Avec ses huit cents kilomètres de littoral et ses montagnes majestueuses, la Calabre est une région somptueuse, mais aussi la plus pauvre d’Italie. C’est aussi le fief de la mafia la plus dangereuse au monde, la ’Ndrangheta.

« Seuls ceux qui se taisent survivent », dit un dicton local.

Le journaliste Sandro Mattioli a enquêté sur le très lucratif business du trafic de déchets hautement toxiques venus de toute l’Europe en Calabre. Des fonds marins sont gravement empoisonnés et de nombreux cancer touchent aussi bien les enfants que les adultes.  Des déchets sont enfouis dans des vergers, des carrières abandonnées et des décharges vétustes.

La « décharge de l’Europe »

Mais pourquoi cette vieille orga­nisation clanique qu’est la Ndrangheta s’occupe-t-elle de traitement de déchets toxiques ?

« C’est un projet politique. Cela permet aux plus puissants des mafieux d’infiltrer les pouvoirs publics. De fait, ils ont acquis le statut d’industriels », indique un enquêteur.

1045x587_308089La Mafia locale a trouvé une nouvelle activité très lucrative, qu’elle peut mener à bien grâce, en partie, à l’hypocrisie des industriels du nord de l’Europe, qui veulent réduire le coût du traitement des déchets toxiques, au point de faire appel au crime organisé. Arsenic, phosphate, déchets métalliques radioactifs dans les sols. Matières encore plus toxiques (l’uranium enrichi) immergées à la suite de naufrages suspects, la réalité est très inquiétante.

Le chiffre d’affaires ­annuel des clans de la Mafia calabraise est estimé à plus de 50 milliards d’euros ! Outre la Calabre, la ’Ndrangheta est également très présente en Ligurie et dans certaines localités françaises de la Côte d’Azur.

Point névralgique de ce vaste trafic de déchets toxiques : le port calabrais de Gioia Tauro, qu’un témoin considère comme « la décharge du monde entier ». Le port de Gioa Tauro écoule de 70 % à 80 % des déchets européens. Un témoin estime même que, si l’on pointait sur une carte les emplacements où se trouvent ces déchets en Calabre, le tourisme, la pêche et l’agriculture s’écrouleraient. En somme, toute l’économie de la région.

Source : Le Monde

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