CAMORRA : Un boss mafieux veut faire gagner sa fille à la TV

150 carabiniers ont été déployés à Villaricca (ouest de Naples), fief du clan Ferrara, pour interpeller 7 personnes, accusées d’extorsion de fonds mafieuse.

ACTUALITEParmi les personnes arrêtées figurent Domenico « O’Moccuso » Ferrara, 58 ans, boss du clan, et ses deux principaux lieutenants, Vittorio Amato et Rocco Ruocco. Le parrain se trouvait devant la télévision, à regarder le match du club de foot de Naples. Les enquêteurs de Naples ont pu retracer l’organigramme précis du groupe criminel où on retrouve Domenico Ferrara à la tête du clan. L’enquête complexe agrémentée d’écoutes téléphoniques et d’observations a permis l’arrestation des principaux mafieux.

Les enquêtes de police judiciaire, corroborée par les déclarations des collaborateurs de justice ont permis de vérifier l’existence d’un solide trafic de la drogue avec d’énormes sommes d’argent en jeu.

Les activités d’enquêtes ont porté sur les déclarations de plusieurs collaborateurs de justice qui coopèrent avec la police depuis plusieurs mois. Le rapport d’investigation a montré, non seulement le fonctionnement actuel du clan, mais aussi la nature particulièrement dangereuse de leurs dirigeants et en particulier, Domenico Ferrara.

Anecdote : Quand un parrain de la Camorra veut faire gagner sa fille dans une émission de télévision.

En février 2013, les enquêteurs avaient saisi au domicile de Domenico Ferrara 320 téléphones portables, utilisés pour soutenir sa fille Vania, candidate à l’émission de télé-crochet « Tu lascio una canzone », sur RAI 1. Elle a fini seconde du programme grâce aux votes des téléspectateurs. C’est à ça qu’ont servi les téléphones : le clan Ferrara les a distribués à la famille, aux amis et aux voisins pour qu’ils votent. Après l’émission, les camorristes ont récupéré les portables pour vérifier que les gens avaient suffisamment voté pour la fille du parrain…

Le boss mafieux Domenico O'Moccuso Ferrara
Le boss mafieux Domenico O’Moccuso Ferrara arrêté par les carabiniers

Source février 2016 : http://www.internapoli.it

BARI : embuscade sur fond de guerre des clans

ACTUALITELe 7 février 2016, peu après 19 heures, Gianluca Corallo, 32 ans, a été abattu de 2 balles de 7,65 près de son domicile du quartier San Pio de Bari, composé d’un réseau d’arcades où on peut facilement se dissimuler. Déjà connu pour divers délits et pour association mafieuse, il était membre du clan Strisciuglio, un des clans dominants de la Sacra Corona Unita à Bari. Ce meurtre illustre les tensions existant entre les clans mafieux de la région. Dans la nuit, les carabiniers ont multiplié les auditions et les perquisitions pour tenter d’éviter des représailles.

Mais une semaine plus tard, une nouvelle embuscade a eu lieu dans la même rue, à quelques mètres seulement du lieu du premier homicide. La victime est Giuseppe Drago, 28ans, le lieutenant de Corallo. Ce dernier s’est fait tirer dans le dos, mais a survécu à ses blessures.

Sacra Corona Unita - mafia des Pouilles
Sacra Corona Unita – mafia des Pouilles

Après ce deuxième épisode de violence en seulement 7 jours, le maire de la ville, Antonio Decaro, a demandé des renforts de police au gouvernement pour concentrer les efforts dans la lutte contre le crime organisé avant qu’une guerre de la mafia ne se déclenche dans sa ville.

Après la décapitation de plusieurs chefs de clans, cette recrudescence de violence était attendue. De nouvelles alliances mêlées à des conquêtes de territoire en sont probablement les causes. Ces incidents sont une démonstration des tensions très élevées qui règnent dans la ville entre les clans de la Sacra Corona Unita.

La police scientifique enquête sur les lieux de l'assassinat.
La police scientifique enquête sur les lieux de l’assassinat.

