Un boss de la Camorra arrêté en Espagne

Cette semaine, la police de Naples en collaboration avec la Guardia Civil espagnole a arrêté un important patron de la Camorra.

Lucio Morrone, 53 ans, était sur la liste des 100 criminels les plus dangereux d’Italie. Il était le chef de la « Teste Matte », un clan de la Camorra du quartier Spagnoli dans le centre historique de Naples. Fugitif depuis 2010, Lucio Morrone ignorait qu’une section de la police napolitaine avait retrouvé sa trace en Espagne, près des villes de Malaga et Marbella. Depuis quelques années, l’Espagne et particulièrement la Costa del Sol sert de refuge à de nombreux mafieux qui gèrent leurs affaires en vivant dans des villas de luxe.

Images discrètes prises par la police quelques minutes avant l'arrestation de Lucio Morrone.
Images discrètes prises par la police quelques minutes avant l’arrestation de Lucio Morrone.

Les policiers ont attendu que Lucio Morrone se rende dans un bureau de poste pour retirer de l’argent en provenance de Naples. Interpellé, le fugitif a tenté de se soustraire à la police en présentant de faux papiers d’identité, mais quand il a entendu « Carabinieri », il a tout de suite réalisé qu’il n’y avait plus aucune chance d’échapper à la justice de son pays et à décliner sa véritable identité.

Lucio Morrone, comme tous les mafieux lors de leur arrestation, n’a opposé aucune résistance.

Lors de leur arrestation, les mafieux n’opposent généralement pas de résistance. Ça fait partie de leur stratégie de communication silencieuse. En faisant cela, ils veulent démontrer qu’ils sont supérieurs à la société ordinaire et qu’ils ne craignent pas la prison. Cette attitude a pour but d’envoyer un message de puissance à la population et à la magistrature.

C. Lovis © leshommesdelantimafia – avril 2015

Lucio Morrone escorté à la prison de Rome par les carabiniers.
Lucio Morrone escorté à la prison de Rome par les carabiniers.

Publicités

Les Hommes de l’Antimafia

Le monde a besoin de héros

L’histoire contée dans cet ouvrage est intensément triste. Peu à peu, en explorant la vie des hommes de l’Antimafia, Christian Lovis a découvert qu’ils avaient pratiquement tous payé de leur vie leur courage, leur abnégation, leur sens du devoir et leur loyauté sans faille envers la démocratie institutionnelle de leur pays.

Certes, le constat est terrible, car la mort est une tragédie inacceptable et rien ne peut alléger le malheur qu’elle provoque. Cependant, on peut y trouver un semblant de sérénité quand on sait que les victimes de la mafia ne sont pas mortes pour rien. A l’évidence, le combat mené par une minorité d’individus courageux a permis de mettre en lumière et de dénoncer des pratiques intolérables au sein d’un État de droit. Les progrès réalisés ont été considérables et cruciaux dans la lutte contre le crime organisé. Vous allez découvrir l’histoire de la longue et honteuse cohabitation entre des tueurs sanguinaires et des élus du peuple, mais surtout, le combat incroyable mené par des magistrats et des policiers dont la lutte résonne encore aujourd’hui.

Les enfants de mafieux en Calabre

En Calabre, dans le fief la ‘Ndrangheta, l’une des plus puissantes mafias du monde, le nouveau-né qui a le malheur de naître dans une famille mafieuse est baptisé à même son berceau. Son père dépose à côté de lui un couteau et une clef. Si le bébé touche la clef qui représente la police, gare à lui ! Si sa petite main potelée atteint le couteau, il sera un “homme d’honneur”. Dans ce cas là, son père le prendra dans les bras, non pas pour lui faire un baiser, mais pour lui cracher dans l’anus. “Ça porte bonheur !” déclare un repenti.

La structure mafieuse d’une ‘Ndrine (famille calabraise) est très opaque et sa plus grande force est sans aucun doute l’importance des liens familiaux. Contrairement à d’autres organisations criminelles, les membres d’une ‘Ndrine ont des filiations biologiques. Ils sont du même arbre généalogique. Ce qui complique incroyablement le travail des enquêteurs qui ne sont pas en mesure d’infiltrer cette mafia et peuvent difficilement se reposer sur le témoignage de repentis. Prendre part à l’arrestation d’un père, d’un frère, un oncle ou un cousin avec lequel on a grandi est une décision impitoyable. Les secrets ancestraux de la Cosa Nostra (mafia sicilienne) ont été dévoilés grâce aux repentis, mais au sein de la ‘Ndrangheta, on compte très peu de collaborateurs de justice.

