Palerme, l’un des rares lieux éthiques qui nous restent

Livres à lire absolument écrit par Roberto Scarpinato

Entretien avec Roberto Scarpinato par Maria Lombardo

Maria Lombardo [1] : Être juge a été, pour vous, le résultat d’un choix bien déterminé ?

Roberto Scarpinato vit sous escorte depuis 20 ans!   © Letizia Battaglia
Roberto Scarpinato vit sous escorte depuis 20 ans! © Letizia Battaglia

Roberto Scarpinato : Je voulais devenir psychanalyste et neurobiologiste. J’étais fasciné par la connaissance des mécanismes mentaux et des mécanismes inconscients. Après, je me suis orienté vers la magistrature par tradition familiale, mon père était magistrat. Mais cette passion ancienne m’est restée et elle émerge même dans ma profession de magistrat. Je veux dire que, au-delà de la résolution de cas concrets, je suis aussi intéressé par ce qui se cache derrière le masque, derrière l’apparence : les parcours intérieurs à travers lesquels les mafieux construisent leur image, le rapport qu’ils ont avec leur propre mort et avec celle des autres, le rapport à Dieu, les dynamiques relatives aux sens de culpabilité, leur sens d’appartenance à une communauté autre par rapport à la société civique… L’observation de ces dimensions psychiques nous fait comprendre à quel point l’opinion courante selon laquelle les mafieux seraient seulement des monstres, des individus dépourvus de sentiments, poussés exclusivement par le désir d’argent, est erronée. Cette attitude découle en partie, d’un déficit de connaissance, mais elle est aussi alimentée par la tentative inconsciente d’exorciser le mal en le projetant sur quelques individus vécus comme monstrum, c’est-à-dire comme une altérité qui ne nous concerne pas. La mafia, de même que, dans le passé, le nazisme et d’autres institutions totalitaires, est, au contraire, un phénomène de masse, un univers mental qui implique des milliers de personnes, qu’il s’agisse d’hommes d’honneur militants, d’affiliés, de proches, de sympathisants ou de leurs réseaux parentaux ou amicaux. Si l’on fait abstraction de cette culture, si l’on ne comprend pas ses racines, si l’on ne saisit pas les contaminations secrètes avec notre propre culture, on opère un simple refoulement de la réalité. Le droit pénal n’est pas suffisant pour avoir raison des cultures négatives. Encore faut-il s’interroger sur les causes profondes de la faillite du processus de socialisation de ces individus et explorer le réseau d’intérêts que la sub-culture mafieuse englobe, afin d’effectuer des interventions systémiques et étalées sur une longue durée.

M. L. : Quel est votre rapport à Palerme ?

R. S. : Palerme m’a beaucoup donné, mais aussi beaucoup pris. Elle m’a pris la liberté. Depuis plusieurs années, je vis une vie blindée, comme si j’étais un prisonnier assigné à domicile. Jamais un seul pas sans escorte, à l’extérieur de mon bureau ou de ma maison. Je limite au maximum mes mouvements dans la ville. C’est dur, car le plaisir d’une promenade par exemple se nourrit, surtout, du plaisir d’être seul avec soi-même, ou bras dessus, bras dessous avec un ami, de passer anonymement dans la foule, s’arrêtant de temps en temps pour admirer un monument ou pour lorgner la vitrine d’un magasin… Tout cela devient impossible si vous êtes entouré par une nuée d’hommes armés et que vous avez constamment la peur d’attirer l’attention des gens. A la fin, sans vous en apercevoir, vous y renoncez, et votre vie relationnelle, petit à petit, s’atrophie. Ainsi, de Palerme, je ne connais que les rues principales, et je n’ai fréquenté qu’une dizaine de personnes en tout de 1989 jusqu’à aujourd’hui.

Limiter la liberté affecte aussi des aspects moins voyants et plus profonds. Vous vous rendez compte qu’en réalité vous ne vous appartenez plus. Non seulement votre vie extérieure a été blindée, mais aussi la partie la plus vitale de vous, celle qui, parfois, voudrait se laisser aller, qui voudrait oublier, au moins pendant quelques heures, son rôle public. Vous apprenez à contrôler chaque mot, à surveiller attentivement votre discours dans tous les contextes, parce que les mots peuvent être utilisés contre vous ou contre ceux qui travaillent avec vous. A Palerme, les mots ne sont jamais innocents. Il y a toujours quelqu’un aux aguets, prêt à les saisir pour les déformer, pour anéantir votre légitimité, ou à les transformer en instruments de mort. Parfois, il m’arrive de revoir des gens que j’avais connus avant de venir à Palerme, et ces gens-là m’avouent ne plus me reconnaître.

M. L. : Et, à l’inverse, que vous a donné cette ville ?

R. S. : Palerme est un lieu extraordinaire. Un lieu qui permet de se connaître vraiment et de percer les secrets de l’existence humaine. Je dis souvent que Palerme, la ville de la mafia, de tous les massacres et de tous les délits, est l’un des rares lieux éthiques qui nous restent. Ailleurs, la différence bien-mal tend à se nuancer en des tonalités grises intermédiaires entre le blanc et le noir ; ici, la ligne de démarcation est nette : d’un côté, il y a les assassins et leurs complices, de l’autre, il y a les victimes. Choisir entre le bien et le mal, ici, c’est donc plus facile qu’ailleurs. Ce qui est terriblement difficile, c’est de vivre ce choix jusqu’au bout. Tôt ou tard, la réalité vous rattrape et vous oblige à faire un choix. Et, à ce moment-là, vous ne pouvez plus bluffer avec vous-même, vous ne pouvez plus vous raconter des histoires, et c’est là que vous découvrez qui vous êtes. Si, par exemple, vous êtes commerçant ou entrepreneur, tôt ou tard, on vient vous racketter ou vous impliquer dans des affaires louches. Vous devez choisir : payer et devenir un esclave ou un complice de la mafia, ou alors vous révolter et dénoncer les faits, courant le risque d’être tué comme Libero Grassi. Si vous êtes curé, vous devez choisir entre vous limiter à dire la messe du dimanche, ou bien agir comme Padre Puglisi qui essayait d’arracher les jeunes de son quartier à la culture mafieuse et qui, pour cette raison, a été assassiné. Si vous êtes journaliste, vous pouvez simplement écrire des articles inoffensifs, ou bien aller au fond des choses, avec le risque d’être tué comme De Mauro, Fava, Francese et d’autres encore. Si vous êtes médecin et qu’on vous demande une consultation technique complaisante, vous pouvez accepter, ou refuser et, dans ce cas, être éliminé comme le docteur Paolo Giaccone. Si vous êtes homme politique et qu’on vous demande des faveurs, vous pouvez choisir de devenir complice ou vous opposer, comme le fit Piersanti Mattarella, assassiné devant sa maison. Même si vous êtes un citoyen quelconque, un jour, il peut vous arriver d’assister à un délit, et alors, soit vous vous tournez de l’autre côté et vous essayez d’oublier, soit vous témoignez, comme cette personne qui avait assisté, par hasard, à l’homicide du juge Rosario Livatino et qui a dû renoncer à sa vie et entrer dans la clandestinité, sous la protection de l’Etat.

