Carla Del Ponte, une femme de l’antimafia

En dissimulant ma fierté derrière une certaine désinvolture, je dois avouer que Carla Del Ponte suscite pour ma part, un sentiment de fierté pour mon pays. Comme Dick Marty et aussi Paolo Bernasconi.

Carla Del Ponte
Carla Del Ponte

La Tessinoise Carla Del Ponte est née le 9 février 1947. Elle a été juge d’instruction au Tessin. Elle a enquêté sur la Pizza Connection en étroite collaboration avec le pool antimafia de Palerme, dans les années 1980-1990.

Procureur de la Confédération, elle a été décriée en Suisse pour avoir combattu sans merci les banquiers Suisses, elle était même surnommée « Carlina la peste » par les gens de la Lega. En 1992, pendant l’opération italienne de Manie Pulite (Main propre), Carla Del Ponte avait fait bloquer des comptes suspects dans 67 banques tessinoises.

En 1996, Carla Del Ponte a échappé de peu un attentat de la guérilla des narcotrafiquants contre un hélicoptère de la police colombienne où elle avait pris place. Elle allait visiter un laboratoire clandestin qui venait d’être pris d’assaut par les forces de sécurité.

Haïe par les Serbes, elle a été nommée procureur général au sein de ce tribunal onusien avec l’objectif de traquer les criminels de guerre qui ont ensanglanté les Balkans dans les années nonante et d’instruire charge leurs dossiers devant la justice internationale.

Elle a aussi siégé dans la salle du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

C. Lovis


Interview du 20 avril 1994 dans l’Illustré. Propos recueillis par Robert Habel.

Carla Del Ponte, êtes-vous un procureur en danger de mort

Célèbre pour sa lutte contre l’argent sale menée au Tessin, elle est, depuis le 1er avril, procureur général de la Confédération. Projets et confidences de cette femme de fer que la mafia condamnée à mort.

Depuis le 1er avril dernier, c’est une femme qui, pour la première fois, occupe la charge de procureur général de la Confédération. Et quelle femme ! La Tessinoise Carla Del Ponte, 46 ans, est la bête noire de la mafia. Avocate et notaire, elle est devenue juge d’instruction en 1981 puis procureur générale du canton du Tessin en 1985. À ce poste, elle mené un combat sans merci contre le blanchiment de l’argent de la drogue dans notre pays. « Condamnée à mort » par la mafia, elle bénéficie de mesures de sécurité exceptionnelle. Pour la rencontrer dans son bureau du Ministère public, à Berne, il faut d’abord franchir une double porte blindée. Puis, même, lorsqu’on vient pour une interview, présenter une pièce d’identité et soumettre le matériel photo à un contrôle en règle.


illEn tant que procureur du Tessin, vous vous êtes fait connaître par votre lutte contre l’argent sale. L’argent sale, c’est aussi votre priorité comme procureur de la Confédération ?

Del PonteMa priorité, c’est le combat contre la criminalité. Comme procureur du Tessin, je me suis occupée de plusieurs cas de criminalité financière ainsi que de blanchiment d’argent. Comme procureur général de la Confédération, mes taches ont changé, mais le problème principal reste toujours le combat contre la délinquance.


illLes banquiers, au Tessin et en Suisse, ne craignent-ils pas une pratique plus dure ? Il aurait moins d’argent qui affluerait dans leurs coffres.
Del PonteNon, c’est une crainte sans fondement. J’estime qu’une banque voyant les fonds affluer sur le compte d’un client soupçonné de recevoir de l’argent sale n’est pas fondée accepter cet argent. Je pense surtout l’argent de la drogue.

 


illN’y a-t-il pas une distinction établir entre argent sale provenant de la drogue et argent gris provenant de la corruption et de l’évasion fiscale ?
Del PonteL’argent de la corruption, c’est de l’argent sale, au moins dans les pays où le délit était commis, tandis que l’évasion fiscale ne tombe pas sous l’application du Code pénal. Si vous demandez s’il ne serait pas mieux que l’argent de l’évasion fiscale soit aussi considéré comme de l’argent sale, je vous dirais que, du point de vue de nos enquêtes, ça nous faciliterait la tâche. Peut-être que ça va venir, je ne sais pas…

 


illC’est dans vos projets ?

 

Del PonteNon.

 

 


illEnvisagez-vous une intensification de la collaboration avec les États-Unis dans les affaires d’argent sale ?

Del PonteLa collaboration est déjà très bonne, il n’est pas nécessaire de donner une impulsion nouvelle. La Suisse est l’un des pays européens qui collaborent le plus dans la lutte contre la criminalité — organisée ou pas.

 


illPeut-on imaginer que des Services étrangers, par exemple l’agence anti — drogue américaine, puis — sent travailler en Suisse ?

Del PonteIls peuvent collaborer, sans plus.

