La route des Balkans

La route des Balkans empruntée pour le trafic de drogue fut inaugurée dans les années 1970, alors que le nombre de camions traversant ce qui était la Yougoslavie ne cessait de croître. En 1984, l’accueil des Jeux olympiques à Sarajevo participa à ouvrir la Yougoslavie aux forces extérieures, alors que le pays servait de cadre à un trafic grandissant d’hommes et de marchandises. LA route des Balkans modifia l’équilibre des forces au sein du commerce de l’opium et de l’héroïne en Europe occidentale, contrôlés à l’époque par les réseaux mafieux corses, via Marseille. Trois routes furent utilisées par les clans turcs du crime organisé, associés aux groupes bulgares et yougoslaves. La route du nord passait par la mer Noire, vers la Bulgarie, puis la Roumanie ; la route du centre traversait la Bulgarie et la Serbie, vers la Hongrie ; la route du sud traversait la Grèce, la Macédoine et la Serbie, en passant par la ville de Nis, avant de rejoindre la route centrale, vers la Hongrie.

Route des Balkans
Route des Balkans

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Roberto Saviano : écrivain antimafia

Comment gère-t-il sa vie blindée ?

« Je suis en permanence escorté par cinq carabiniers, parfois sept lorsque je voyage. La plupart du temps, je vis dans une caserne. Récemment, j’ai passé plusieurs mois à enseigner, sous un faux nom, à la New York University. Toujours sous protection, mais avec une pression moins grande : il y avait moins d’armes autour de moi, et le FBI était très discret…

Roberto Saviano

Ces contraintes ne m’empêchent pas d’enquêter. Comme je vis avec les carabiniers, j’ai accès à plus de sources qu’avant. Je reçois aussi énormément de documents de l’extérieur : des mafieux en guerre contre d’autres mafieux qui m’envoient des infos sur le clan adverse, ou des repentis en mal de célébrité qui veulent écrire des livres avec moi. J’arrive à rencontrer des gens en face à face. Ce qui me manque le plus, ce sont les entre-deux, la possibilité de flâner. Je passe mon temps à aller d’un point A à un point B. On me prend, et on m’amène quelque part. Le soir, j’ai des horaires très stricts et j’évite de sortir après 22 heures pour ne pas faire travailler mon escorte trop d’heures d’affilée.

Au début, je vivais tout cela très mal. Aujourd’hui, je me suis un peu habitué. C’est comme être assigné à résidence. Seuls les gens qui vivent en prison et les malades peuvent comprendre ma situation. Et je me sens privilégié par rapport à eux : certes, je vis comme eux, mais je ne suis ni malade ni en prison. J’ai la chance d’avoir de belles relations professionnelles ; en revanche, je n’ai quasiment pas d’amis. Quant à ma famille, je la vois très peu. Mon frère a dû changer de nom et d’identité, et il vit aujourd’hui dans le nord de l’Italie. »

Que pense-t-il de la machine à salir orchestrée par la Mafia ?

Dans Le combat continue, je consacre un chapitre à ce que j’appelle la « machine à salir ». Ce redoutable outil de démolition s’attaque aux hommes non pas à travers leurs idées, mais par le biais de leur vie privée. Dans ce sens, la Mafia m’a beaucoup appris, notamment le fait que, pour elle, personne ne peut être tué tant qu’il préserve son intégrité morale. Avant d’abattre un adversaire, il faut commencer par le salir par un flot de rumeurs.

J’ai voulu rendre hommage au juge Falcone, traîné dans la boue le matin même de l’attentat qui l’a tué, le 23 mai 1992. Il a fallu qu’il soit assassiné pour que les critiques cessent. Je ne considère pas seulement Falcone comme un juge courageux, mais comme un maître et un modèle intellectuel. La Mafia l’a assassiné parce qu’elle voulait neutraliser son intelligence. Ce mécanisme de salissure et de diffamation fonctionne partout. Prenons l’exemple du directeur d’un journal catholique qui critique Berlusconi. Le lendemain, les journaux amis de Berlusconi contre-attaquent en expliquant que ce monsieur est un homosexuel notoire. Cette machine à broyer les individus existe dans toutes les dictatures et dans certaines démocraties.

Qui est Roberto Saviano ?

Publié en 2006, Gomorra fut son tremplin pour la gloire et sa malédiction. Depuis le succès planétaire de cet ouvrage choc, dénonçant les mécanismes de la mafia napolitaine (la Camorra), Roberto Saviano vit sous escorte. Menacé de mort pour avoir brisé la loi du silence, mais aussi interpellé les parrains de son village natal lors d’un discours public, le jeune homme de 32 ans mène aujourd’hui une existence paradoxale : à la fois recluse et surexposée. En Italie, il est devenu un leader d’opinion, en même temps qu’un symbole. Celui de la résistance à la criminalité organisée, aux dérives du système Berlusconi.

Source et article complet : Interview Telerama