Palerme est, donc, le lieu des choix. Jean-Paul Sartre disait que nous sommes le choix que nous faisons et que le fondement de l’éthique consiste dans le fait de choisir. Si tel est le cas, cette ville est le lieu éthique par excellence ou, si l’on préfère, un laboratoire éthique.

La plupart des gens, ceux qui ne choisissent pas, qui ne sont ni avec la mafia ni avec l’anti-mafia, se sont enfermés dans leur ego. L’éthique commence au moment où la personne sort de l’enceinte de son propre moi et commence à s’occuper des autres, où elle tombe amoureuse de la destinée des autres.

Je me rappelle, quand les gens défilaient devant les cercueils de Giovanni Falcone et de sa femme Francesca Morvillo, nous, les magistrats du pool anti-mafia, étions très découragés. Paolo Borsellino nous regarda et, en indiquant les cercueils, il dit : “C’est inutile de nous voiler la face. C’est ce qui nous attend nous aussi.” Et, en regardant la foule, il ajouta : “C’est pour eux que je reste ! ” Quelques mois après, Paolo aussi a été assassiné et quand, le soir du 19 juillet 1992, je vis sur le béton son cadavre massacré par l’explosif, je ne pouvais pas m’enlever ses mots de la tête. Cet homme était mort parce qu’il était tombé amoureux de la destinée des autres.

Roberto Scarpinato

M. L. : Tous les autres, ceux qui ne choisissent pas, sont-ils indifférents ?

R. S. : Le problème est plus complexe que ça. Comme je vous l’ai dit, nous sommes dans un lieu qui nous met face à des choix dramatiques. Nous ne pouvons pas prétendre à l’héroïsme du citoyen moyen. Il a aussi le droit à la fragilité. Le rôle des institutions et des gens qui ont choisi de travailler au sein des institutions est celui de tendre une main aux plus faibles, de représenter un Etat crédible qui se charge d’être une force pour tous. C’est ainsi seulement qu’il sera possible de créer une véritable culture anti-mafieuse.

Il me semble que malheureusement, aujourd’hui, il y a une inversion de tendance et que le message dominant est celui de ne penser qu’à soi. Cela se manifeste aussi à travers les tentatives répétées de délégitimer, parfois par des manœuvres souterraines, parfois ouvertement, toutes ces figures dans lesquelles l’homme de la rue peut trouver un facteur d’identification collective. A ce propos, je voudrais souligner que l’importance de Falcone et de Borsellino est allée bien au-delà du rôle de magistrat qu’ils ont joué. Jusqu’à il y a quinze, vingt ans, à Palerme, dans l’opinion commune, il y avait d’un côté la mafia, de l’autre un Etat dans lequel il était difficile de s’identifier, parce qu’il avait le visage de politiciens et d’administrateurs que l’on savait être compromis. Même lorsqu’on ne s’identifiait pas à la mafia, on n’avait pas envie pour autant de s’identifier avec cet Etat-là. Falcone, Borsellino et les autres qui les ont précédés, ont représenté la possibilité d’une identification collective alternative, offrant l’image d’un Etat avec lequel il était possible, et même, beau de s’identifier. En quelque sorte, ils ont répondu à une attente, à une exigence qui cherchait à s’exprimer. A partir de ce moment, une possibilité d’identification avec l’Etat a pris corps non seulement pour les gens du commun, mais aussi pour une génération de magistrats : beaucoup d’entre nous sont venus à Palerme de différentes parties d’Italie. Parce qu’être magistrat à Palerme signifiait alors l’être de la manière la plus noble, comme nous l’avions espéré en entrant dans la magistrature. La tentative constante de délégitimer Falcone, Borsellino et, après eux, tous ceux qui ont pris une position contre la culture mafieuse, représente quelque chose de très grave, car cela signifie détruire la possibilité d’une quelconque identification. Avec le risque de se refermer à nouveau en soi, de redevenir inoffensif, de ne s’occuper plus que de ses affaires.

M. L. : Pourtant, des gens descendent dans la rue défendre l’Etat de droit et l’indépendance de la magistrature. Comment l’interprétez-vous, vous qui vivez et travaillez à Palerme ?

R. S. : L’histoire de l’Italie est celle d’un pays qui est arrivé au rendez-vous de la modernité avec un grave retard. Au xixe siècle, alors que, dans le reste de l’Europe, la révolution industrielle décollait et que la culture de la “citoyenneté” était un acquis pour de larges couches de la bourgeoisie, subsistaient encore dans plusieurs régions italiennes une économie et une culture quasi-féodales, avec des taux d’analphabétisme très élevés. En Italie, la construction d’un Etat démocratique de droit est une conquête récente, à peine cinquante ans, et c’est le produit d’une culture d’élite. L’assimilation populaire des valeurs de l’Etat de droit est le résultat d’un processus d’alphabétisation démocratique lent et long. Ce processus a suivi dans le passé, malgré mille difficultés, une trajectoire constante. Mais il reste à ce jour inachevé, et risque un grave blocage, voire un recul. Amon avis, cela dépend aussi du fait que l’Italie est un pays où la culture du refoulement est très forte, et qui refuse de s’interroger sur son propre passé, un passé où le fascisme, les massacres, la mafia, la corruption ont impliqué directement la masse. Cette attitude nie la dimension macro-politique de ces phénomènes et les exorcise en en attribuant la responsabilité uniquement à quelques “pommes pourries” (des fanatiques isolés pour le terrorisme, des paysans presque analphabètes pour la mafia, quelques hommes politiques de second plan pour la corruption), de manière à acquitter les classes dirigeantes de toute responsabilité. Mais ceux qui refusent de se confronter à leur propre histoire sont condamnés à la revivre. Le virus de l’autoritarisme, avec ses multiples masques, est toujours latent et prêt à se raviver pour corrompre les fondements de l’Etat de droit. De nos jours, descendre dans la rue pour défendre ces valeurs est un acte d’intelligence de l’histoire, une manière de donner du sens au sacrifice de ceux qui ont immolé leur vie au nom de ces valeurs, d’être “citoyen” et non “sujet”, et une façon, aussi, de rester lié à l’Europe.

