Hommage à Boris Giuliano

Policier moderne, d’une redoutable efficacité, Boris Giuliano avait la pugnacité nécessaire pour remonter le moral de ses troupes. Sous son commandement, la brigade mobile de Palerme devint la cellule antigang la plus efficace de toute la péninsule. Il dirigea ses enquêtes avec des méthodes innovantes et édifia une véritable collaboration avec le Bureau fédéral d’investigation américain, le  célèbre F.B.I. Ce qui était une première.

Commissaire Boris Giuliano
Commissaire Boris Giuliano

Pour les observateurs, il est admirable que Giuliano ait eu un passé aussi glorieux avec les moyens artisanaux de l’époque. Tous les spécialistes s’accordent à dire qu’il fallait une grande intelligence et une farouche volonté pour arriver à accumuler des preuves factuelles susceptibles d’être reconnues devant un tribunal. On ne parlait pas encore des progrès de la génétique et encore moins des découvertes sur l’ADN. Les micros, les caméras et appareils photos ultra-performants ayant la taille d’une tête d’épingle à cheveux pouvant être dissimulés à peu près n’importe où n’existaient pas à cette époque. Les écoutes téléphoniques étaient rarissimes et demandaient une infrastructure imposante. La seule force des enquêteurs résidait dans un savoureux mélange d’intuition, de perspicacité et de rationalisme cartésien. Un agent devait se fondre dans l’environnement qu’il explorait même si cette immersion dans le milieu criminel sicilien présentait un danger mortel plus que partout ailleurs. Car la Mafia, sûre de son pouvoir et de son impunité, assassinait aussi bien des juges que des hommes politiques. Ce n’était pas un modeste fonctionnaire de l’État, encore moins un sbire*, qui allait retenir leurs ardeurs meurtrières. Les enquêteurs de la brigade mobile passaient des jours et des nuits entières planqués derrière les rideaux d’une fenêtre à observer et à noter tous les faits et gestes des malfrats sous surveillance. Les filatures étaient d’autant plus  difficiles que beaucoup de mafiosi vivaient en totale autarcie dans leur quartier, rendant le travail des policiers plus complexe puisque chaque nouveau visage était rapidement repéré.

*Sbire : terme péjoratif utilisé par les mafiosi pour décrire un policier.

Extrait du livre – Les hommes de l’antimafia –

Hommage à Paolo Borsellino

Paolo Borsellino est également une figure emblématique de la lutte antimafia. Il faisait partie de ces juges charismatique et extrêmement compétent qui fit de sa vie un combat contre Cosa nostra.
Paolo Borsellino est également une figure emblématique de la lutte antimafia. Il faisait partie de ces juges charismatique et extrêmement compétent qui fit de sa vie un combat contre Cosa nostra.

Le 19 juillet 1992, moins de deux mois après son collègue et ami Giovanni Falcone, le juge antimafia Paolo Borsellino ainsi que 5 membres de son escorte étaient assassinés dans un attentat à la bombe d’une extrême violence en plein Palerme.

Le mystère sur les commanditaires de cet attentat est en train de s’éclaircir, mais assombrit encore un peu plus la triste histoire de la collusion existant entre la mafia et certains hommes politiques italiens. Les ordres venaient d’en haut. De bien trop haut…

Une des dernières enquêtes du juge Borsellino devait porter sur les rapports entre mafia, politique et franc-maçonnerie. Les personnes qu’il suspectait étaient des politiciens, des juges, et des parrains impliqués dans des affaires de corruption. Le magistrat sicilien n’aura pas le temps de mener son enquête à terme.

Via D'Amelio, lieu de l'attentat, à Palerme
Via D’Amelio, lieu de l’attentat, à Palerme

L’attentat

Nous sommes le dimanche 19 juillet 1992, en début d’après-midi. La mère de Paolo Borsellino habite à la via d’Amelio 21. Il vient souvent lui rendre visite, mais comme un juge en danger, il ne prévient jamais à l’avance. À quelques pas de là, personne n’a vu l’homme qui se tient silencieusement et discrètement dans un immeuble en construction. Ce dernier a garé une Fiat 126 à côté du portail d’entrée de la via d’Amelio. Elle contient une charge explosive de 50 kg. En embuscade, il tient une télécommande dans la main.