 

 


illMener leurs propres enquêtes ?

 

Del PonteNon, pas en Suisse.

 

 


illFaire des écoutes téléphoniques par exemple ?

 

Del PonteNon, certainement pas. Il faut respecter notre souveraineté.

 

 


illEst-ce que la lutte contre l’argent sale ne va pas finir par éroder quelque peu, comme le craignent les milieux bancaires, l’image du secret bancaire ?

Del PonteAbsolument pas. D’ailleurs, je ne sais pas d’où vous tenez cette information. Le secret bancaire reste un instrument très valable pour l’économie du pays. L’article 47 de la loi fédérale sur les banques sanctionne cette violation. Nous sommes, je crois, le seul pays au monde qui sanctionne la violation du secret bancaire.

 


illLe scandale des fiches avait secoué le Ministère public en 1989. Est-ce qu’on fiche encore des gens, aujourd’hui, et qui ?
Del PonteJ’ai suivi l’affaire des fiches par la presse et j’ai aussi lu, rapidement, le rapport de la Commission d’enquête parlementaire. Je vais le relire plus attentivement. Actuellement, tout se passe selon les dispositions de la loi en vigueur.

 


illOn fichait des gens qui exerçaient leurs droits démocratiques (manifestations, activités syndicales, etc.) ; l’avenir, est-ce qu’on fichera plutôt des trafiquants de drogue ?
Del PonteJe le pense, en effet. Je ne sais pas ce qu’on faisait, mais je saurai bientôt ce qu’on fera. Une loi sur la sureté intérieure de l’État va être discutée devant le Parlement. Elle va nous donner la base légale concernant l’enregistrement des données. Mais une chose est claire : on ne fichera pas des gens qui exercent leurs droits démocratiques.

 


illDans tous les portraits qu’on fait de vous, on rappelle l’attentat manqué qui visait le juge Falcone et vous-mème, en 1989 Palerme. Cet attentat vous marquée ?

Del PonteOui. Du point de vue émotionnel, le soir où l’on nous dit qu’un attentat avait été organisé contre nous, ça m’a fait un choc. Et encore plus, ensuite, lorsque le juge Falcone a été assassiné. Mais ça ne n’a pas marquée dans mon travail. Ou plutôt cela eut un effet positif : je me suis sentie encore plus motivée.

 


illLe juge Falcone était un ami ?

 

Del PonteOui, on travaillait ensemble depuis dix ans, on se connaissait personnellement.

 

 


illVous avez peur, en pensant aux menaces de mort de la mafia ?

 

Del PonteNon… Ou plutôt, ce n’est pas tout fait vrai. Il avait des moments où l’on sentait que la menace était plus proche. Mais on s’habitue : cela fait treize ans que » évolue dans ce contexte. Évidemment, si l’on m’avait dit, il y a treize ans que j’en arriverai là, je serais probablement restée avocate et notaire.

 


illOn dit qu’il un peu plus d’une année, vous avez été condamnée à mort par la mafia. C’est exact ?

 
Del PonteJe n’aime pas parler de cela. Cela doit rester très cloisonné.

 

 


illÀ Berne, vous vous sentez plus ou moins en sécurité qu’au Tessin ?
Del PonteOh, c’est très bien ici. D’autant que j’ai toujours l’espoir de regagner tôt ou tard ma liberté totale.

 

 


illVous vous sentez un peu en prison ?

 

Del PonteNon, absolument pas. Mais c’est bien normal j’ai envie de temps en temps de sortir de chez moi, d’aller faire un tour en ville.

 


illVous allez au cinéma ?

 

Del PonteIl faudrait que j’aille avec les gardes du corps, mais j’estime que ce n’est pas drôle pour eux de passer la soirée travailler. Le seul film que j’ai vu récemment, en compagnie d’autres magistrats, c’est le film sur Falcone.

 


illLe film vous a plu ?

 

Del Ponte

Pour moi qui connaissais le juge, il n’apporte rien de neuf.

 


illFaire une promenade ou voir un film, ce sont des plaisirs qui vous manquent beaucoup ?

 

Del Ponte

Beaucoup moins qu’au début ; au début, c’était très difficile.

 

 


illOn dit que vous êtes un bourreau de travail. Vous travaillez jour et nuit ?

 

Del Ponte
J’aime beaucoup mon travail : c’est très important. Je travaille entre 10 et 11 heures par jour.

 


illVous m’avez dit que vous n’avez plus le temps de cultiver vos hobbies. C’est le temps qui vous manque ou la liberté ?

Del PonteC’est surtout la liberté de bouger. L’ancien président américain Johnson était enchanté, après son mandat, de ne plus avoir un garde du corps collé à ses basques.

 


illC’est pénible d’avoir toujours un garde du corps ?