20 anni dalla morte di Borsellino - Commemorazione per ricordare la starge di via D'Amelio

M. L. : Certains soutiennent que la mafia, désormais, n’existe plus.

R. S. : Cette opinion est due, d’une part, à un défaut de connaissance, d’autre part, à une vieille stratégie de la culture mafieuse, qui a toujours joué la carte de la minimisation. Jusqu’à il y a quelques années, on disait que la mafia n’existait pas, qu’elle était tout simplement une habitude mentale, ou qu’elle était constituée par une galaxie anarchique de bandes criminelles. Mais après le Maxiprocesso [2], le fait que la mafia était une structure collective organisée de manière pyramidale, un Etat dans l’Etat, est entré dans la conscience collective. Par la suite, on a tenté de détruire cette nouvelle conscience, tour à tour en rendant illégitimes les magistrats qui s’occupaient de la mafia et en faisant croire que l’arrestation des chefs mafieux avait signé la fin de la structure mafieuse. Or, Cosa Nostra a compris que ce qui n’existe pas pour les médias n’existe pas tout court. L’opinion publique se rend compte de l’existence du phénomène mafieux seulement lors de faits éclatants. La stratégie des nouveaux chefs de la mafia consiste dans sa mise en clandestinité : il faut éviter les homicides retentissants, agir en souterrain. Ils engendrent ainsi l’illusion de la fin de l’organisation.

M. L. : Vous parliez des obstacles dans votre vie personnelle, nous connaissons les risques que votre métier comporte. Êtes-vous toujours convaincu que cela en vaut la peine ?

R. S. : Je fais partie de ces personnes qui n’arrivent pas à vivre sans inscrire leur vie dans un horizon de sens. Je crois en quelques valeurs laïques, même avec leurs désillusions. Par exemple, ma manière de vivre le droit et ses valeurs est peut-être différente de celle d’autres magistrats. Pour moi, le droit démocratique, plus encore que la certitude de l’ordre et de la stabilité sociale, doit garantir un droit inviolable : celui de la fragilité de l’homme. Ce sont surtout les plus fragiles, les plus faibles, qui ont besoin de la loi. Car les forts, les puissants, font souvent respecter la loi d’eux-mêmes. Parmi les personnes fragiles, j’en ai connu des plus sensibles, qui se dérobent à la logique de la compétition, qui refusent de se durcir ou n’en sont pas capables, et qui gardent, pour cette raison, une réserve précieuse d’humanité, une réserve à laquelle nous tous, par des voies secrètes, d’une manière ou d’une autre, nous allons puiser quand la vie nous tourne le dos.

Garantir le droit à la fragilité, c’est en réalité protéger notre fragilité même et sa possible évolution en une force tranquille, contre la nécessité d’acquérir une dureté qui, tôt ou tard, se retourne contre nous. Les mafieux sont de pauvres malheureux qui mènent des existences névrosées. Entraînés à la dureté et à la dissimulation à partir de la plus tendre enfance, ils cumulent pouvoir et richesse pour nourrir un ego omnivore qui nécessite, sans arrêt, une reconnaissance de l’extérieur. L’obsession du “respect” est l’un des signes de ce syndrome.

M. L. : Un juge regarde les faits et c’est sur la base de ces faits qu’il entreprend des démarches judiciaires. Mais quand il s’agit de rapports entre mafia et politique, les spéculations de la part des membres d’un parti ou de plusieurs partis deviennent fréquentes. Dans certains cas, on a entendu parler de “théorèmes” présumés de la magistrature…

R. S. : Tant que Giovanni Falcone, par exemple, s’est occupé de mafieux de bas rang, il n’y a pas eu de problèmes. Au moment où il a commencé à poursuivre pénalement des personnages de la haute bourgeoisie palermitaine, comme les cousins Salvo, il a été accusé d’être un communiste. La même accusation avait été adressée au commissaire Cassara et à d’autres encore. Revenons au thème de la délégitimation. Comment peut-on bloquer un magistrat ou un représentant de la police qui fait son devoir ? Soit en le tuant, soit en l’isolant. On va faire croire à l’opinion publique que ce magistrat ou ce policier n’est pas animé par le désir de faire son devoir, mais qu’il est l’instrument d’une volonté politique partisane. Alors, de deux choses l’une : soit nous estimons que la criminalité est un fait qui concerne exclusivement des analphabètes, des incultes, des monstres qui dissolvent les cadavres dans l’acide, et que les membres de la bourgeoisie n’ont jamais été impliqués dans ces histoires, et cela voudrait dire qu’il y a eu des magistrats qui se sont trompés ou qui ont été partisans, soit nous considérons (et il me semble que l’histoire parle clairement) que la question de la criminalité concerne aussi des membres de la classe dirigeante et que ces derniers utilisent l’instrument de la délégitimation au moment où ils sont soumis à une enquête, afin d’isoler les magistrats qui en sont chargés.

Je voudrais rappeler, à ce propos, les mots prononcés par le général Carlo Alberto Dalla Chiesa quelques jours avant d’être assassiné à Palerme, à l’occasion d’une interview. S’étant rendu compte qu’il avait été isolé et anticipant presque sa propre fin, il dit : “Je crois avoir compris les nouvelles règles du jeu. On tue quelqu’un de puissant lorsque cette combinaison fatale se produit : il est devenu trop dangereux, mais il est isolé ; on peut donc le tuer.”

S’il existe des magistrats partisans, il faudrait les chercher parmi ceux qui, dans le passé, n’ont absolument rien fait. La politique judiciaire ne se fait pas que dans les procès, qui sont un moment de vérification publique. Elle doit être permanente, car si l’on n’exerce pas le contrôle de la légalité dans toutes les directions possibles, si l’on ne fait pas les enquêtes, si l’on n’engage pas les procès, alors on pratique la politique de l’inertie. Le magistrat qui ose accomplir son propre devoir sait bien qu’il va rentrer dans un cercle dantesque et que sa propre vie, à partir de ce moment, devient un enfer. Il faut aussi tenir compte du fait que l’attaque à l’encontre d’un magistrat particulier a pour but de dissuader tous les autres magistrats. Car un magistrat qui enquête sur les puissants peut être la cible d’une certaine presse, il peut faire l’objet de procédés disciplinaires, de dénonciations pénales, et ce message est perçu par les autres, incités ainsi à fermer les yeux pour avoir une vie tranquille et une carrière absolument sereine. Le dommage réel n’est donc pas seulement la neutralisation d’un magistrat particulier et d’un procès particulier, mais l’intimidation comme forme de contrôle de la légalité. C’est pourquoi la défense de l’indépendance et de l’autonomie de la magistrature n’est pas un problème corporatif, mais bien l’un des nœuds institutionnels à travers lesquels passe la défense de la démocratie.

