Comment les mafieux terrorisent les gens

Une nuit, la police intervient en nombre au sein d’un quartier défavorisé de Calabre. Les maîtres chiens fouillent les caves des immeubles et retrouvent planqué dans ces endroits glauques 5 kilos de drogue prêt à la revente. Afin d’empêcher à nouveau la police de procéder à d’autres opérations de ce genre, le chef local (qui n’habite pas dans ces quartiers) ordonne à ses soldats de saboter les canalisations d’écoulement des égouts qui se déversent alors dans les caves des immeubles. La puanteur d’excréments était devenu si effroyable que même les chiens policiers refusèrent de pénétrer dans les caves des immeubles baignés dans 5 cm d’eau souillée de wc.

MAFIA-MONTAGA-MERDA

Dans le même quartier, comme tout citoyen ordinaire le ferait, un vieil homme au faible revenu alla se plaindre plusieurs fois au commissariat du quartier pour dénoncer le trafic, les rodéos avec des véhicules volés, le deal sous les fenêtres, les cris incessants au milieu de la nuit. Comme les mafieux ne tuent pas pour rien afin d’éviter de se retrouver sous le feu des projecteurs et surtout de la police, les hommes de main des mafieux remplissent des sceaux de leur propre merde durant des jours. Puis un jour, le vieil homme retrouve l’intérieur de sa voiture maculée d’excréments humains. Les saligauds ont tartiné de merde les moindres recoins de la voiture (tableau de bord, sièges, poignées, boutons de commandes, etc). Le vieil homme ne trouva aucun carrossier ou garagiste pour lui nettoyer sa voiture. Depuis, la voiture inutilisable est abandonnée sur la place de parc comme un message d’avertissement à tous ceux qui voudraient se plaindre auprès de la police.

(Exemples tirés du livre : Au nom de la mafia (Fabrizio GATTI), édité chez Liana Levi © 2013)

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La mafia en Suisse

Profitant de la crise, la mafia s’implante en Suisse

Article swissinfo, Nicole della Pietra, paru le 21.11.2008

Surfant sur la crise économique, la mafia affiche une santé économique éclatante. Cette organisation globalisée présente-t-elle des dangers particuliers pour la Suisse? Le procureur italien anti-mafia, Agostino Abate, dresse un constant inquiétant et énonce les risques potentiels.

swissinfo: En quoi la Suisse est-elle susceptible d’attirer la ou les mafia(s)?

Agostino Abate: Traditionnellement, la Suisse, a toujours joué un rôle fondamental pour deux raisons. D’abord, parce qu’elle permet au crime organisé d’accéder à des contacts ultérieurs avec d’autres régions du monde, à l’abri du contrôle judicaire italien. Et puis surtout, pour y recycler, cacher et réinvestir ses capitaux.

Malheureusement, depuis quelques années, cet attrait va plus loin. La Suisse est désormais devenue un territoire d’implantation et de développement des activités criminelles autonomes de certains clans. D’un point de vue «génétique», la présence de la mafia exige obligatoirement – et cela se fait parfois très facilement – la création de conditions favorables à ses activités, en pénétrant préalablement le tissu social et économique local qu’elle veut infiltrer.

Ça commence par des investissements dans des activités commerciales licites appartenant à des tiers, pour passer, peu à peu, à la gestion directe du narcotrafic ou de la prostitution pour ne citer que deux exemples. Ce ne sont pas des estimations; je parle de faits avérés en ce qui concerne la Suisse.

swissinfo: Vous évoquiez le recyclage, mais d’autres pays aussi attirent l’argent du crime, sans parler des facilités qu’offre Internet…

A.A. : Il faut reconnaître que la Suisse a perdu de son pouvoir d’attraction avec l’introduction des normes anti-blanchiment et les nouvelles structures judiciaires fédérales. La Suisse n’est plus seulement le petit paradis bancaire et une garantie d’impunité que ce pays a longtemps représenté aux yeux des organisations mafieuses.

Des paradis off shore et d’autres pays, comme l’Angleterre ou le Luxembourg, dans des proportions que je ne veux pas énoncer ici, attirent largement les capitaux du crime organisé aujourd’hui. Quant à Internet, il sert avant tout à déplacer et à faire voyager l’argent.

Mais il n’en demeure pas moins, qu’à un moment donné, l’argent de la mafia doit physiquement franchir la frontière, que ce soit dans une valise ou dans le double-fond d’un coffre de voiture par exemple. C’est inéluctable! D’ailleurs, dans notre jargon anti-recyclage, nous appelons cette phase lorsque «les Schtroumpfs entrent dans la tanière bancaire». Et la Suisse est, et reste, la principale destination de ces transferts.

