Haute tension à Palerme !

En janvier dernier, on apprenait que les magistrats de Palerme était sous haute tension (voir l’article : « les magistrats sous haute tension ».

« J’aimerais le découper comme un thon » avait chuchoté Toto Riina à un autre prisonnier en parlant du procureur de Palerme. Aujourd’hui, les mesures de protection ont à nouveau été renforcées pour les magistrats engagés dans les enquêtes contre la mafia.  

Escorte des magistrats de Palerme
Escorte des magistrats de Palerme

Le procureur général Nino Di Matteo et la procureure adjoint Teresa Principato en danger de mort

Ces derniers jours de mai, une source considérée comme fiable a dévoilé aux enquêteurs de la DIA (Département des investigations antimafia) qu’une taupe se terrait au sein du palais de justice et tenait à jour tous les mouvements des procureurs et enquêteurs de Palerme. S’agit-il d’un greffier, d’un nettoyeur ? Nul ne sait encore qui est cet espion, mais l’ombre de Matteo Messina Denaro, le chef de la mafia sicilienne en cavale depuis 20 ans plane comme un spectre menaçant à Palerme.

À n’en pas douter, Matteo Messina Denaro est de plus en plus irrité par les dernières enquêtes dirigées par la procureure adjointe, Teresa Principato, la cheffe du pool antimafia. La magistrate applique la tactique de la terre brûlée autour du parrain de Cosa Nostra qui se retrouve de plus en plus isolé, acculé.

La source de la DIA a mis en garde : « Messina Denaro a décidé de frapper le procureur adjoint Teresa Principato ! ». Les indications de l’informateur sont si précises, qu’il a ajouté que : « l’attaque pourrait avoir lieu entre mai et octobre 2014 et les tueurs pourraient profiter des travaux qui ont lieu autour du palais ».

Nino Di Matteo
Nino Di Matteo
Teresa Principato
Teresa Principato

Donc en ce mois de mai 2014, les contrôles se sont resserrés autour du palais de justice. La police a également renforcé les chemins pris par l’escorte. Cette tension élevée dans la capitale sicilienne rappelle les années les plus sombres qui avaient vu des héros de l’antimafia disparaître dans des attentats meurtriers à la voiture piégée.

Les préoccupations sont vives aussi pour les substituts Paolo Guido et Carlo Marzella qui ont ces dernières semaines porté un nouveau coup dur contre les intérêts du Capo dei Capi (parrain des parrains). Parmi la cible des procureurs se trouvent la sœur et le neveu du fugitif accusés d’être des personnes incontournables dans son système de communication.

Qui est la taupe ?
Sur quel complice peut compter Messina Denaro ?
C’est le mystère ultime de Palerme…

© C. Lovis, mai 2014

Hommage à Giovanni Falcone

« Le courageux meurt une seule fois ; le lâche, plusieurs fois par jour. »

Giovanni Falcone 

Voiture du juge Giovanni Falcone après l'explosion  de Capaci
Voiture du juge Giovanni Falcone après l’explosion de Capaci

Par une belle journée ensoleillée, le samedi 23 mai 1992 à 16 h 40, l’avion des services secrets italien quitta discrètement l’aéroport romain de Ciampino avec à son bord, Giovanni Falcone et sa femme Francesca Morvillo. À 17 h 48, le jet atterrit à Palerme et se plaça en bout de piste où trois Fiat blindées les attendaient. L’escorte composée de policiers aguerris à ce genre de mission était dirigée par Arnaldo La Barbera, garde du corps de Falcone depuis plusieurs années. Deux minutes plus tard, le cortège transportant le directeur général des affaires pénales du Ministère s’engagea sur l’autoroute en direction de Palerme. Tout semblait tranquille, mais les apparences étaient trompeuses. Ce voyage pourtant tenu secret ne l’était pas pour Cosa Nostra. Sitôt leur départ, quelqu’un informa que dans les huit minutes, la Fiat blanche passerait à la hauteur de la petite ville de Capaci. Des centaines de kilos de tolite, une puissance sans précédent, avaient été placés sous la voie rapide reliant l’aéroport de Punta Raisi à Palerme. L’explosif avait été dissimulé à l’intérieur d’une canalisation d’écoulement des eaux, par des mafiosi déguisés en employés de la voirie à qui personne n’avait prêté attention. […]

Extrait du livre : Les hommes de l’antimafia

Giovanni Falcone avec son escorte
Giovanni Falcone avec son escorte

La mafia sicilienne traverse une période difficile

Giovanni Di Giacomo le chef d’une famille historique de Cosa Nostra, celle de Porta Nuova, à Palerme, a été secrètement enregistrée en prison où il purge une peine de prison à vie sous étroite surveillance.