M. L. : Donc, le juge est, parfois, un Don Quichotte…

R. S. : Non, ce n’est pas un Don Quichotte. Il faut revisiter ce que les massacres de Capaci et de via D’Amelio [2] ont représenté historiquement. Nous, les magistrats, nous étions à un tournant : soit on accrochait la toge au mur et on arrêtait d’être magistrat – parce que, de toute façon, Riina, Bagarella et tous les autres, malgré les condamnations à perpétuité qui avaient coûté tout ce sang, continuaient de vivre dans des situations dorées et profitaient toujours de protections aux plus hauts niveaux –, soit on allait jusqu’au bout, poursuivant ce travail que Falcone et Borsellino n’avaient pas eu la possibilité d’achever. Cette décision n’a pas été prise de sangfroid, mais sous la poussée d’une très forte pression populaire. Lors des enterrements, les églises et le palais de justice étaient bondés de gens qui nous encourageaient à continuer.

“Leurs idées continueront de marcher avec nos jambes”

Les collaborateurs de la justice eux-mêmes, pour la première fois après des années de silence, mûrirent la conviction que l’Etat avait, enfin, pris les choses au sérieux, et ils commencèrent à révéler ce que précédemment ils avaient tu par crainte. Je me rappelle qu’en 1984, quand Falcone demanda à Buscetta de lui révéler tout ce qu’il savait sur les rapports entre mafia et politique, ce dernier s’y refusa, rétorquant que s’il avait parlé, lui, on l’aurait considéré comme fou, et Falcone aurait été éliminé sous peu. D’autres collaborateurs, comme par exemple Maurizio Mannoia, avaient eu la même attitude.

Alors, si nous avons rêvé, nous avons rêvé ensemble : c’était un grand rêve collectif et non pas le rêve solitaire de quelques magistrats. Après les massacres de Capaci et de via D’Amelio, personne ne pouvait plus soutenir que la mafia n’existait pas. Il y avait presque un sens de culpabilité collective envers les victimes de ces massacres, devenues le symbole d’une volonté de rachat. Après, lentement, le deuil s’est élaboré. La tension collective s’est relâchée et il y a eu un retour à la “normalité”. Et maintenant, nous sommes dans une phase de régression où, jour après jour, nous courons le risque de perdre le terrain que nous avons aussi péniblement gagné.

M. L. : Croyez-vous malgré tout que le mécanisme amorcé dans les années du “Printemps palermitain” se soit consolidé et puisse redémarrer ?

R. S. : Palerme est une ville multiple : il y a la ville de la mafia, la ville de l’anti-mafia, et celle du “marécage”, c’est-à-dire de l’indifférence. Ces trois villes cohabitent. La première et la dernière Palerme – celle de la mafia et celle de l’indifférence – sont comme une végétation naturelle qui se reproduit spontanément en envahissant tout. La nouvelle Palerme – celle de l’anti-mafia et de la culture de la légalité – est, au contraire, comme une fleuraison de serre, délicate, qui, pour pousser et se développer, a besoin de l’intervention continuelle d’un jardinier qui désherbe le terrain et le fertilise. Dès que le jardinier s’absente ou qu’il relâche son attention, la petite fleuraison arrête de pousser et la “végétation naturelle” envahit le jardin, en l’infestant. Actuellement, à mon avis, beaucoup de “jardiniers” sont absents. Chaque jour qui passe, je vois la vieille végétation repousser et empiéter sur de nouveaux espaces.

Je me rappelle qu’il y a quelques années, quand il semblait que la culture de la légalité allait s’enraciner, un vieux mafieux devenu collaborateur de l’Etat, m’avait dit : “Monsieur le juge, ne vous faites pas d’illusions, ils vont revenir. Peut-être sous des formes différentes, mais ils vont revenir. Ceux-là, ils sont comme l’herbe qui pousse et qui perce même le ciment. Il n’y a que Dieu qui puisse les vaincre, s’il le veut.”

Ces derniers temps, ces mots me reviennent souvent à l’esprit.

traduction : deborah puccio.

Sources : 

Le Dernier des juges Broché – 23 juin 2011
de Roberto Scarpinato (Auteur), Anna Rizello (Auteur)

 Notes

[ 1] Maria Lombardo, née à Catane en Sicile, est journaliste, responsable adjointe des services Culture et spectacles au quotidien La Sicilia. Spécialiste de langue et de culture françaises, elle est très attentive aux liens entre la France à l’Italie, et plus particulièrement, comme Leonardo Sciascia, aux relations entre les milieux siciliens et transalpins. Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres de la République française, elle collabore aux colloques franco-italiens organisés à Paris au Théâtre des Italiens. Cet entretien est extrait de son premier essai, Scelte (Edizioni della Battaglia, 2001). Inédit en français, il a été augmenté par Maria Lombardo spécialement pour cette parution dans La pensée de midi.

[ 2] Le plus grand procès contre la mafia, ouvert le 10 février 1986. Giovanni Falcone en a été le juge d’instruction. Sa mort correspond au moment où les condamnations des mafieux ont été émises.

[ 3] Le 23 mai 1992, Giovanni Falcone est victime d’un attentat qui fit sauter un morceau de l’autoroute reliant Palerme à l’aéroport de Punta Raisi, à la hauteur du village de Capaci. Le 19 juillet 1992, Paolo Borsellino, désigné comme l’héritier du travail d’enquête de Giovanni Falcone au moment de sa mort, est à son tour assassiné, au moyen d’une voiture remplie d’explosif placée dans la rue D’Amelio, où habitait la mère du magistrat.

 

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Le prêtre antimafia don Luigi Ciotti menacé de mort par un boss sicilien

Toto Riina, chef de Cosa Nostra, a proféré des menaces d’assassinat contre le très populaire don Ciotti, fondateur de la principale association italienne antimafia. Les menaces remontent à septembre 2013, mais viennent seulement d’être révélées par La Repubblica.

LA REPUBBLICA / SALVO PALAZZOLO, 3 SEPTEMBRE 2014

Après don Pino Puglisi, le curé assassiné par la Mafia en 1993, don Luigi Ciotti, l’infatigable prêtre catholique militant de Libera [le grand réseau associatif antimafia], est à son tour dans le collimateur de Salvatore Riina [surnommé Totò Riina, il a été condamné à la prison à vie en 1993 pour des dizaines de meurtres dont celui de deux juges].

