CALABRE : Résistance courageuse d’un entrepreneur

ACTUALITEUn incendie a ravagé le dépôt de Tiberio Bentivoglio, un commerçant qui refuse de payer le pizzo à la ‘Ndrangheta. Tiberio Bentivoglio, un honnête détaillant a été confronté à nouveau à une sournoise attaque de la mafia calabraise. Il faut dire que ce petit entrepreneur de Reggio de Calabre continue à se battre publiquement contre le racket de la mafia.

Tiberio Bentivoglio, un entrepreneur antimafia
Tiberio Bentivoglio, un entrepreneur antimafia

L’incendie de son dépôt la semaine passée n’est que le dernier épisode d’une longue série d’attaques, de menaces et d’attentats qu’il subit depuis des décennies. Depuis 1992, jour où il s’est rebellé ostensiblement contre le racket des clans de la ‘Ndrangheta. Les criminels ne lui ont jamais pardonné et tentent de l’intimider pour éteindre ce foyer de résistance. Il faut préciser que Tiberio Bentivoglioa a été le premier à refuser le pizzo en Calabre.

D’ailleurs, il n’y a pas beaucoup de pays au monde, et aucun en Europe, qui doit aménager une protection policière autour d’un détaillant qui n’aspire qu’à travailler. Tiberio Bentivoglioa a échappé à une tentative de meurtre en février 2011.

Giuseppe Falcomatà, Le maire de Reggio de Calabre
Giuseppe Falcomatà, Le maire de Reggio de Calabre, un précieux soutien dans une région difficile.

Blessé par balles

En février 2011, Tiberio Bentivoglioa a échappé au pire après avoir reçu 2 balles de pistolet après qu’un mafioso lui ait tiré dessus à six reprises. Un des projectiles tirés dans le dos a ricoché contre sa sacoche-banane et lui a dévasté le mollet. Depuis, Bentivoglio est sous escorte policière du 3ème niveau, celle qu’on réserve aux personnes à haut risque. Cet attentat n’a pas arrêté l’entrepreneur qui a continué à dénoncer le racket et les connivences de certaines personnalités avec les clans. Il est même devenu un ambassadeur du mouvement ‘Libera’ ; un ‘réseau de dignité’ dans la lutte antiracket. Il prend régulièrement son bâton de pèlerin pour expliquer son combat dans les écoles et universités.

Un ostracisme destructeur

Malgré la loi qui prévoit l’indemnisation des victimes de la mafia, Tiberio Bentivoglioa a dû lutter ces dernières années pour conserver son commerce étant donné que l’État italien est toujours très en retard pour dédommager les témoins de justice. Sans compter que l’argent perçu n’a jamais suffi à rembourser le coût réel des dommages. À cela, il faut ajouter l’ostracisme rampant qui a éloigné les clients de son magasin. En plus des fournisseurs qui ont commencé à refuser de lui envoyer de la marchandise, il y a eu les banques qui se sont montrées de plus en plus réticentes à lui accorder des crédits. Ça n’est que grâce au réseau de solidarité des groupes antimafia que l’entrepreneur a pu poursuivre son activité professionnelle.

Manifestation de soutien
Une grande manifestation de soutien avec des personnalités importantes s’est déroulée devant le dépôt détruit. La foule a scandé le nom de l’entrepreneur résistant. Une phrase résume à elle seule la détermination des honnêtes gens :

« S’ils devaient brûler cent fois le magasin, nous serons là cent fois pour le reconstruire.»

Pour le jeune maire de Reggio de Calabre, Giuseppe Falcomatà :

« Tiberio est devenu un symbole de notre ville, un porte-drapeau de l’économie saine et honnête de la ville ». Ou encore : « Si Tiberio décidait de se rendre, la ville serait perdue, nous serions tous perdants ».

Le nouveau commerce va d’ailleurs prochainement déménager dans un nouvel immeuble confisqué à la mafia par l’État. Un immeuble au centre-ville, plus facile à surveiller.

C. Lovis © 2016

Source : La Repubblica

La magasin incendié par la mafia calabraise
La magasin incendié par la mafia calabraise