Dans les enregistrements, on entend le boss se plaindre que ses «hommes d’honneur » ne gagnaient qu’une misère de 5000 à 7000 euros par mois ! (Ndlr. Le revenu mensuel net par habitant en Italie est de 1’333 euros!) Il a encore déclaré que la situation forçait de nombreux mafiosi à chercher un travail susceptible de leur fournir un revenu stable et sécurisé.

La crise économique a provoqué la fermeture de nombreux hôtels, magasins et restaurants, laissant la mafia sans rançon. Le Pizzo (racket mafieux) est en effet l’une des principales sources de revenus des clans.

Depuis plusieurs mois, la police italienne intensifie la lutte contre la mafia. De nombreux membres de Cosa Nostra sont derrière les barreaux et le soutien financier qui permet aux familles de prisonniers de vivre sereinement baisse constamment. Cet appui financier est pourtant une des valeurs fondamentales de la mafia puisqu’en s’occupant d’assurer une vie décente aux proches, elle évite ainsi que le mafioso brise la sacro-sainte omerta.

«Depuis toujours, les boss de Cosa Nostra sont obsédés à garantir un soutien pour les familles de leurs hommes derrière les barreaux. C’est le seul moyen d’affirmer leur leadership et de maintenir la cohésion de l’organisation» déclare un capitaine des carabiniers.

C. Lovis © mai 2014

Marché à Palerme
Marché à Palerme
No Mafia au dessus de Capaci
No Mafia au dessus de Capaci

La mafia Turque

Les clans turcs

La Turquie a longtemps été l’une des premières places au monde de la culture du pavot. Grâce au commerce de l’héroïne et de l’opium, les clans turcs ont assis leur autorité et se sont enrichis de façon constante. Les profits colossaux engendrés par le trafic de stupéfiants ont permis à ces clans à pénétrer les classes dirigeantes du pays tout en influant favorablement sur le processus d’industrialisation du pays. Les laboratoires et la logistique de ces clans se situent principalement à Ankara, Istanbul et même en Grèce, en Bulgarie et dans les Balkans.

La force des clans turcs

Le savoir-faire, leur réputation et les liens avec les familles italiennes, aussi bien en Italie qu’aux États-Unis ont renforcé l’influence des familles turques sur la scène internationale. Les Turcs ont pris le contrôle du commerce de l’héroïne depuis la zone de production (Afghanistan et dans le Triangle d’or) jusqu’aux zones de consommation en Europe occidentale.

Avec les Loups gris – un mouvement politique d’extrême droite – les familles du crime organisé turques sont souvent impliquées dans des meurtres et des délits commis hors de leur pays.

On estime qu’il y a plus de 40 clans importants en Turquie qui engendrent un chiffre annuel d’environ 60 milliards de dollars (la moitié du budget de l’Etat). Le pouvoir des gangs de la mafia turque s’étendent dans les hautes sphères de l’économie, la politique et la justice en Turquie. Ces dernières années, plusieurs scandales de matchs de football truqués ont mis en lumière cette économie souterraine. 

Turquie

Aux premiers jours de la route des Balkans, le trafic était surtout assuré par les Yougoslaves, utilisés comme éclaireurs afin d’assurer la sécurité du transport de la drogue, à l’origine à travers la Serbie. Au cours des années 1970 à 1980, les marchés en Allemagne et en Suisse étaient aux mains des clans turcs et libanais.

La guerre comme opportunité criminelle

La guerre en Yougoslavie, suite à la mort de Tito, fut une époque florissante pour les clans criminels qui se multiplièrent et élargirent leurs secteurs d’activité. Dans les années 1990, des groupes criminels organisés croates, bosniaques et serbes virent le jour.

Trafic d’armes

Le commerce des armes se développa au début des années 1990, notamment en Bosnie et en Croatie. Les clans italiens jouèrent un rôle important, mais les premiers acteurs de ce trafic furent les Albanais. En effet, lors de l’insurrection de 1997, presque tous les stocks d’armes militaires furent volés et envoyés au Kosovo, en Bosnie et en Serbie. Des armes lourdes, dont 10 missiles sol-air volés dans une base militaire furent retrouvés dans une grotte en Albanie. Les enquêteurs établirent que le commerce illégal d’armes était aussi un moyen de survivre pour des entreprises d’État du Monténégro, de Bosnie et de Serbie.

Trafic d'arme