Pour le parrain de la Mafia, pas de différence entre les deux : « Ce prêtre est une icône et une figure qui ressemble au père Puglisi. » Il doit donc connaître le même sort : « Ciotti, Ciotti, si seulement on pouvait le supprimer. » Le chef de Cosa Nostra est entré dans une colère noire après avoir entendu à la télévision que l’Eglise voulait perpétuer le message de don Puglisi, récemment béatifié [le 25 mai 2013 par le pape François]. Et, à l’heure de la promenade, il a confié au boss des Pouilles Alberto Lorusso, son compagnon d’exercice, des mots très durs à l’encontre du prêtre assassiné et de celui « qui lui ressemble tellement ».


 »Il voulait faire la loi dans le quartier – a jugé Riina à propos de don Puglisi, sur un ton méprisant. Contente-toi donc de faire le curé, pense à ta messe, ne te mêle pas de tout ça… le territoire… le terrain… l’église… Vous voyez ce qu’il voulait faire ? Il voulait faire plein de trucs sur le terrain… Il voulait tout faire, des trucs pas croyables. » Cette Eglise qui s’implique sur le terrain rend Riina fou de colère. De don Puglisi à don Ciotti, il n’y a qu’un pas. Riina lance aussitôt l’idée d’un nouveau meurtre contre un éminent représentant de l’Eglise : « Ciotti, Ciotti, si seulement on pouvait le supprimer ce fils de pute », dit-il.

Note confidentielle

Nous sommes le 14 septembre 2013, l’après-midi, à la veille du vingtième anniversaire du meurtre de don Pino Puglisi. Les mots prononcés par Riina [en permanence sur écoute] intriguent aussitôt les enquêteurs du pôle antimafia de Palerme [Direzione Investigativa Antimafia (DIA)], qui avertissent le parquet antimafia. En l’espace de quelques heures, une note confidentielle est adressée au ministère de l’Intérieur afin de solliciter de nouvelles mesures de sécurité autour de don Luigi. A Rome et Palerme, c’est le branle-bas de combat.

Une autre alerte a déjà été déclenchée pour le procureur général Nino Di Matteo, cheville ouvrière du pôle « trattativa » [« négociation », c’est-à-dire les liens présumés entre des représentants de l’Etat et des dirigeants mafieux au début des années 1990] : Riina veut l’abattre à son tour et en a explicitement donné l’ordre à Lorusso, « faisons vite ! ». Depuis un an, les mesures de protection de don Ciotti ont été renforcées, même si son escorte reste limitée à deux policiers.

Le prêtre n’a en tout cas rien su des menaces de Riina. « Mais depuis quelques mois des signaux inquiétants et en partie indéchiffrables parviennent à don Luigi et à Libera », raconte Gabriella Stramaccioni, collaboratrice du prêtre. « Les mots de Riina viennent confirmer ce climat, reste à comprendre à qui le boss s’adressait. »

Le parrain de la Mafia a expliqué à Lorusso, à propos de Ciotti : « Il a dit qu’il voulait parler avec moi, d’abord avec l’avocat, ensuite avec ma femme. » En réalité, les choses se sont passées différemment au milieu des années 1990 : c’est la femme de Riina, après son retour à Corleone, qui a demandé un rendez-vous avec le prêtre. Ninetta Bagarella était inquiète pour le sort de ses enfants, et Ciotti s’était déclaré disponible pour une entrevue en prison avec Riina. A une condition, « que le détenu la sollicite lui-même ». Riina refusa. Et il a maintenant des mots terribles à l’égard du prêtre qui était aux côtés du pape François le 21 mars 2014, dans l’église Saint-Grégoire VII à Rome, pour accueillir les parents des victimes de la Mafia : « Il est méchant, il est malfaisant – répète Riina –, il en a fait du chemin ce pauvre type (…), je suis toujours remonté à cause de ces saisies ». Les biens de la Mafia saisis par l’Etat sont donnés en gérance à l’une des nombreuses coopératives qui adhèrent à Libera.

Victimes de la mafia…

Victimes de la mafia

(source : http://www.peppinoimpastato.com)

1893
EMANUELE NOTARBARTOLO

1896
EMANUELA SANSONE

1905
LUCIANO NICOLETTI

1906
ANDREA ORLANDO

1909
JOE PETROSÌNO

1911
LORENZO PANEPINTO

1914
MARIANO BARBATO
GIORGIO PECORARO

1915
BERNARDINO VERRO

1916
GIORGIO GENNARO

1919
GIOVANNI ZANGARA
COSTANTINO STELLA
GIUSEPPE RUMORE
GIUSEPPE MONTICCIOLO
ALFONSO CANZIO

1920
NICOLO’ ALONGI
PAOLO LI PUMA
CROCE DI GANGI
PAOLO MIRMINA
GIOVANNI ORCEL
STEFANO CARONIA

1921
PIETRO PONZO
VITO STASSI
GIUSEPPE CASSARA’
VITO CASSARA’
GIUSEPPE COMPAGNA

1922
DOMENICO SPATOLA
MARIO SPATOLA
PIETRO SPATOLA
PAOLO SPATOLA
SEBASTIANO BONFIGLIO
ANTONINO SCUDERI

1924
ANTONINO CIOLINO

1944
SANTI MILISENNA
ANDREA RAJA

1945
CALOGERO COMAIANNI
NUNZIO PASSAFIUME
FILIPPO SCIMONE
CALCEDONIO CATALANO
AGOSTINO D’ALESSANDRO
CALOGERO CICERO
FEDELE DE FRANCISCA
MICHELE DI MICELI
MARIO PAOLETTI
ROSARIO PAGANO
GIUSEPPE SCALIA
GIUSEPPE PUNTARELLO

1946
ANGELO LOMBARDI
VITTORIO EPIFANI
VITANGELO CINQUEPALMI
IMERIO PICCINI
ANTONINO GUARISCO
MARINA SPINELLI
GIUSEPPE MISURACA
MARIO MISURACA
GAETANO GUARINO
PINO CAMILLERI
GIOVANNI CASTIGLIONE
GIROLAMO SCACCIA
GIUSEPPE BIONDO
GIOVANNI SANTANGELO
VINCENZO SANTANGELO
GIUSEPPE SANTANGELO
GIOVANNI SEVERINO
PAOLO FARINA
NICOLO’ AZOTI
FIORENTINO BONFIGLIO
MARIO BOSCONE
FRANCESCO SASSANO
EMANUELE GRECO
GIOVANNI LA BROCCA
VITTORIO LEVICO