 

CDel Pontee n’est pas le garde du corps comme tel qui est pénible, mais l’impression de ne pas être complètement libre de ses mouvements. J’aimerais pouvoir me déplacer en toute liberté.

 


illVous ne vous dites pas, parfois, que vous avez choisi une voie bien contraignante ?

 

Del PonteNon, parce que j’aime mon travail, alors je ne veux pas me culpabiliser.

 

 


illIl y a des succès dont vous êtes particulièrement heureuse ?

 

Del PonteOui, mais je ne veux pas vous dire lesquels.

 

 


illPourquoi ? C’est une sorte de superstition ?

 

Del Ponte

Non, mais il faut comprendre que nos succès professionnels se traduisent quand même, pour les gens qui sont condamnés, par une certaine douleur. Pour eux, c’est tragique, c’est dur. Alors je n’aime pas sortir d’un procès en disant : « Je suis heureuse, j’ai gagné. » Cela doit Tester strictement professionnel.

 


illVous êtes la première femme procureur de la Confédération. C’est plus ou moins difficile, c’est la même chose que pour un homme ?
Del PonteJ’espère bien que ce sera la même chose !

 

 


illJ’ai vu que vous avez interrogé le chef de la mafia. Salvatore Riina, il deux mois Palerme.
Del PonteOui. Dans le cadre de la confiscation de deux millions de dollars retrouvés enterrés au Tessin, il fallait interroger M. Salvatore Riina.

 


illQuelle impression vous a-t-il faite ?

 

Del PonteJe dois dire qu’il m’a donné l’impression d’un homme de pouvoir, d’un grand pouvoir. Comme il se comportait, comme il répondait ou ne répondait pas, comme il polémiquait avec nous. Il est incroyable qu’après plusieurs mois de détention, il se tienne comme s’il était encore le maître de la situation.

 


illC’était une expérience très valable. Est-ce qu’il inspire la peur ?

 

Del PonteQuand je lai vu la télévision après son arrestation, il paraissait anonyme, banal. On se disait même : « C’était celui-là, le chef de la mafia ? » Quand on le rencontre, je vous assure qu’on une autre impression.

 


illQuand il a été arrêté, il répondu qu’il n’avait jamais entendu parler de la mafia et que, de toute façon, il n’en faisait pas partie. C’est toujours sa stratégie de défense ?
Del PonteEn principe oui, mais lors de l’audience qu’on a eue, il était beaucoup plus agressif.

 

 


illIl perd l’espoir de quitter la prison rapidement ?

 

Del PonteIl déjà été condamné deux peines de réclusion vie, alors j’espère qu’il ne sortira plus de prison.

 

 


illQuand vous interrogez un mafieux, vous vous montrez dure ?

 

Del PonteOn ne se dit pas, avant un interrogatoire, qu’on va adopter telle ou telle attitude. Mais, dans les cinq premières minutes d’un interrogatoire, on doit choisir un certain style : soigner les bonnes manières ou être plus dur. Je le fais depuis treize ans, alors c’est devenu naturel. Chaque délinquant son propre caractère, alors il faut sentir comment le prendre pour faire sortir la vérité ou le plus de vérité possible.


illComment réagissez-vous l’agressivité ? Par l’agressivité ou par la distance ?

 

Del PonteSurtout par la distance. Parfois on devient aussi agressif, mais on essaie de garder son calme.

 

 


illIl vous arrive de vous mettre en colère ?

 

Del PonteÇa m’est arrivé, oui.

 

 


illVous êtes une femme de fer, mais quand on vous rencontre, on est surpris : vous paraissez très douce.

Del PonteMais je le suis probablement ! Je vous remercie de me le dire…

 

 


C. Lovis – XI.2016

La chasse au fantôme de Corleone

Quand l’inspecteur Cortese a été promu à la tête de l’unité de la police palermitaine affectée à la traque des chefs mafieux, il a accepté sans hésiter, bien qu’en 1985 les Corléonais aient tué l’un de ses prédécesseurs, Beppe Montana, dans un petit village de pêcheurs proche de Palerme, où il louait une maison de vacances.

Dès sa prise de fonction, en 1998, Cortese a décidé de se concentrer sur le plus gros nom de la liste des individus recherchés : Bernardo Provenzano. Les pistes dont il disposait étaient particulièrement minces. Jusqu’aux meurtres de Falcone et Borsellino, nul n’avait jamais songé à s’intéresser à Provenzano — l’accent avait été mis sur Riina et les autorités ne disposaient pas de moyens suffisants pour rechercher les deux à la fois. On ne possédait que peu d’indices concernant l’apparence physique de Provenzano ; le meilleur était une photo de 1959 sur laquelle, âgé de 26 ans, il semblait tout droit sorti de chez le coiffeur, les cheveux plaqués, luisants d’une généreuse couche de brillantine.

