La French Connection

C’est le nom donné à la filière française de passage et de transformation de la morphine-base en héroïne, intermédiaire entre les mafias italiennes et leurs homologues américaines.

Trois facteurs importants ont permis à cette filière d’exister et de croître :

  • un port qui est un carrefour maritime important (Marseille)
  • une histoire et un milieu criminel
  • le milieu corse

Au fil du temps, les enquêteurs se sont aperçus que le milieu corse était si impliqué dans cette activité qu’ils parlaient aussi de « Corsican Connection ».

Traditionnellement, les chimistes du milieu marseillais (Jo Cesari ou Henri Malvezzi) avaient la réputation de produire une héroïne de pureté idéale (98%). La drogue était aussitôt exportée vers les États-Unis.

La mafia sicilienne (Cosa Nostra) faisait transiter sa marchandise pour transformation par Marseille. Mais ils opéraient uniquement par l’intermédiaire des Corses implantés dans la ville phocéenne. Précisons que le milieu corse n’a jamais été considéré comme une mafia parce qu’il n’a jamais atteint le niveau de sophistication d’une mafia. Le milieu corse s’apparente plutôt à du « Grand banditisme » puisqu’il s’agit d’un rassemblement plus éphémère d’hommes habituellement proxénètes, braqueurs et racketteurs.

La French Connection a existé de 1930 à 1972, mais c’est dans les années 70 que les années furent les plus prospères.

En février 1972, le chalutier « Caprice du temps » est arraisonné au large de Marseille par les douaniers qui découvrent 425 kg d’héroïne à son bord. Cette saisie faisait suite à l’injonction de l’administration américaine qui accusait la France de ne pas lutter suffisamment contre le trafic de drogue qui inondait les USA. En quelques mois et sous l’impulsion du Juge français Pierre Michel (1947- assassiné le 21 octobre 1981), six laboratoires clandestins sont démantelés à Marseille et dans ses environs. De nombreux trafiquants sont incarcérés. Notons qu’en 1970, seules 57 arrestations de trafiquant avaient eu lieu en France contre 3016 en 1972.

Cette lutte marqua la fin de la « French Connection » remplacée par la

« Pizza Connection »

Le juge marseillais Pierre MICHEL
Le juge marseillais Pierre MICHEL
Assassinat du juge Pierre Michel, 21 octobre 1981 (Serge Assier)
Assassinat du juge Pierre Michel, 21 octobre 1981 (Serge Assier)

© C. Lovis –  février 2014

Carla Del Ponte et Giovanni Falcone échappent à un attentat

Un juge en ItalieQuand elle sourit, Carla Del Ponte est une séduisante jeune femme d’une trentaine d’années. Mais dans son bureau du juge d’instruction de Lugano, son regard vert devient sévère, inquisiteur, impitoyable. Un personnage strict, méticuleux, méfiant, opiniâtre. Carla Del Ponte est venue à Palerme pour retrouver Falcone et interroger en sa présence un mafioso, arrêté en Sicile mais sous le coup d’un mandat d’arrêt émanant des autorités hélvètiques, pour des transports illégaux de capitaux.

Falcone et Del Ponte se connaissaient bien pour avoir souvent collaboré sur des enquêtes de recyclages d’argent dans les banques suisses. C’est donc tout normalement qu’il propose à sa collègue d’aller déjeuner au calme dans sa villa de l’Addaura, bâtie sur des rochers qui surplombent la mer. « Nous pourrons profiter du soleil et même nager dans une petite crique : c’est le seul endroit où je me sens tranquille et en liberté », dit-il.

Il prévient les hommes de son escorte de ce projet. Il demande qu’ils aillent acheter des pizzas pour tout le monde, du jambon cru de montagne, des fruits et du vin rosé. L’interrogatoire du mafioso se prolonge deux bonnes heures. […]

Le pique-nique au bord de l’eau n’aura pas lieu. L’escorte a découvert une bombe placée sous les escaliers taillés dans la roche descendant jusqu’à la crique.

Source : Un juge en Italie, les dossiers noirs de la Mafia, page 257-258, Ferdinando Imposimato, Editions de Fallois, 2000

Le juge antimafia Ferdinando Imposimato
Le juge antimafia Ferdinando Imposimato

American Desperado

American DesperadoCe livre est passionnant à plus d’un titre. Merveilleusement écrit comme un polar par le grand reporter Evan Wright, on y découvre la biographie peu reluisante de Jon Roberts, un trafiquant de drogue cruel, violent, sans foi ni loi. Les 704 pages du livre pourraient rebuter certains lecteurs, mais l’écriture efficace de l’auteur nous tient en haleine. C’est une plongée dans l’enfer de l’Amérique des années 70-80. Si certains passages sont pénibles à lire, ça n’est pas par ennui, mais bien parce que la folie et la violence brutale de Jon Roberts et de ses acolytes nous paraissent incroyables. C’est heureusement bourré d’humour noir, ce qui permet de faire passer certains détails pénibles de cette vie trépidante. L’intérêt de ce livre est surtout une réflexion plus philosophique sur le principe que le père de Jon Roberts lui a inculqué  :

« Si tu dois choisir entre le Bien et le Mal, choisit toujours le Mal. »  

Jon Roberts a appliqué ces fondements à la lettre, tout au long de sa vie.

Qui est Jon Roberts ? 
Jon Roberts, de son vrai nom John Riccobono, est né en 1948 dans la famille Gambino, affiliée à la mafia de New York. Il assiste à son premier meurtre à l’âge de 7 ans alors qu’il est en voiture avec son père. Il s’engagera dans les Marines pendant la guerre du Vietnam pour éviter la prison. Là, il commettra des crimes et des tortures horribles sur des soldats ennemis. Il reviendra à New York, avant de s’enfuir à Miami où il deviendra l’un des plus importants parrains de la drogue des années 80, notamment avec comme client, le célèbre caïd colombien Pablo Escobar. Il sera finalement arrêté et bénéficiera d’une remise de peine en échange d’informations. Roberts est mort en 2011, deux mois après la publication de ses mémoires.

Et la Mafia dans tout ça ? 
Qu’on ne s’y méprenne pas, si au début du livre on découvre le début de carrière de Jon Roberts comme homme de main de la Mafia de New York, ce livre n’est pas à proprement parlé un ouvrage sur la Mafia. En effet, Jon Roberts, contrairement à son père, n’a jamais été affranchi ni « homme d’honneur ». Après son départ pour Miami, il est devenu le caïd d’une organisation criminelle spécialisé dans le trafic de drogue avec les cartels de Colombie.

C. Lovis

American Desperado,
de Jon Roberts et Evan Wright, trad. Patricia Carrera
Éditions 13e Note, 704 pages