1947
ACCURSIO MIRAGLIA
PIETRO MACCHIARELLA
NUNZIO SANSONE
EMANUELE BUSELLINI
MARGHERITA CLESCERI
GIOVANNI GRIFO’
GIORGIO CUSENZA
CASTRENZE INTRAVAIA
VINCENZINA LA FATA
SERAFINO LASCARI
GIOVANNI MEGNA
FRANCESCO VICARI
VITO ALLOTTA
GIUSEPPE DI MAGGIO
FILIPPO DI SALVO
VINCENZO LA ROCCA
VINCENZA SPINA
PROVVIDENZA GRECO
MICHELANGELO SALVIA
GIUSEPPE CASARRUBEA
VINCENZO LO IACONO
GIUSEPPE MANIACI
CALOGERO CAJOLA
VITO PIPITONE
LUIGI GERONAZZO

1948
EPIFANIO LI PUMA
PLACIDO RIZZOTTO
GIUSEPPE LETIZIA
CALOGERO CANGELOSI
MARCANTONIO GIACALONE
ANTONIO GIACALONE
ANTONIO DI SALVO
NICOLA MESSINA
CELESTINO ZAPPONI
GIOVANNI TASQUIER

1949
CARLO GULINO
FRANCESCO GULINO
CANDELORO CATANESE
MICHELE MARINARO
CARMELO AGNONE
QUINTO REDA
CARMELO LENTINI
PASQUALE MARCONE
ARMANDO LODDO
SERGIO MANCINI
ANTONIO BUBUSA
GABRIELE PALANDRANI
GIOVAN BATTISTA ALCE
ILARIO RUSSO
GIOVANNI CALABRESE
GIUSEPPE FIORENZA
SALVATORE MESSINA
FRANCESCO BUTIFAR

1952
FILIPPO INTILE

1955
SALVATORE CARNEVALE
GIUSEPPE SPAGNUOLO

1957
PASQUALE ALMERICO
ANTONINO POLLARI

1958
VINCENZO DI SALVO
VINCENZO SAVOCA

1959
ANNA PRESTIGIACOMO
GIUSEPPINA SAVOCA
VINCENZO PECORARO
ANTONINO PECORARO

1960
ANTONINO DAMANTI
COSIMO CRISTINA
PAOLO BONGIORNO

1961
PAOLINO RICCOBONO
GIACINTO PULEO

1962
ENRICO MATTEI

1963
GIUSEPPE TESAURO
MARIO MALAUSA
SILVIO CORRAO
CALOGERO VACCARO
PASQUALE NUCCIO
EUGENIO ALTOMARE
GIORGIO CIACCI
MARINO FARDELLI

1966
CARMELO BATTAGLIA

1967
GIUSEPPE PIANI
NICOLA MIGNOGNA

1968
FRANCESCO PIGNATARO
GIUSEPPE BURGIO

1969
ORAZIO COSTANTINO

1970
MAURO DE MAURO

1971
PIETRO SCAGLIONE
ANTONINO LORUSSO
VINCENZO RICCARDELLI

1972
GIOVANNI SPAMPINATO

1974
ANGELO SORINO
EMANUELE RIBOLI

1975
CALOGERO MORREALE
GAETANO CAPPIELLO
FRANCESCO FERLAINO

1976
GERARDO D’ARMINIO
GIUSEPPE MUSCARELLI
PASQUALE CAPPUCCIO
CATERINA LIBERTI
SALVATORE FALCETTA
CARMINE APUZZO
SALVATORE LONGO
SALVATORE BUSCEMI

1977
ROCCO GATTO
STEFANO CONDELLO
VINCENZO CARUSO
GIUSEPPE RUSSO
FILIPPO COSTA
ATTILIO BONINCONTRO

1978
UGO TRIOLO
GIUSEPPE IMPASTATO
ANTONIO ESPOSITO FERRAIOLI
SALVATORE CASTELBUONO

1979
FILADELFIO APARO
MARIO FRANCESE
MICHELE REINA
GIORGIO AMBROSOLI
BORIS GIULIANO
CALOGERO DI BONA
CESARE TERRANOVA
LENIN MANCUSO
GIOVANNI BELLISSIMA
SALVATORE BOLOGNA
DOMENICO MARRARA
VINCENZO RUSSO
GIULIANO GIORGIO
LORENZO BRUNETTI
ANTONINO TRIPODO
ROCCO GIUSEPPE BARILLA’
GIUSEPPE MARTURANO

1980
DOMENICO MARTURANO
PIERSANTI MATTARELLA
GIUSEPPE VALARIOTI
EMANUELE BASILE
GIANNINO LOSARDO
PIETRO CERULLI
GAETANO COSTA
CARMELO JANNI’
DOMENICO BENEVENTANO
MARCELLO TORRE
VINCENZO ABATE

1981
VITO JEVOLELLA
SEBASTIANO BOSIO
ONOFRIO VALVOLA
LEOPOLDO GASSANI
GIUSEPPE GRIMALDI
VINCENZO MULE’
DOMENICO FRANCAVILLA
MARIANO VIRONE

1982
LUIGI D’ALESSIO
SALVATORE STALLONE
ANTONIO FONTANA
NICOLÒ PIOMBINO
ANTONIO SALZANO
PIO LA TORRE
ROSARIO DI SALVO
GENNARO MUSELLA
GIUSEPPE LALA
DOMENICO VECCHIO
RODOLFO BUSCEMI
MATTEO RIZZUTO
SILVANO FRANZOLIN
SALVATORE RAITI
GIUSEPPE DI LAVORE
ANTONINO BURRAFATO
SALVATORE NUVOLETTA
ANTONIO AMMATURO
PASQUALE PAOLA
PAOLO GIACCONE
VINCENZO SPINELLI
CARLO ALBERTO DALLA CHIESA
EMANUELA SETTI CARRARO
DOMENICO RUSSO
CALOGERO ZUCCHETTO
CARMELO CERRUTO
SIMONETTA LAMBERTI
GIULIANO PENNACCHIO
ANDREA MORMILE
LUIGI CAFIERO
GRAZIANO ANTIMO
GENNARO DE ANGELIS
ANTONIO VALENTI
LUIGI DI BARCA
GIOVANNI FILIANO

