Pizza Connection

C’est le FBI américain qui mis en évidence entre 1985-1988 comment les pizzerias installées dans l’Illinois, le Michigan, le New Jersey, l’État de New York, la Pennsylvanie et le Wisconsin servaient de destination à l’héroïne en provenance de Sicile. Ensuite, les restaurants étaient utilisés pour blanchir l’argent grâce à un système complexe de prêts accordés aux propriétaires de ces commerces.

Un nombre conséquent de trafiquants-clés du trafic furent arrêtés à Palerme en possession de grosses quantités d’argent en liquide. Ceci entraîna une coopération importante entre le FBI, la police de New York et les autorités italiennes. Vers le milieu des années 1970, le démantèlement des réseaux de la French Connection facilitera la montée en puissance des familles de Cosa Nostra dans le trafic international d’héroïne.

La Pizza Connection marqua une étape importante dans les méthodes de blanchiment et de transfert de liquidités. Des familles de la Sicile occidentale, considérées jusque-là comme mineure, s’imposèrent progressivement au sein de la Cosa Nostra grâce aux filières de la Pizza Connection.

C’est le Maxi-Procès de Palerme mis en place par les juges Falcone et Borsellino et le pool antimafia qui mirent fin à la Pizza Connection en 1987.

Carla Del Ponte, une femme de l’antimafia

La Procureur Suisse Carla Del Ponte a participé au travail des polices américaines et italiennes pour combattre les mafieux de la Pizza Connection.

« La mafia ne m’aime pas. Mais ils ne sont pas les seuls. Certains banquiers suisses trouvent également que je fais du zèle ».
Carla Del Ponte, 1999

Dans les années 1980, la détermination de la première magistrate de Suisse à traquer l’argent sale a été peu appréciés des banquiers et truands. En juin 1988, elle a échappé de justesse à un attentat en compagnie du juge Falcone lors d’une enquête sur la pizza connexion. Elle a mis les pieds dans le plat des trafics de cocaïne du frère du président mexicain Salinas, saisissant 118 millions de dollars sur des comptes helvétiques.

« Aucune affaire ne me dépasse, celui qui n’a pas la peau dure ferait bien de choisir un autre métier.  »
Carla Del Ponte, 1999

Moyennant quoi, elle ne fait plus son jogging qu’accompagnée de gardes du corps.

Carla Del Ponte
Carla Del Ponte

Comment la mafia s’empare d’entreprises saines

Voici comment la Mafia pratique pour s’emparer d’une entreprise et pénétrer l’économie légale d’un pays. L’exemple emblématique de la Messere Spa

Napoli, fief de la Camorra
Napoli, fief de la Camorra

1976
Est fondée à Naples la société par actions Messere Spa avec un capital social d’un milliard de lires, et avec pour activité déclarée la construction de préfabriqués, ponts, viaducs, etc. L’ingénieur Pietro Messere en est le fondateur, l’unique actionnaire et unique administrateur.

1983
L’entreprise Messere Spa remporte le marché pour la réalisation d’un raccord d’autoroute à Gela, dans le sud-est de la Sicile. Suite à des extorsions, des menaces de mort, des incendies touchant fournitures et matériels pour un dommage estimé à deux milliards de lires, l’entreprise cède le travail à une entreprise locale. L’entreprise Messere endettée à hauteur de 24 milliards de lires risque la faillite.

1986
Pietro Messere reçoit la proposition de participer pour 25% à un consortium avec les entreprises Corsicato et De Sanctis dans le cadre de la réalisation de l’axe routier reliant Castelvolturno à Lago Patrio en Campanie. Les travaux portent sur 150 milliards de lires, mais pour participer au consortium Pietro Messere a besoin de fidéjussions bancaires. Il entre en contact avec l’entrepreneur Giovanni Carfora qui lui présente «un ami», Luigi Romano, lequel dispose de fonds à placer. En échange de sa fidéjussion personnelle, Luigi Romano obtient 50% des actions à la Messere Spa – société inscrite pour un montant illimité à l’ordre des constructeurs* et qui est sur le point de remporter avec deux entreprises connues pour leur solidité un contrat au bénéfice estimé à 19 milliards de lires. Giovanni Cafora devient administrateur unique et Antonio Caiazzo, le fiduciaire de Romano, perd la place du fiscaliste initialement choisi par Pitro Messere.

* Cette inscription permet d’éviter d’avoir à produire des certificats antimafia, l’inscription étant censée garantir la « qualité » de l’entreprise.

1987
En novembre, Pietro Messere, toujours endetté, demande à Luigi Romano de mettre fiduciairement à son nom les 50% restant du capital de la société contre 3 milliards de lires au comptant ; l’opération se fait sans écriture privée de garantie. Luigi Romano cumule alors la gestion, le contrôle et le capital de la société, mais la dernière clause du contrat de cession contraint Pietro Messere à déployer toutes ses capacités dans le secteur des relations publiques afin d’obtenir des adjudications et des concessions.

Source : Sociétés du crime, Clotilde Champeyrache, CNRS Editions