cosa Nostra, mais qu’elle l’ignore et donc qu’elle cohabite avec elle. Et ça, c’est une erreur très grave, la même qu’a commise l’Italie. Par exemple, l’Europe n’a pas introduit de lois spécifiques contre les phénomènes mafieux.”

Cecilia Cacciotto, euronews : “En 2003, quand la police vous a annoncé qu’elle venait d’empêcher un attentat contre vous, votre première pensée est allée à votre mère…”

Rosario Crocetta : “Ma mère m’a toujours dit : il vaut mieux être pauvre mais honnête. Ma mère partage mon choix. Elle est âgée mais elle n’habite pas avec moi, sinon je mettrais sa vie en danger.”

Cecilia Cacciotto, euronews : “A la fin, qui va l’emporter, Rosario Crocetta – la Sicile honnête – ou la mafia ?”

Rosario Crocetta : “J’espère que la Sicile honnête va l’emporter. Mais ce n’est plus seulement un combat sicilien parce que l’argent de la mafia se trouve au Luxembourg, il se trouve en Belgique, et si nous n’arrivons pas à intercepter ces capitaux, nous n‘éliminerons pas la mafia.”

© 2011 euronews pour les Hommes de l’antimafia

Encore une petite phrase de trop pour Silvio Berlusconi

Le «Cavaliere» aurait conseillé à un témoin gênant impliqué dans l’une des affaires le concernant de rester à l’étranger.

Cerné par les magistrats, affaibli par la crise économique qui a contraint son exécutif à une austérité sans précédent, Silvio Berlusconi va-t-il devoir jeter l’éponge? Après la publication hier matin de nouvelles écoutes téléphoniques embarrassantes pour le chef du gouvernement italien, cette question est sur toutes les lèvres.

Les nouvelles révélations sont liées à l’arrestation de Giampaolo Tarantini impliqué dans un scandale de prostitution touchant Silvio Berlusconi, selon les magistrats italiens. L’ex-entrepreneur est accusé d’avoir extorqué 600 000 francs suisses au Cavaliere pour éviter un déballage public. Ce dossier met aussi en cause l’éditeur du quotidien socialiste L’Avanti. Soupçonné d’avoir servi d’intermédiaire dans ce paiement, Valer Lavitola s’est enfui au Pérou pour échapper au mandat d’arrêt lancé par les magistrats. Durant une conversation enregistrée par les enquêteurs, Silvio Berlusconi lui aurait conseillé de «rester à l’étranger tant que durera l’enquête». Mardi matin d’ailleurs, le chef du gouvernement italien sera entendu à titre de témoin par les magistrats. Mais entre-temps, de nouvelles écoutes pourraient être publiées et accélérer la tournure des événements.

Du coup, la marge de manœuvre de Silvio Berlusconi est étroite. D’autant que ses anciens proches et aussi une partie de son entourage selon une source anonyme, multiplient les pressions pour obtenir sa démission. Durant un entretien publié jeudi matin par le quotidien La Repubblica, le président de la commission antimafia Giuseppe Pisanu a réclamé son retrait immédiat de la scène politique. En parallèle, une pétition d’une teneur identique circulait parmi les sénateurs. Un document qui a déjà obtenu l’adhésion de nombreux hommes politiques et d’une partie de la classe industrielle interpellée par les auteurs du texte.

Tractations

Du coup, l’étau se resserre. Hier matin, Rocco Buttiglione, centriste et ancien ministre de Silvio Berlusconi en 2001 a proposé «un échange» au président du Conseil. L’idée, évoquée en coulisses il y a quelques mois par des politiciens de droite comme de gauche, est celle d’un sauf-conduit lui garantissant l’immunité sur le plan pénal.

Tandis que la classe politique sort finalement du bois, les industriels expriment eux aussi leur malaise en posant carrément un ultimatum au chef du gouvernement italien. Hier soir, la patronne des patrons (Confindustria) a réclamé la mise en place d’un plan pour relancer la croissance en pleine déprime. «Le gouvernement doit soit mettre rapidement en place une opération de grande envergure garantissant des effets sur le long terme, soit tirer les conséquences de son échec», a déclaré Emma Marcegaglia.