1983
GIANGIACOMO CIACCIO MONTALTO
PASQUALE MANDATO
SALVATORE POLLARA
MARIO D’ALEO
GIUSEPPE BOMMARITO
PIETRO MORICI
BRUNO CACCIA
ROCCO CHINNICI
SALVATORE BARTOLOTTA
MARIO TRAPASSI
STEFANO LI SACCHI
SEBASTIANO ALONGHI
FRANCESCO BUZZITI
FRANCESCO IMPOSIMATO
DOMENICO CELIENTO
CRISTIANO ANTONIO
NICANDRO IZZO
FABIO CORTESE
SALVATORE MUSARO’
OTTAVIO ANDRIOLI

1984
GIUSEPPE FAVA
RENATA FONTE
COSIMO QUATTROCCHI
FRANCESCO QUATTROCCHI
COSIMO QUATTROCCHI
MARCELLO ANGELINI
SALVATORE SCHIMMENTI
GIOVANNI CATALANOTTI
ANTONIO FEDERICO
PAOLO CANALE
LEONARDO VITALE
GIOVANBATTISTA ALTOBELLI
LUCIA CERRATO
ANNA MARIA BRANDI
ANNA DE SIMONE
GIOVANNI DE SIMONE
NICOLA DE SIMONE
LUISELLA MATARAZZO
MARIA LUIGIA MORINI
FEDERICA TAGLIALATELA
ABRAMO VASTARELLA
PIER FRANCESCO LEONI
SUSANNA CAVALLI
ANGELA CALVANESE
CARMINE MOCCIA
VALERIA MORATELLO
FRANCO PUZZO
MICHELE BRESCIA
SANTO CALABRESE
ANTIOCO COCCO
VINCENZO VENTO
PIETRO BUSETTA
SALVATORE SQUILLACE

1985
PIETRO PATTI
GIUSEPPE MANGANO
GIOACCHINO TAGLIALATELA
SERGIO COSMAI
GIOVANNI CARBONE
BARBARA RIZZO ASTA
GIUSEPPE ASTA
SALVATORE ASTA
BEPPE MONTANA
ANTONINO CASSARÀ
ROBERTO ANTIOCHIA
GIUSEPPE SPADA
GIANCARLO SIANI
BIAGIO SICILIANO
GIUDITTA MILELLA
CARMINE TRIPODI
GRAZIELLA CAMPAGNA
MORELLO ALCAMO
GIUSEPPE MACHEDA
ROBERTO PARISI

1986
PAOLO BOTTONE
GIUSEPPE PILLARI
FILIPPO GEBBIA
ANTONIO MORREALE
FRANCESCO ALFANO
ANTONIO PIANESE
VITTORIO ESPOSITO
SALVATORE BENIGNO
CLAUDIO DOMINO
FILIPPO SALSONE
ANTONIO SABIA
GIOVANNI GIORDANO
NUNZIATA SPINA

1987
GIUSEPPE RECHICHI
ROSARIO IOZIA
GIUSEPPE CUTRONEO
ROSARIO MONTALTO
SEBASTIANO MORABITO
ANTONIO CIVININI
CARMELO IANNÒ
CARMELO GANCI
LUCIANO PIGNATELLI
GIOVANNI DI BENEDETTO
COSIMO ALEO

1988
GIUSEPPE INSALACO
GIUSEPPE MONTALBANO
NATALE MONDO
DONATO BOSCIA
ALBERTO GIACOMELLI
ANTONINO SAETTA
STEFANO SAETTA
MAURO ROSTAGNO
LUIGI RANIERI
CARMELO ZACCARELLO
GIROLAMO MARINO
ANIELLO CORDASCO
GIULIO CAPILLI
PIETRO RAGNO

1989
FRANCESCO CRISOPULLI
GIUSEPPE CARUSO
FRANCESCO PEPI
MARCELLA TASSONE
NICOLA D’ANTRASSI
VINCENZO GRASSO
PAOLO VINCI
SALVATORE INCARDONA
ANTONINO AGOSTINO
IDA CASTELLUCCI
GRAZIA SCIME’
DOMENICO CALVIELLO
GIUSEPPE SALVIA
ANNA MARIA CAMBRIA
CARMELA PANNONE
PIETRO GIRO
DONATO CAPPETTA
CALOGERO LORIA

1990
NICOLA GIOITTA IACHINO
EMANUELE PIAZZA
GIUSEPPE TRAGNA
MASSIMO RIZZI
GIOVANNI BONSIGNORE
ANTONIO MARINO
ROSARIO LIVATINO
ALESSANDRO ROVETTA
FRANCESCO VECCHIO
ANDREA BONFORTE
GIOVANNI TRECROCI
SAVERIO PURITA
ANGELO CARBOTTI
DOMENICO CATALANO
MARIA MARCELLA
VINCENZO MICELI
ELISABETTA GAGLIARDI
GIUSEPPE ORLANDO
MICHELE ARCANGELO TRIPODI
PIETRO CARUSO
NUNZIO PANDOLFI
ARTURO CAPUTO
ROBERTO TICLI
MARIO GRECO
ROSARIO SCIACCA
GIUSEPPE MARNALO
FRANCESCO OLIVIERO
COSIMO DURANTE
ANGELO RAFFAELE LONGO
CATALDO D’IPPOLITO

1991
VALENTINA GUARINO
ANGELICA PIRTOLI
GIUSEPPE SCEUSA
SALVATORE SCEUSA
VINCENZO LEONARDI
ANTONIO CARLO CORDOPATRI
ANGELO RICCARDO
ANDREA SAVOCA
DOMENICO RANDÒ
SANDRA STRANIERI
ANTONINO SCOPELLITI
LIBERO GRASSI
FABIO DE PANDI
GIUSEPPE ALIOTTO
ANTONIO RAMPINO
SILVANA FOGLIETTA
SALVATORE D’ADDARIO
RENATO LIO
GIUSEPPE LEONE
FRANCESCO TRAMONTE
PASQUALE CRISTIANO
STEFANO SIRAGUSA
ALBERTO VARONE
FELICE DARA
VINCENZO SALVATORI
SERAFINO OGLIASTRO
VITO PROVENZANO
GIUSEPPE GRIMALDI
SALVATORE TIENI
NICOLA GUERRIERO

1992
SALVATORE AVERSA
LUCIA PRECENZANO
PAOLO BORSELLINO
ANTONIO RUSSO
ANTONIO SPARTÀ
SALVATORE SPARTÀ
VINCENZO SPARTÀ
FORTUNATO ARENA
CLAUDIO PEZZUTO
SALVATORE MINEO
ALFREDO AGOSTA
GIULIANO GUAZZELLI
GIOVANNI FALCONE
FRANCESCA MORVILLO
ROCCO DI CILLO
ANTONINO MONTINARO
VITO SCHIFANI
AGOSTINO CATALANO
WALTER EDDIE COSINA
EMANUELA LOI
VINCENZO LI MULI
CLAUDIO TRAÌNA
RITA ÀTRIA
PAOLO FICALÒRA
PASQUALE DI LORENZO
GIOVANNI PANUNZIO
GAETANO GIORDANO
GIUSEPPE BORSELLINO
SAVERIO CIRRINCIONE
ANTONIO TAMBORINO
MAURO MANIGLIO
RAFFAELE VITIELLO
EMANUELE SAÙNA
ANTONINO SIRAGUSA
LUCIO STIFANI

