La situation en Colombie

Selon les services de renseignement colombiens, trois personnes seraient actuellement en capacité d’exporter la moitié de la cocaïne (environ 500 tonnes par an) qui sort de Colombie. Contrairement aux anciens « narcos », ils adopteraient profil bas, utiliseraient des stratégies pour rester dans l’ombre et (surtout !) ne défient pas les forces de l’ordre.

Le « Señor T. » a choisi de dissimuler sa véritable identité en utilisant les services d’un « prestataire commercial » pour cacher son implication réelle. Son argent est réinvesti discrètement à l’étranger, dans des sociétés légales aux noms d’hommes de paille insoupçonnables. Mais il est désormais identifié et figure dans la liste des 20 trafiquants les plus recherchés par les agences anti-drogue internationales, suite à une saisie de 800 kilos fin 2017 aux Etats-Unis et à la chute d’une partie de son réseau. Il serait toutefois le seul à pouvoir expédié des tonnes de cocaïne tous les mois, sans l’intermédiaire des cartels mexicains. Le Señor T. aurait pactisé avec la direction de la guérilla de l’ELN pour pouvoir sortir la drogue des départements de Catatumbo, Magdalena Medio, Cauca et Chocó. Par l’intermédiaire de la guérilla, il serait parvenu à négocier directement avec des trafiquants mexicains, espagnols, chiliens et néerlandais lors de rencontres en Colombie et au Venezuela.

Le deuxième homme-clé du narcotrafic colombien est surnommé « Contador ». Il adopte également profil bas et se dissimule derrière des hommes de main plus voyants. Il bénéficie d’excellents contacts avec les cartels mexicains mais les circonstances ont fait qu’il a du se dévoiler et qu’il est désormais identifier comme le principal parrain de la côte Pacifique colombienne. Il tient son surnom « Contador » (« le comptable ») de son rôle de gestionnaire des finances, pendant plusieurs années, du Frente 29 et de la colonne « Daniel Aldana » des FARC. C’est de cette colonne dont sont issus ses deux principaux lieutenants (front men) : Guacho et David. « Contador » a en effet financé les deux principales organisations dissidentes des FARC actives dans le sudouest de la Colombie : le Front « Óliver Sinisterra », commandé par Guacho, et les « Guerrillas Unidas del Pacífico », crées par « Don Y. », assassiné et remplacé par son frère David. « Contador » maintient aussi des liens avec un troisième dissident du secteur, c’est trois groupes dissidents étant tous en guerre les uns contre les autres, « Contador » jouant une stratégie à trois bandes… Mais la politique de l’affrontement avec les autorités de Guacho (assassinats de trois employés d’un journal équatorien puis de 3 agents de la police colombienne) a mis en danger son business : il a donc mis en place un nouveau groupe, chargé de lutter contre Guacho et ses hommes : une petite armée de 250 hommes armés de fusils Galil et R-15, mitrailleuses et lance-grenades, fournis par le Cartel mexicain de Sinaloa. A la fin 2018, Guacho et David ont été tués par les forces de l’ordre et « Contador » a intégré les hommes de David pour renforcer sa guerre contre le Front « Óliver Sinisterra », désormais dirigé par « Comandante Gringo », ancien bras-droit de Guacho. Cette guerre provoque violences et déplacements de population civile dans la région.

Le troisième « super-narco » actuel serait celui surnommé « Araña ». Jusqu’à peu, il faisait le lien entre la bande criminelle « la Constru » (très active dans le sud de la Colombie) et les dissidents des FARC dans le département de Putumayo (le deuxième plus important en coca plantée). Le chef de ces dissidents, « Sinaloa » a été assassiné le 18 mars dernier, sans doute sur ordre d' »Araña » pour s’emparer du pouvoir. Pendant 10 mois, les deux hommes s’étaient associés pour approvisionner États-Unis et Europe soit par l’Équateur, soit par l’Amazonie (Pérou et Brésil). Mais « Sinaloa », trop voyant, a fini par intégrer la liste des plus recherchés, mettant en danger l’organisation d' »Araña ». Sa trahison a été avalisée par la bande « La Constru » qui évite de se fâcher avec un homme qui dirige un groupe de près de 300 hommes, la plupart des dissidents des Fronts 15, 32 et 48 des FARC. Par ailleurs, « La Constru » contrôle les laboratoires de production de cocaïne de la région, rendant l’association entre les deux groupes très influente… Reste désormais aux autorités colombiennes à affronter ces nouveaux caïds qui n’hésiteront sans doute pas à recourir à la violence.

Source : El Nuevo Dia – Crimorg.org
C. Lovis

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