Foggia : un boss mafieux et sa femme abattus

MAI 2017 ► À San Severo, près de Foggia (Pouilles), Nicola Salvatore, 56 ans, et son épouse Isabella Rotondo, 55 ans, ont été tués par balles par deux tueurs portant des casques intégraux.

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Déjà connu pour trafic de stupéfiants, Salvatore était considéré comme un membre important de la Sacra Corona Unita. Il avait déjà été blessé par balles à l’abdomen en décembre dernier. Le fils du couple, âgé de 16 ans, est actuellement en attente de son procès pour avoir tué après une bagarre pour des questions de jalousie un autre jeune de 17 ans (6 octobre 2016).

Les enquêteurs sont dubitatifs sur les raisons de ce double homicide. Selon eux, si le règlement de compte était lié à la mafia locale, ils pensent que les tueurs auraient épargnés sa femme. L’autre piste serait une vengeance pour le meurtre commis par leur fils. Mais comme Salvatore a été achevé d’une balle dans la tête, il pourrait s’agir d’un message de la mafia.

Source : http://www.immediato.net

 

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NAPLES : 6 assassinats en 3 jours

Malgré la présence régulière de l’armée dans les rues de Naples, une vague de violences touche actuellement la région de Naples.

En moins de 48 heures (entre le 25 et le 27 mai), 6 personnes ont perdu la vie dans des lieux publics. Selon la presse italienne, ces carnages porteraient la signature de la Camorra. À Naples, il n’y a plus eu de cycle aussi violent depuis 2004 et tout le monde redoute une nouvelle montée de violence entre les clans.

Il y a d’abord eu l’homicide d’un entrepreneur de 72 ans avant le double homicide d’un homme de 50 ans et de son fils de 30 ans qui ont été abattus dans un bureau de tabac pendant qu’ils jouaient aux machines à sous. Quelques heures plus tard, c’est un homme de 29 ans qui a été criblé de balles dans un bar par un homme cagoulé. Pour terminer ce qui semble être le début d’une vague de violence de la Camorra, un homme de 44 ans et son neveu de 23 ans ont été abattus à l’arme automatique alors qu’ils circulaient en scooter.

En parlant des victimes, les enquêteurs parlent pudiquement de proches de la mafia napolitaine. Depuis une année, suite à plusieurs arrestations au sein des clans, des territoires sous l’emprise mafieuse ont été libérés. Un appel d’air meurtrier puisque plusieurs clans se les disputent désormais.

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Face à la situation, en quoi des militaires pourraient-ils aider à lutter pour que les jeunes ne tombent pas dans le piège de la Camorra ?

Pour le ministre de l’Intérieur Angelino Alfano, qui pourrait envoyer entre 300 et 400 militaires en renfort, il s’agit d’ « intervenir au plus vite pour garantir la sécurité de la population ». Mais le maire de Naples, Luigi de Magistris, estime que « militariser les rues ne servira à rien parce que les soldats n’ont pas le pouvoir de faire des opérations de police judiciaire ».  Naples a besoin, assure-t-il, de la présence constante d’un plus grand nombre de policiers. Quant aux associations anti-mafia, elles misent prioritairement sur les écoles qui doivent, disent-t-elles, « retrouver leur rôle de bouclier contre l’illégalité ». (Source RFI)

Addiopizzo lutte contre la mafia

Addiopizzo. Derrière ce nom d’antipasti se cache une des associations les plus efficaces contre la mafia et son impôt mafieux traditionnel, le pizzo. Reprenant certains codes marketing AddioPizzo a su convaincre les clients et est en passe de devenir un véritable label de consommation citoyenne. Récit.

Manifestation contre le racket de la mafia

29 juin 2004 au matin, les Palermitains s’éveillaient en découvrant collés sur les murs du centre-ville des autocollants sur lesquels est écrit : « Un peuple qui se laisse racketter est un peuple sans dignité ». Le racket c’est le pizzo, « impôt » traditionnel que la mafia sicilienne fait casquer à tous ceux qui tiennent un commerce. À l’initiative de la campagne de communication sauvage, un groupe d’étudiants qui souhaite ouvrir un pub, mais pas payer le pizzo. Une audace risquée en ces terres mafieuses où on estime que 80 % des commerçants paient la taxe sans moufter. Finalement, le pub n’ouvrira pas, mais le combat lui est lancé. Avec la naissance d’AddioPizzo, une structure associative qui tente d’affranchir les commerçants de cette taxe odieuse.

