Le pacte entre Silvio Berlusconi et Cosa Nostra est prouvé

Silvio Berlusconi, ex-président du Conseil et homme le plus puissant d’Italie, a travaillé en lien étroit avec la mafia. C’est ce qu’a conclu le 10 mai la Cour de Cassation de Rome lors du procès d’un autre homme, le sénateur Marcello dell’Utri, condamné à sept ans de réclusion pour association mafieuse.

Ami proche de Berlusconi, cofondateur de Forza Italia, Marcello dell’Utri a servi de médiateur dès 1974, et pendant au moins vingt ans, entre l’ex-président du Conseil et la Cosa Nostra.

La cour d’appel cite une rencontre organisée en mai 1974 à Milan par M. Dell’Utri avec Silvio Berlusconi et plusieurs chefs mafieux, qui a « signé le début de ce pacte qui liera Berlusconi, Dell’Utri et Cosa Nostra jusqu’à 1992 ».

Silvio Berlusconi condamné pour avoir pactisé avec la Mafia

En vertu de cet accord, « l’entrepreneur milanais », autrement dit M. Berlusconi, « a abandonné toute idée de se faire protéger par les institutions, et s’est placé sous le parapluie de la protection mafieuse (…) sans jamais se soustraire à l’obligation de verser d’importantes sommes à la mafia ».

Silvio Berlusconi a toujours nié avoir eu des liens avec la mafia. Mais depuis longtemps, sa success story dans l’immobilier et les médias, initiée dans les années 70, était suspectée d’avoir été financée par des sources opaques.

LE PALEFRENIER DE LA VILLA DES ARCORE

Silvio Berlusconi a dû ainsi embaucher un palefrenier à Arcore, sa villa près de Milan, « non tant pour sa célèbre passion pour les chevaux » que  » pour garantir une présence mafieuse dans la villa« , ironise la cour. Outre le versement d’argent à Cosa Nostra à travers M. Dell’Utri, le pacte a permis que « l’association mafieuse se renforce et consolide son propre pouvoir », poursuit la cour.

Au cours du procès en appel de M. Dell’Utri en septembre 2012, Silvio Berlusconi avait été entendu comme témoin pendant trois heures sur la possibilité que la mafia lui ait extorqué, par l’entremise de l’accusé, quelque 40 millions d’euros pour lui accorder sa protection. M. Berlusconi avait réfuté cette thèse, affirmant avoir simplement voulu « aider un ami ».

Dans le premier procès contre M. Dell’Utri, en décembre 2009, un repenti de la mafia sicilienne, Gasparre Spatuzza, l’avait aussi accusé d’avoir été « l’intermédiaire et homme providentiel » pour préparer l’arrivée sur la scène politique de forces bien disposées à l’égard de Cosa Nostra. M. dell’Utri a été le cofondateur en 1993 avec M. Berlusconi de son premier parti, Forza Italia. Il a dirigé pendant plus de trente ans la régie publicitaire Publitalia, du groupe Fininvest, appartenant à M. Berlusconi.

Source et texte : LeMonde.fr par AFP / mai 2014