Le jugement des marchés

Dans cette difficile partie d’échecs qui vient tout juste de commencer, les marchés vont jouer un rôle important. Ils vont devoir en effet juger les effets du plan de rigueur de 55 milliards de francs suisses qui sera approuvé par le Parlement d’ici jeudi prochain pour permettre à la péninsule de cibler le déficit zéro d’ici 2013. Et en cas de mauvaise note, l’avenir du gouvernement Berlusconi donc du Cavaliere sera immédiatement remis en question.

par Alexandra Bakchine Rome | 10.09.2011

Le Parlement européen entre en guerre contre la mafia

Tandis que la crise de l’euro et les soubresauts au Maghreb retenaient l’attention, les députés européens ont approuvé, sans crier gare, le 25 octobre, la création d’une commission antimafia. Objectif : doter les vingt-sept pays de l’Union européenne (UE) d’une structure capable de coordonner la répression de ces activités litigieuses. Ce texte, adopté à une écrasante majorité (584 pour et 6 contre), préconise également la création d’un procureur européen antimafia.

Sonia Alfano

Nul hasard si l’initiative de ce projet revient à un trio de députés italiens, élus en 2010. Ils ont tous payé cher leur engagement contre la nébuleuse mafieuse. Rosario Crocetta (groupe socialiste), à l’origine de ce texte, vit sous protection policière 24 heures sur 24 depuis qu’il a déclaré la guerre à Cosa Nostra dans sa ville de Gela, en Sicile, dont il fut le maire de 2003 à 2009. « La mafia veut ma mort, dit-il laconiquement. Depuis 2003, je ne peux plus me promener seul, ni même ouvrir une fenêtre chez moi ». Il a été épaulé par une autre élue du groupe socialiste, Rita Borsellino, la sœur du juge Paolo Borsellino, assassiné à Palerme en 1992, et de la libérale Sonia Alfano, fille d’un journaliste également tué dans la capitale sicilienne, l’année suivante.

Pour Rosario Crocetta, l’adoption de ce texte constitue une « révolution culturelle ». Par ce vote, dit-il, « l’Europe prend enfin conscience que la mafia n’est pas un problème national, mais un phénomène qui gangrène tous les Etats européens ». Largement inspiré des mesures introduites en Italie au cours des trente dernières années, le document soutenu par les eurodéputés recommande une batterie d’initiatives : la confiscation du patrimoine des criminels et de celui de leurs prête-noms, la protection des témoins de justice, l’interdiction pour les anciens détenus mafieux de se présenter à des élections et, aussi, l’interdiction faite aux entreprises ayant été condamnées pour leurs liens avec la pègre de participer à des appels d’offres. « Il est paradoxal qu’une entreprise qui a été privée de marchés publics à Palerme, puisse concourir à un appel d’offre à Berlin », insiste Rosario Crocetta. Il prône également une meilleure traçabilité des fonds car « l’argent a toujours une histoire ». Pour cela, il souhaite une obligation de transparence sur l’origine des ressources pour tout dépôt bancaire supérieur à un million d’euros et pour tout contrat dans le BTP dépassant deux millions d’euros.

Après le vote des eurodéputés, une commission parlementaire va se mettre en place pour faire des recommandations qui seront introduites dans le labyrinthe institutionnel (Commission, Conseil européen). L’objectif est d’aboutir à une directive avant la fin 2012. Il y a urgence. Les activités mafieuses en Europe ont généré des revenus de l’ordre de 311 milliards d’euros en 2010, selon un rapport du procureur italien, Gaetano Paci. Soit presque deux fois le chiffre d’affaires de Total…

Cahier Géo & Politique, disponible avec « Le Monde », daté du dimanche 30 / Yves-Michel Riols

Rita Borsellino