1993
BEPPE ALFANO
ADOLFO CARTISANO
PASQUALE CAMPANELLO
NICOLA REMONDINO
DOMENICO NICOLÒ PANDOLFO
MAURIZIO ESTATE
FABRIZIO NENCIONI
ANGELA FIUME
NADIA NENCIONI
CATERINA NENCIONI
DARIO CAPOLICCHIO
CARLO LA CATENA
STEFANO PICERNO
SERGIO PASOTTO
ALESSANDRO FERRARI
MOUSSAFIR DRISS
DON GIUSEPPE PUGLISI
RAFFAELE DI MERCURIO
ANDREA CASTELLI
ANGELO CARLISI
RICCARDO VOLPE
ANTONINO VASSALLO
FRANCESCO NAZZARO
LORIS GIAZZON

1994
VINCENZO GAROFALO
ANTONINO FAVA
DON GIUSEPPE DIANA
ILARIA ALPI
MIRAN HROVATIN
ENRICO INCOGNITO
LUIGI BODENZA
IGNAZIO PANEPINTO
MARIA TERESA PUGLIESE
GIOVANNI SIMONETTI
SALVATORE BENNICI
CALOGERO PANEPINTO
FRANCESCO MANISCALCO
NICHOLAS GREEN
MELCHIORRE GALLO
GIUSEPPE RUSSO
COSIMO FABIO MAZZOLA
GIROLAMO PALAZZOLO
LEONARDO CANCIARI
LlLIANA CARUSO
AGATA ZUCCHERO
LEONARDO SANTORO

1995
FRANCESCO BRUGNANO
GIUSEPPE DI MATTEO
FRANCESCO MARCONE
SERAFINO FAMÀ
GIOACCHINO COSTANZO
PETER IWULE ONJEDEKE
FORTUNATO CORREALE
ANTONINO BUSCEMI
GIUSEPPE MONTALTO
GIUSEPPE CILIA
GIUSEPPE GIAMMONE
GIOVANNI CARBONE
CLAUDIO MANCO
FRANCESCO TAMMONE
ANTONIO BRANDI
ANTONIO MONTALTO
ANTONINO MONTELEONE

1996
GIUSEPPE PUGLISI
ANNA MARIA TORNO
GIOVANNI ATTARDO
DAVIDE SANNINO
SANTA PUGLISI
SALVATORE BOTTA
SALVATORE FRAZZETTO
GIACOMO FRAZZETTO
MARIA ANTONIETTA SAVONA
RICCARDO SALERNO
GIOACCHINO BISCEGLIA
ROSARIO MINISTERI
CALOGERO TRAMÙTA
PASQUALE SALVATORE MAGRI’

1997
GIUSEPPE LA FRANCA
CIRO ZIRPOLI
GIULIO CASTELLINO
AGATA AZZOLINA
RAFFAELLA LUPOLI
SILVIA RUOTOLO
ANGELO BRUNO
LUIGI CANGIANO
FRANCESCO MARZANO
ANDREA DI MARCO
AGATINO DIOLOSA’
VINCENZO ARATO

1998
INCORONATA SOLLAZZO
MARIA INCORONATA RAMELLA
ERILDA ZTAUSCI
ENRICO CHIARENZA
SALVATORE DI FALCO
ROSARIO FLAMINIO
ALBERTO VALLEFUOCO
GIUSEPPINA GUERRIERO
LUIGI IOCULANO
DOMENICO GERACI
ANTONIO CONDELLO
MARIANGELA ANZALONE
GIUSEPPE MESSINA
GRAZIANO MUNTONI
GIOVANNI GARGIULO
GIOVANNI VOLPE
GIUSEPPE RADICIA
ORAZIO SCIASCIO
GIUSEPPE IACONA
DAVIDE LADINI
SAVERIO IERACI
ANTONIO FERRARA

1999
SALVATORE OTTONE
EMANUELE NOBILE
ROSARIO SALERNO
STEFANO POMPEO
FILIPPO BASILE
HISO TELARAY
MATTEO DI CANDIA
VINCENZO VACCARO NOTTE
LUIGI PULLI
RAFFAELE ARNESANO
RODOLFO PATERA
ENNIO PETROSINO
ROSA ZAZA
ANNA PACE
SANDRO SCARPATO
MARCO DE FRANCHIS

2000
ANTONIO LIPPIELLO
SALVATORE VACCARO NOTTE
ANTONIO SOTTILE
ALBERTO DE FALCO
FERDINANDO CHIAROTTI
FRANCESCO SCERBO
GIUSEPPE GRANDOLFO
DOMENICO STANISCI
DOMENICO GULLACI
MARIA COLANGIULI
HAMDI LALA
GAETANO DE ROSA
SAVERIO CATALDO
DANIELE ZOCCOLA
SALVATORE ROSA
GIUSEPPE FALANGA
LUIGI SEQUINO
PAOLO CASTALDI
GIUSEPPE MANFREDA
GIANFRANCO MADIA
VALENTINA TERRACCIANO
RAFFAELE IORIO
FERDINANDO LIQUORI

2001
GIUSEPPE ZIZOLFI
TINA MOTOC
MICHELE FAZIO
CARMELO BENVEGNA
STEFANO CIARAMELLA

2002
FEDERICO DEL PRETE
TORQUATO CIRIACO
MAURIZIO D’ELIA

2003
DOMENICO PACILIO
GAETANO MARCHITELLI
CLAUDIO TAGLIATATELA
PAOLINO AVELLA
MICHELE AMICO

2004
BONIFACIO TILOCCA
ANNALISA DURANTE
STEFANO BIONDI
PAOLO RODA’
GELSOMINA VERDE
DARIO SCHERILLO
MATILDE SORRENTINO
FRANCESCO ESTATICO
FABIO NUNNERI
MASSIMO CARBONE
TONINO MAIORANO

2005
FRANCESCO ROSSI
ATTILIO ROMANO’
GIANLUCA CONGIUSTA
FORTUNATO LAROSA
FRANCESCO FORTUGNO

2006
FEDELE SCARCELLA

… et toutes les autres victimes dont le nom n’est pas connu