Luka Martino a intégré le navire quelques mois après cette fameuse matinée. « Sur moi, l’autocollant a eu l’effet d’une bombe ! Je savais que des gens voulaient changer les choses à Palerme, une bouffée d’oxygène. Excusez-moi la métaphore, mais “AddioPizzo était une fleur dans le désert !”.

Forte de son coup d’éclat, la structure doit disposer du soutien des commerçants, les premiers concernés.

Briser l’omerta

Pour ce faire l’idée est simple. Les commerçants signent une charte stipulant qu’ils ne s’engagent à vendre que des produits qui ne sont pas soumis au pizzo. Pour motiver à l’autre bout de la ligne une consommation citoyenne, une liste des lieux qui participent à l’opération est publiée en ligne. AddioPizzo devient un label et un argument de vente inattendu pour les commerçants qui soutiennent l’opération. “Nous étions juste un petit groupe qui partageait les mêmes idées sur Cosa Nostra.

Personne n’aurait parié que nous trouverions un commerçant assez dingue pour adhérer ! Mais, à force de travail et de négociations, nous disposions d’une liste de 100 commerçants adhérents une année après, c’était à peine croyable !”

Les médias relaient vite l’initiative et en 2007, un calendrier où posent les commerçants révolutionnaires est même diffusé. Addio Pizzo intègre les codes du marketing et la transparence comme mode de communication. Et porte un coup à la philosophie qui fait prospérer la mafia : l’omerta, la loi du silence.

Incendies et infiltrations

Cosa Nostra n’a pas besoin de ça. Depuis quelques années, elle subit de nombreux revers. D’abord l’action des juges italiens antimafia Giovanni Falcone et Paolo Borsellino et plus en novembre 2007 l’arrestation, de l’un des parrains les plus emblématiques de l’organisation, Salvatore Lo Piccolo.

La mafia accuse le coup, mais riposte rapidement. “L’été dernier, ils incendiaient le magasin de l’un de nos commerçants, Rodolfo Guajana. Depuis, nous lui avons trouvé de nouveaux murs et l’avons payé lui et ses employés pendant les 4 mois de travaux. La stratégie de la mafia est de rester silencieuse et faire du business. Le but principal des parrains. Elle ne cherche pas à tuer systématiquement”.

AddioPizzo a donc réussi jusqu’ici à déjouer les actions de Cosa Nostra. Mais si la mafia ne cherche pas à buter tous les rebelles, elle tente tout de même de saper un mouvement qui menace une manne estimée à 10 milliards d’euros annuels en Sicile. AdioPizzo n’est donc pas à l’abri d’infiltrations mafieuses. “Nous comparons nos documents sur les commerçants avec ceux de la police. Il est impératif de vérifier que le commerçant est complice de Cosa Nostra. Si nous nous apercevons qu’il est de mèche avec eux, nous boycottons son commerce via notre réseau de commerçants et clients.” “La mafia adapte très facilement sa stratégie. Mais, nous avons pour nous le nombre de militants, l’originalité de nos actions de communication et un mouvement qui se ne compose pas d’une seule tête pensante ! Ce ne sera pas facile de gagner, mais cela vaut le coup de se battre !”

Et ça paie : actuellement, AddioPizzo peut compter sur le soutien d’un peu plus de 10 000 consommateurs et quelque 250 commerçants.

Franchise en devenir?

“Palerme et demain l’Italie.” L’ambition d’AddioPizzo pourrait se résumer en ces quelques mots. L’objectif premier était d’arriver à proposer “une économie libérée de la pression de Cosa Nostra. Clairement, pour nous, c’est une révolution. Mais, il nous reste encore de nombreuses choses à
accomplir !”

Le collectif a reçu également le soutien de membres historiques respectés du commerce sicilien comme Vincenzo Conticello, restaurateur palermitain de la fameuse Antica Focacceria San Francesco, une institution qui a ouvert ses portes en 1834. “Depuis son intimidation en novembre 2005, il est entré dans une campagne en Italie pour proposer de vendre des denrées siciliennes free pizzo et free mafia.”

L’association ambitionne désormais de créer des circuits touristiques et des e-commerces, entre autres. “Mais, l’étape ultime sera l’implantation de notre concept au reste de l’Italie ! Et, je pense notamment au magasin Punto Pizzo Free !” Depuis mars 2008, un magasin de ce type a ouvert ses portes dans le vieux Palerme. Cette nouvelle enseigne militante ne propose que des produits de commerçants adhérents d’AddioPizzo. “Son gérant, un jeune commerçant de 29 ans, souhaite développer ce volet d’AddioPizzo pareillement à une grande enseigne à toute l’Italie !”. À quand une “semaine Addiopizzo” dans les magasins Carrefour ?