Swissinfo: Voulez-vous dire que la Suisse n’est pas assez vigilante?

A.A. : Non, je loue le travail des collègues du ministère public à Berne. Mais je dis que l’on ne doit pas se faire d’illusion en s’imaginant que la présence de la mafia se cantonne à l’argent qu’elle dissimule sur la place financière tessinoise, et surtout zurichoise.

Il faut être très attentif aux signes de cette présence et de ces mouvements. Je pense en particulier à l’étape cruciale, lorsque l’organisation noue ses contacts avec des sujets tout à fait respectables, qu’elle va utiliser pour développer ses activités. Je le répète, il y a des signes et il faut impérativement les déceler.

swissinfo: Un exemple…

A.A. : Après la fusillade de Duisburg en Allemagne, on pouvait lire et entendre un peu partout: «C’est un règlement de compte entre clans italiens survenu à l’étranger». C’est totalement faux. Cet épisode de violence a montré que l’organisation s’était véritablement implantée là-bas et qu’elle se déploie partout, là où on ne s’y attend pas.

C’est une réalité. Refuser de la voir revient à enfouir la tête dans le sable. Vous savez, nous ne sommes pas à Hollywood, on ne peut pas distinguer les mafieux des citoyens moyens; ils ne portent pas des «Borsalino» comme dans les films… Je le répète, il faut apprendre à lire certains signaux.

swissinfo: Une organisation patronale italienne, Sos Impresa, dénonçait récemment les montants faramineux que brassent les différentes branches de la mafia. Faut-il y voir un danger de plus pour la Suisse?

A.A. : Il faut redoubler d’attention en période de crise économique. Lorsque des personnes en difficulté ont besoin de financement ou peinent à obtenir des crédits, lorsque les marchés financiers s’effondrent, le danger augmente effectivement.

Celui qui a un pouvoir économique supérieur aux autres peut soudainement conduire une personne qui n’aurait jamais accepté de faire certaines choses à franchir un pas dans l’illégalité. Lorsque c’est fait, il n’y a plus de retour en arrière possible. Or, la présence de telles personnes ou groupes sont des facteurs extrêmement déstabilisants.

La Suisse peut encore réagir face à ce fléau, mais il faut le faire sans attendre, avant qu’il ne soit trop tard. Lutter contre le crime organisé, c’est protéger la démocratie.

AGOSTINO ABATE

Agostino Abate est né en 1957.

Il occupe la fonction de substitut du procureur et successivement procureur de la République à Varèse en Lombardie, depuis 1992.

Le procureur Agostina ABATE
Le procureur Agostino ABATE

Le magistrat est spécialisé dans la lutte contre la corruption et la mafia.

Il a conduit plusieurs enquêtes en collaboration avec le Ministère public de la Confédération, touchant notamment, au blanchiment de capitaux provenant du trafic de stupéfiants.

Plusieurs de ces dossiers d’instruction ont eu des ramifications avec la Suisse. C’était le cas du retentissant scandale du Ticinogate et de l’affaire Francesco Moretti, du nom de cet avocat luganais qui blanchissait les millions des boss de la N’drangheta au Tessin.

Surnommé l’«Antonio di Pietro» de Varèse (Manipulite), il s’attaque à la corruption qui gangrène les institutions de sa province. Ce qui lui vaut aussi de nombreux ennemis dans les milieux économiques.

Agostino Abate est aussi la bête noire du mouvement de la Lega Nord (droite nationaliste italienne), dont il avait fait perquisitionner le siège lombard dans le cadre d’une enquête sur le financement des partis politiques dans le milieu des années 90.

Insulté par le leader de la Lega Nord, Umberto Bossi, dans la presse écrite, le magistrat avait fait condamner le ténor nationaliste pour diffamation.

Le fantôme de Corleone (film documentaire)

Marco Amenta
Marco Amenta

Un reportage magnifique et passionnant du journaliste et reporter de guerre sicilien Marco Amenta.

Il réalise entre 1999 et 2001 un nouveau documentaire sur les secrets de la mafia « Il fantasma di Corleone » (en français « Le fantôme de Corleone »). Ce film est le premier document a oser montrer la réalité du village mythique de Corleone. Le film provoque un choc sans précédent dans la société italienne lors de sa diffusion.

En replaçant les choses dans le contexte de l’époque, il est important de signaler que Marco Amenta a effectué ses investigations alors que le patron de Cosa Nostra, Bernardo Provenzano était toujours en cavale et régnait en maître absolu sur la mafia sicilienne. Aujourd’hui, Bernardo Provenzano – après 43 ans de cavale – a été arrêté. La traque intensive pour arriver à ce résultat a duré 8 ans !

