Le Pape François, un souverain antimafia !

« La corruption pue, la société corrompue pue »

C’est une véritable croisade que le Pape François a enclenchée contre la mafia. L’année dernière, il avait dénoncé « le pouvoir et l’argent ensanglanté » sur les propres terres de la mafia. Ce week-end, c’est dans un quartier défavorisé de Naples gangrené par la violente Camorra que le Pape a invectivé le crime organisé.

Le pape François, un souverain pontife antimafia
Le pape François, un souverain pontife antimafia

Pour des mafieux qui se revendiquent de fervents catholiques et qui n’hésitent pas à se signer après avoir assassiné un homme, les attaques répétées du pape François sont de véritables gifles. Lors de sa visite en Calabre, sur les terres de la ‘Ndrangehta, le pape avait excommunié les mafieux ; ce qui pour eux est aussi grave que la prison (peut-être plus…)

Excepté quelques prêtes courageux et isolés, jamais l’Église n’avait osé défier la mafia avec autant d’énergie. Jean-Paul II avait dénoncé les organisations criminelles, mais dans l’histoire du Vatican, aucun souverain pontife n’avait autant soutenu la lutte contre le crime organisé. Le Pape François est sans aucun doute le premier Pape antimafia de l’histoire.

C. Lovis 

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Les crimes mafieux

Les mafias ont la faculté toute particulière de s’adapter aux situations de chaque pays. On retrouve les mafias dans de multiples trafics à l’échelle planétaire. De la fabrication au commerce de produits stupéfiants, en passant par la contrefaçon, la contrebande de cigarettes et la traite d’êtres humains sous diverses formes.

Lutter contre le crime organisé est complexe puisque les mafias sont en permanentes recomposition, avec une grande quantité d’acteurs et de pratiques. L’insertion des mafias dans l’économie mondiale va de pair avec leur profond enracinement dans les territoires et dans la société en général.

Bien souvent, les mafias rivalisent d’ingéniosité pour s’enrichir et stimuler toutes sortes d’activités illégales. Il va sans dire que pour certaines mafias ou groupes criminels ont fait du trafic de stupéfiants leur spécialité, mais si on associe bien souvent mafia et drogue, la réalité n’est pas toujours si simple. En 1992, le juge antimafia Paolo Borsellino expliquait par exemple que le positionnement de la mafia sicilienne sur ce type de trafics illégaux ne constituait en rien une activité fondamentale de Cosa nostra.

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Le contrôle du territoire permet bien souvent aux organisations mafieuses de profiter de la manne financière et de criminaliser des activités à l’origine licites.

Exemple: après avoir remporté des adjudications publiques grâce à l’intimidation pour des travaux de construction, la mafia confie les travaux en sous-traitance à plusieurs entreprises tenues par des individus mafieux. Pour une autoroute, par exemple, chaque clan construira, via de ses entreprises, le tronçon routier traversant son espace de souveraineté.

Les mafias s’inscrivent dans des rôles multiples de la criminalité avec une polyvalence exceptionnelle; cependant, certaines se sont spécialisées et sont passées maîtres dans certains types d’activités illicites sans toutefois s’accommoder de ces seuls crimes.

À suivre…

Un « paladin » de la lutte antimafia arrêté pour racket

Lundi 9 mars 2015, les policiers de Palerme ont arrêté en flagrant délit d’extorsion, le président de la Chambre de commerce de la capitale sicilienne, Roberto Helg (79 ans).

Le plus étonnant, c’est que Roberto Helg était connu pour être un paladin de la lutte antimafia en déclarant à tout va la culture de la légalité. Celui qui combattait le fameux « pizzo » (l’impôt mafieux) a été pris la main dans le sac après avoir racketté 100’000 euros à un commerçant.

Le procureur Francesco Lo Voi
Le procureur Francesco Lo Voi

Au moment de son arrestation, le haut responsable sicilien se trouvait dans son bureau avec une enveloppe remplie de plusieurs dizaines de milliers d’euros.

La victime, un commerçant de Palerme, avait donné cette somme au haut responsable sicilien en échange du renouvellement du bail d’un point de vente de l’aéroport Falcone-Borsellino.

Roberto Helg, pris la main dans le sac
Roberto Helg, pris la main dans le sac

Cet état de fait serait presque banal dans une Italie du sud contaminée par les mafias du Mezzogiorno, mais Roberto Helg semblait au dessus de tout soupçon. C’est lui qui incitait les commerçants à déposer plainte en cas d’extorsion et à dénoncer leurs racketteurs en collaborant avec la police était une personne active dans la lutte antimafia. Lors d’une marche en hommage à Libero Grassi, un entrepreneur assassiné par Cosa Nostra en 1991 qui avait résisté au pizzo.

Le procureur de Palerme, Francesco Lo Voi qui a ordonné son arrestation a bénéficié du courage de l’entrepreneur qui avait dénoncé Roberto Helg aux carabiniers après avoir eu la présence d’esprit d’enregistrer discrètement les conversations qu’il avait eu avec son racketteur.

Christian Lovis 

« La mafia n’est pas invincible, c’est un fait humain et comme tout les faits humains elle a un début et elle aura aussi une fin. Il faut plutôt se rendre compte qu’on peut gagner contre elle, non pas en prétendant l’héroïsme de citoyens innocents, mais en engageant dans cette bataille les meilleures forces institutionnelles »

Giovanni Falcone

Giovanni Falcone est l'emblème de la lutte antimafia. Son courage et son abnégation pour que l'Etat de droit soit respecté a été sans faille malgré le danger encourus pendant de nombreuses années et la disparition de plusieurs de ses amis.
Giovanni Falcone est l’emblème de la lutte antimafia. Son courage et son abnégation pour que l’Etat de droit soit respecté a été sans faille malgré le danger encourus pendant de nombreuses années et la disparition de plusieurs de ses amis.

Arrestation d’un boss de cartel mexicain

Le 27 février 2015, Servando Gomez, chef du cartel mexicain des Chevaliers templiers a été arrêté au Mexique.

Surnommé « La Tuta », ce baron de la drogue de 49 ans était un ancien instituteur. Il est décrit par les autorités judiciaires comme un homme intelligent et ultraviolent.

Il a été arrêté sans qu’un seul coup de feu ne soit tiré dans un quartier pauvre à l’ouest du Mexique. Criminel le plus recherché du Mexique, sa tête était mise à prix 30 millions de pesos (1,8 million d’euros) par le gouvernement.

À la tête de son gang appelé  les « Chevaliers templiers », il impose alors un code moral et religieux à ses membres en les contraignants par exemple de manger du cœur humain lors de rites initiatiques.

Ce boss est responsable avec son gang d’enlèvements, du racket des producteurs de citrons ou d’avocats de la région de Michoacan et à l’exportation frauduleuse de minerai de fer vers l’Asie.

Arrestation de celui qu'on surnommait "La Tuta" / Photo : EDUARDO VERDUGO / AP
Arrestation de celui qu’on surnommait « La Tuta » / Photo : EDUARDO VERDUGO / AP

2015, Christian Lovis

(Source Le Monde)

Les cartels au Mexique
Les cartels au Mexique