Le juge Borsellino arrive avec son escorte. La voiture de tête conduite par l’agent Antonio Vullo se parque en épi, prêt à redémarrer à tout moment. Le magistrat sort du véhicule entouré de ses 5 gardes du corps Emanuela Loi, Walter Cosina, Claudio Traina, Vincenzo Li Muli et Agostino Catalano. Paolo Borsellino se dirige vers l’entrée de l’immeuble, une cigarette à la bouche. Alors qu’il passe à la hauteur de la Fiat 127, le tueur embusqué appuie sur la télécommande.

C’est un carnage. Paolo Borsellino et les 5 membres de sont escortes sont déchiquetés et tués sur le coup. 113 logements sont détruits.

Source : « Les Hommes de l’Antimafia« , Christian Lovis

L'escorte de Paolo Borsellino
L’escorte de Paolo Borsellino
Agent Walter Cosina
Agent Walter Cosina

Un acte d’amour pour l’Eglise et l’Italie

Après les déclarations fracassantes du pape François s’insurgeant contre la mafia comme jamais aucun souverain pontife n’avait osé auparavant, Mgr Francesco Milito, évêque d’Oppido-Palmi signe un acte d’amour pour son Église, mais aussi pour toute l’Italie !

L’insurrection des consciences instaurée par les héros de l’Antimafia se poursuit…

Mgr Francesco Milito
Mgr Francesco Milito
Pape Francois
Pape Francois

Lutte antimafia: un évêque suspend les processions religieuses

Un évêque italien de Calabre a suspendu jeudi toutes les processions religieuses dans son diocèse après que l’une d’entre elles s’est arrêtée au début du mois devant le domicile d’un « parrain » assigné à résidence. La mafia est très puissante dans cette région du sud de l’Italie.

Les processions catholiques très appréciées en Italie – au cours desquelles sont généralement transportées des statues de la vierge Marie – ont lieu généralement au cours des mois d’été à travers des villages et des villes de tout le pays.

« C’est une mesure de précaution, une invitation à la réflexion et au silence dont nous avons besoin maintenant », a déclaré Mgr Francesco Milito, évêque d’Oppido-Palmi, dans un communiqué à l’adresse du clergé local. Il ajoute: « C’est un acte d’amour pour notre Eglise ».

Cette décision inhabituelle survient après qu’une procession religieuse a observé un arrêt le 2 juillet dernier à Oppido Mamertina devant le domicile du parrain de la mafia Giuseppe Mazzagatti (82 ans), condamné à la détention à perpétuité, mais assigné à résidence pour des raisons de santé, pour lui rendre hommage.

Défiance au pape

La tradition de rendre de tels hommages à des chefs de la mafia locale, qui aident souvent à financer les processions, est très vivace dans le sud de l’Italie et fait souvent l’objet de critiques de la part des autorités religieuses.

Cet hommage constituait aussi un acte de défiance à l’égard du pape François, qui au cours d’une visite en Calabre en juin avait lancé une attaque féroce contre la ‘Ndrangheta, la puissante mafia locale, pour son « mépris du bien commun ». Il avait appelé la population à la « combattre », et excommunié ses membres de l’Eglise catholique.

La ‘Ndrangheta joue un rôle prépondérant dans le trafic de cocaïne et la Calabre est une zone de transit pour les bateaux qui transportent de la drogue de l’Amérique latine vers l’Europe.

(ats / 11.07.2014 09h06)  

Pio La Torre, un politicien antimafia

Le 23 avril 1982, Pio La Torre et abattu par un commando de la mafia qui assassine également son chauffeur et confident Rosario Di Salvo.

Rosario di Salvo
Rosario di Salvo

Pio La Torre était alors le secrétaire général du parti communiste italien. Combattant politique depuis son plus jeune âge, il avait d’abord lutté dans sa jeunesse pour les droits des paysans. Courageux, il avait dirigé la chambre du travail de Corleone juste après le meurtre du syndicaliste Rizzotto. C’est d’ailleurs dans le fief de la famille de Cosa Nostra ultra-violente ; « Les Corleonais », que La Torre rencontra le Général Dalla Chiesa. Ce dernier – alors capitaine au poste des carabiniers de Corleone – avait réussi à inculper le terrible Luciano Liggio pour l’homicide de Rizzotto.

Mais Pio La Torre a été assassiné par la mafia car il était l’instigateur d’une loi efficace qui créait un nouveau type de crime dans le système judiciaire italien – conspiration mafieuse et association mafieuse avec la possibilité pour les tribunaux de saisir et confisquer le patrimoine des personnes appartenant à un réseau mafieux.

Pio La Torre
Pio La Torre