Dans ce film, le dernier parrain, diffusé sur ARTE, Marco Amenta réalise un chef d’oeuvre sur la recherche du parrain des parrains. Un brillant hommage au courage et à l’abnégation de quelques hommes qui prouvent qu’il ne faut jamais perdre espoir.

© C. Lovis – 2014

Le dernier Parrain – Partie 1 – Arte

Le dernier Parrain – Partie 2 – Arte

Le dernier Parrain – Partie 3 – Arte

Le dernier Parrain – Partie 4 – Arte

Le dernier Parrain – Partie 5 – Arte

Etat de droit sous haute tension…

Cette photo est impressionnante. Elle a été prise en mars 2014, au cours du procès qui juge les complices de l’attentat qui a coûté la vie au Juge Falcone, à sa femme et à trois agents de son escorte. Le témoin, Gaspare Spatuzza, est un repenti de Cosa Nostra. Il se trouve derrière le paravent protégé par le cordon de policiers en cagoule. Les G.O.M sont des agents pénitentiaires d’élite chargés de protéger les prisonniers à haut risque.

polizia penitentiare

Vaste coup de filet contre la mafia calabraise

En 2010, près de 3 000 policiers italiens ont mené une vaste opération contre la ‘Ndrangheta à travers l’Italie. Plus de 300 personnes ont été arrêtées, dont le patron présumé de la pègre calabraise, notamment pour meurtre, détention et trafic d’armes.

L’opération était d’une ampleur exceptionnelle. Quelque 3 000 policiers ont été mobilisés en Calabre et dans le nord de l’Italie, plus de 300 mafieux présumés ont été arrêtés. En ligne de mire : la ‘Ndrangheta, très secrète et ultrapuissante mafia calabraise.

« Il s’agit de la plus importante opération menée ces dernières années contre la ‘Ndrangheta que nous avons touchée au cœur de son système criminel tant sur le plan organisationnel que patrimonial », s’est félicité le ministre de l’Intérieur Roberto Maroni, à l’issue de l’opération. Des arrestations auraient également eu lieu aux Etats-Unis et au Canada.

Ce coup de filet avait couronné deux ans d’investigations de grande ampleur, menées après l’assassinat le 15 juillet 2008 de Carmelo Novella à San Vittore, village du nord de Milan. L’homme était l’ambitieux chef d’un clan de la ‘Ndrangheta dans la région, l’une des plus riches d’Europe. Il a été assassiné après avoir affirmé ses velléités indépendantistes vis-à-vis de la base calabraise de l’organisation.

Parmi les personnes arrêtées, figure Domenico Oppedisano, un octogénaire à la peau tannée par le soleil et à la barbe mal rasée. L’homme, un polo sombre négligemment enfilé, a été cueilli par la police dans la petite ville côtière de Rosarno, à l’extrême sud de l’Italie. Un gros bonnet aux yeux de la justice italienne : il est considéré comme le patron de la « province », organisme qui regroupe les différents clans constituant la ‘Ndrangheta.

Domenico Oppedisano
Le boss mafieux de la province, Domenico Oppedisano

La ‘Ndrangheta ébranlée

L’opération ébranle la première organisation mafieuse du monde mais ne l’achève pas pour autant. […]

La ‘Ndrangheta a longtemps été considérée comme le parent pauvre de la mafia italienne, au fonctionnement familial et au champ d’action limité, en comparaison à la Cosa Nostra sicilienne ou à la Camorra napolitaine. Mais depuis une vingtaine d’années, l’organisation a surpassé – et de loin – ses sœurs italiennes. « C’est la mafia la plus puissante et la plus étendue dans le monde », confirme Fabrice Rizzoli. « Elle a fait de l’importation de cocaïne sa grande spécialité ». Dans un rapport publié en 2006, la direction des investigations anti-mafias considère qu’un tiers du trafic de la cocaïne colombienne dans le monde passe par la ‘Ndrangheta. Mais l’organisation a posé sa patte sur à peu près tous les secteurs juteux : trafics d’immigrés, d’armes et d’immobilier en Europe, celui des diamants en Afrique du sud, casinos et fausse monnaie en Australie. Et évidemment, elle saupoudre de cocaïne et héroïne tous les pays occidentaux.

Le chiffre d’affaires de l’organisation atteint désormais quelque 44 milliards d’euros, selon l’Institut italien spécialisé Eurispes. Mardi en marge des arrestations, la police a saisi des biens, des armes et de la drogue estimés à quelques dizaines de millions d’euros. Une goutte d’eau face à l’immensité de la fortune et de la sphère d’influence des clans calabrais.

Source : France24 – 2010