Les rites des clans de Calabre peuvent parfois ressembler à des plaisanteries d’ados attardés. Un jour, le grand-père mafieux d’un jeune garçon de 5 ans le force à ingurgiter du piment frais extrêmement fort. Le petit souffre la martyre, la bouche en feu ses yeux coulent de douleurs, mais il n’osera en aucune façon recracher afin de montrer à son pépé qu’il est déjà un homme fort et viril. À 5 ans !

Les cochons poussent des cris stridents quand ils sont torturés par les boss qui enseignent à leurs gamins comment utiliser une lame pour faire mal, pour faire saigner ou pour tuer. Une culture mafieuse inculquée dès le plus jeune âge pour que les garçons deviennent des durs à cuir ; des assassins sans crainte et sans pitié. Des “hommes d’honneur” conditionnés par une violence extrême.

Angela Iantosca
La journaliste italienne Angela Iantosca

Dans son livre Bambini a metà, i figli della ‘ndrangheta, la journaliste Angela Iantosca  s’est intéressée aux enfants qui grandissent dans cet univers mafieux.Le lecteur est plongé dans le quotidien de ces rejetons qui vivent dans un monde violent et cruel. Un mafieux calabrais doit faire le serment de tuer son père, sa mère, sa femme ou ses propres enfants si les secrets de l’organisation criminelle sont mis en danger.

L’État italien a décidé de lutter en instaurant des mesures d’éloignement des enfants de mafieux à la première condamnation, même mineure. Certains s’insurgent en accusant le Tribunal pour mineurs de Reggio di Calabria de s’adonner à de la déportation d’enfants. À ce jour, 20 enfants environ sont concernés par cette mesure. Un adolescent de 16 ans, fils de l’une des plus importantes familles de la ‘Ndrangheta, n’allait plus à l’école et déclenchait constamment des bagarres. La majorité des membres de sa famille étant en cavale ou en prison, le magistrat l’a placé dans une famille d’accueil en Sicile. En quelques mois, il est devenu un garçon comme les autres. Le jeune homme a témoigné que dans sa famille de sang, il avait été éduqué à  s’éloigner constamment de l’État. Depuis, il dit avoir retrouvé un chemin de vie qui lui ouvre de nouvelles perspectives d’avenir.

Ce genre d’initiative est bien sûr dramatique, mais l’Italie, confrontée sur son sol magnifique aux quatre mafias les plus structurées et puissantes du monde ne considère désormais plus qu’un enfant de mafieux est irrécupérable. Ca n’est sans doute pas l’idéal, mais c’est une tentative de plus pour essayer d’enrayer le mal endémique qui ronge sa démocratie et son état de droit.

Comme le proférait le juge antimafia Giovanni Falcone, si l’état montre sa force, sa volonté et sa détermination à lutter contre le crime organisé, la mafia n’est pas invincible.

C. Lovis

Découvrez la carte Google Maps des clans de la ‘Ndrangetha

Le nouveau roman de Roberto Saviano, écrivain antimafia

Roberto Saviano vit sous protection policière depuis la sortie de son livre « Gomorra », en 2006.

Dans son nouveau livre qu’il dédie aux carabiniers qui assurent sa vie, l’auteur italien nous plonge dans un roman-enquête, sa marque de fabrique. C’est précis, bien écrit, angoissant et sans complaisance. Il nous parle de la première économie mondiale, le trafic de drogue. Tout le monde en profite et chacun en prend pour son grade. L’enquête décrit avec pertinence cette fructueuse économie parallèle. On voyage autour du monde avec l’histoire des banques qui font leur travail de grande lessiveuse d’argent sale, mais aussi cartels mexicains, les récits de vengeance qui nous plonge dans une violence incroyable. On découvre aussi les règlements de compte que se livrent les parrains ambitieux devant des barons de la drogue sur le déclin. Saviano décrit la puissance destructrice de la drogue et ses ravages sur toute une génération. Ce livre est exceptionnel et permet à tous ceux qui s’intéressent à l’avenir de l’homme moderne d’être éclairé sur le danger qui nous guette…

Christian Lovis © leshommesdelantimafia

Extra pure, voyage dans l'économie de la cocaïne, Gallimard, 2014
Extra pure, voyage dans l’économie de la cocaïne, Gallimard, 2014