Source (février 2016) : http://bari.repubblica.it

CALABRE : Résistance courageuse d’un entrepreneur

ACTUALITEUn incendie a ravagé le dépôt de Tiberio Bentivoglio, un commerçant qui refuse de payer le pizzo à la ‘Ndrangheta. Tiberio Bentivoglio, un honnête détaillant a été confronté à nouveau à une sournoise attaque de la mafia calabraise. Il faut dire que ce petit entrepreneur de Reggio de Calabre continue à se battre publiquement contre le racket de la mafia.

Tiberio Bentivoglio, un entrepreneur antimafia
Tiberio Bentivoglio, un entrepreneur antimafia

L’incendie de son dépôt la semaine passée n’est que le dernier épisode d’une longue série d’attaques, de menaces et d’attentats qu’il subit depuis des décennies. Depuis 1992, jour où il s’est rebellé ostensiblement contre le racket des clans de la ‘Ndrangheta. Les criminels ne lui ont jamais pardonné et tentent de l’intimider pour éteindre ce foyer de résistance. Il faut préciser que Tiberio Bentivoglioa a été le premier à refuser le pizzo en Calabre.

D’ailleurs, il n’y a pas beaucoup de pays au monde, et aucun en Europe, qui doit aménager une protection policière autour d’un détaillant qui n’aspire qu’à travailler. Tiberio Bentivoglioa a échappé à une tentative de meurtre en février 2011.

Giuseppe Falcomatà, Le maire de Reggio de Calabre
Giuseppe Falcomatà, Le maire de Reggio de Calabre, un précieux soutien dans une région difficile.

Blessé par balles

En février 2011, Tiberio Bentivoglioa a échappé au pire après avoir reçu 2 balles de pistolet après qu’un mafioso lui ait tiré dessus à six reprises. Un des projectiles tirés dans le dos a ricoché contre sa sacoche-banane et lui a dévasté le mollet. Depuis, Bentivoglio est sous escorte policière du 3ème niveau, celle qu’on réserve aux personnes à haut risque. Cet attentat n’a pas arrêté l’entrepreneur qui a continué à dénoncer le racket et les connivences de certaines personnalités avec les clans. Il est même devenu un ambassadeur du mouvement ‘Libera’ ; un ‘réseau de dignité’ dans la lutte antiracket. Il prend régulièrement son bâton de pèlerin pour expliquer son combat dans les écoles et universités.

Un ostracisme destructeur

Malgré la loi qui prévoit l’indemnisation des victimes de la mafia, Tiberio Bentivoglioa a dû lutter ces dernières années pour conserver son commerce étant donné que l’État italien est toujours très en retard pour dédommager les témoins de justice. Sans compter que l’argent perçu n’a jamais suffi à rembourser le coût réel des dommages. À cela, il faut ajouter l’ostracisme rampant qui a éloigné les clients de son magasin. En plus des fournisseurs qui ont commencé à refuser de lui envoyer de la marchandise, il y a eu les banques qui se sont montrées de plus en plus réticentes à lui accorder des crédits. Ça n’est que grâce au réseau de solidarité des groupes antimafia que l’entrepreneur a pu poursuivre son activité professionnelle.

Manifestation de soutien
Une grande manifestation de soutien avec des personnalités importantes s’est déroulée devant le dépôt détruit. La foule a scandé le nom de l’entrepreneur résistant. Une phrase résume à elle seule la détermination des honnêtes gens :

« S’ils devaient brûler cent fois le magasin, nous serons là cent fois pour le reconstruire.»

Pour le jeune maire de Reggio de Calabre, Giuseppe Falcomatà :

« Tiberio est devenu un symbole de notre ville, un porte-drapeau de l’économie saine et honnête de la ville ». Ou encore : « Si Tiberio décidait de se rendre, la ville serait perdue, nous serions tous perdants ».

Le nouveau commerce va d’ailleurs prochainement déménager dans un nouvel immeuble confisqué à la mafia par l’État. Un immeuble au centre-ville, plus facile à surveiller.