Le commissaire Renato Cortese
Le commissaire Renato Cortese

Cortese a commencé par éplucher toutes les dépositions où il était question de Provenzano, ainsi que ses mandats d’arrêt, les actes d’accusation et les jugements prononcés contre lui par les tribunaux siciliens. Puis i l s’est entretenu avec plusieurs transfuges, soit en prison, soit dans les caches où ils vivaient sous protection policière.

Beaucoup ont bien voulu parler de Provenzano, mais le personnage demeurait fantomatique, et Cortese ne parvenait pas à le cerner. Le policier n’avait jamais rien connu de tel ; en traquant d’autres hommes d’honneur, comme Brusca, il était tombé sur des traces concrètes de leur existence et de leurs déplacements dans Palerme et sa région — ils utilisaient des téléphones portables, maintenaient des relations avec leur famille, entretenaient des maîtresses. Mais sur Provenzano, rien ; les repentis disaient ne l’avoir rencontré que deux ou trois fois, et même ce souvenir-là était flou. Certains croyaient même dur comme fer qu’il était mort.cover

Le plus fascinant pour Cortese n’était pas tant l’appétit sanguinaire de sa proie — qui n’avait rien de surprenant puisqu’il s’agissait du chef de la mafia — que sa grande finesse. Il était frappé par le niveau d’astuce de Provenzano, son caractère « diabolique », comme il disait. Chaque fois que l’on s’attendait à voir agir le parrain d’une façon donnée, il faisait strictement l’inverse. Cortese a acquis la conviction que s’il voulait en découvrir davantage au sujet de Provenzano, il faudrait chercher du côté de Corleone, où le bandit avait entamé sa carrière, et d’où étaient issues aussi bien sa famille de sang que sa famille mafieuse. Pour Cortese et ses hommes, se rendre à Corleone revenait à s’aventurer sur des terres extrêmement dangereuses. L’apparition d’un nouveau visage dans un rayon de quelques kilomètres autour de la ville risquait fort de déclencher l’alerte, car les allées et venues d’« étrangers » étaient surveillées de près. « Corleone est le genre d’endroit où toute personne de l’extérieur inspire le soupçon — même si rien ne dit qu’il s’agit d’un flic », dira Cortese.

Il savait qu’il était impossible pour ses hommes de circuler en uniforme ou à bord de voitures de police. Il fallait donc recourir à une méthode peaufinée au fil des ans, mélange de techniques anciennes et de technologie moderne — surveillance physique doublée de micros et d’écoutes téléphoniques.

Source : Les Parrains de Corleone: Naissance et déclin d’une famille de la mafia de John Follain, Editeur : Denoël (21 janvier 2010)

Bernardo Provenzano
Bernardo Provenzano

 

 

L’ombre de la ‘Ndrangheta plane sur l’Expo de Milan

ACTUALITELa mafia la plus puissante du monde, la ‘Ndrangheta a infiltré les marchés publics lors des travaux de construction pour l’Exposition universelle de Milan en 2015. Une enquête a révélé que la Cosa Nostra, la mafia sicilienne, était aussi impliquée. C’est dans le cadre d’écoutes téléphoniques effectuées par la Guardia di Finanza que l’affaire a commencé.

Lors d’une opération antimafia conjointe, la Guardia di Finanza et le Parquet de Reggio de Calabre ont saisis des biens estimés à 15 millions d’euros (immeubles, voitures de luxe, motos, camions, polices d’assurance, comptes courants,…) et inculpés 32 personnes des clans Aquino-Coluccio et Piromalli-Bellocco de la ‘Ndrangheta pour association mafieuse blanchiment, extorsion, détention d’armes et incitation à la prostitution.

Dans cette opération, une douzaine de chefs d’entreprise et d’hommes de paille sont aussi impliqués. L’enquête concerne plusieurs pavillons de l’Expo Universelle et également la construction du centre commercial d’Arese (un des plus grands d’Italie, avec 200 boutiques et 25 restaurants). L’argent aurait aussi été blanchi dans des complexes touristiques en Roumanie et dans un immeuble au Maroc.

Source : La Stampa & Antimafia Duemila

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Plus de mille victimes innocentes assassinées par la mafia !

D’après un recensement publié par La Stampa, les mafiosi italiens ont tués depuis 1861, quelque 1120 personnes innocentes, dont 125 femmes et 105 mineurs.

La liste des « victimes innocentes » de la mafia a été réalisée avec le Centre de journalisme d’investigation en Italie (IRPI) et plusieurs associations. « Beaucoup avaient le seul tort de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment », écrit le quotidien La Stampa.

« C’est malheureusement un travail en cours dont l’issue est encore lointaine », précise le journal, qui a réalisé deux infographies interactives.

La première permet de situer toutes les victimes recensées.

Visionnez la carte interactive

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