C. Lovis © 2016

Source : La Repubblica

La magasin incendié par la mafia calabraise
La magasin incendié par la mafia calabraise

CAMORRA : abattu pour avoir manqué de respect à un boss

NAPLES – Le corps de Vincenzo Amendola, 18 ans, a été retrouvé dans un champ près de Naples. Il avait disparu depuis février dernier. C’est un de ses amis d’enfance, un des 3 hommes qui ont participé à son meurtre, qui a décidé de collaborer avec les enquêteurs.

Vincenzo Amendola, le jeune homme victime de la barbarie mafieuse
Vincenzo Amendola, le jeune homme victime de la barbarie mafieuse

Vincenzo Amendola a été enlevé par 3 hommes du clan (dont son ami d’enfance) qui l’ont conduit dans une zone rurale. Son crime : s’être vanté d’avoir eu une aventure avec la femme d’un boss du clan Formicola de la Camorra, en prison pour d’autres crimes.

Un des auteurs du kidnapping est son ami d’enfance, Gaetano Nunziato, 23 ans. Fortement soupçonné d’avoir un lien avec la disparition de son ami, il fut arrêté par la police. Après quelques heures d’interrogatoire, de peur d’être éliminé à son tour, il décida de collaborer avec la justice et de raconter dans les moindres détails la triste fin, lente et douloureuse de Vincenzo Amendola.

Enlevé en début de soirée, Vincenzo Amendola, en pleure, se mettra à genoux pour demander miséricorde aux 3 tueurs qui l’entouraient dans ce sinistre terrain vague. Malgré ses supplications, un des camorristes tira une première balle mais l’arme s’enraya. La seconde balle lui perfora la mâchoire, délabrant son visage. Il ne perdit pas connaissance et tenta de supplier à nouveau ces bourreaux sans pouvoir sortir un son, la mâchoire disloquée. Puis le jeune homme fut finalement achevé avant d’être enterré.

Les enquêteurs ont appris que les tueurs avaient l’intention de construire une porcherie au-dessus du corps. La police n’aurait sans doute jamais retrouvé le corps du malheureux si son ami d’enfance, Gaetano Nunziato, 23 ans, n’avait pas révélé l’endroit.

Le trou où fut découvert la victime
L’endroit où fut découverte la victime

Source : http://www.napolitoday.it

COSA NOSTRA : pillage des marchés publics

No MafiaCATANE – Les carabiniers ont placé sous séquestre la société de travaux publics de Catane Tecnis et ses sociétés actionnaires, Artemis et Cogip Holding, le tout estimé à 1,5 milliard d’euros. Ses deux principaux dirigeants, Francesco Domenico « Mimmo » Costanzo et Concetto Albino Bosco Lo Giudice, ont été placés aux arrêts domiciliaires et un administrateur judiciaire a été nommé pour gérer ce géant de la construction.

D’un capital social de 32 millions d’euros, Tecnis gère annuellement environ 3 milliards d’euros de marchés publics (routes, autoroutes, métros, gares, hôpitaux, parkings, ports,…), avec des participations au Brésil, aux Emirats Arabes Unis, en Libye, au Nigeria, en Roumanie, au Soudan et en Tunisie.

Les enquêteurs soupçonnent Tecnis d’être en fait assujetti à la Famille de Catane de Cosa Nostra.

Pourtant, la société se vantait d’avoir signé de nombreux protocoles antimafia et d’avoir plusieurs fois dénoncé des cas de racket (notamment de la ‘Ndrangheta).

Dans les années 1980, Giuseppe Costanzo, père de Mimmo Costanzo, avait régulièrement refusé et dénoncé les tentatives d’extorsion des mafieux. Mais dans les années 1990, Mimmo Costanzo aurait commencé à céder au racket, avant d’être quasiment associé au clan de Catane, via Alfio Aiello (frère du boss Vincenzo Aiello), observé à plusieurs reprises avec les dirigeants de Tecnis.

Rencontre entre Bosco Lo Giudice et Aiello Alfio. / Image ROS - Catane
Rencontre entre Bosco Lo Giudice et Aiello Alfio. / Image ROS – Catane

Source (23.02.2016) : www.gazzettinonline.it