L’histoire de Cosa nostra de 1977 à 1978

L’Histoire de Cosa nostra en image – Ecrite par Christian Lovis.
Première partie
 

A la fin des années soixante-dix, Cosa nostra, la mafia sicilienne est l’organisation criminelle la plus puissante au monde. La famille de Corleone déclenche une guerre impitoyable contre les familles séculaires de Palerme et contre tous ceux qui osent se mettre en travers de leur chemin meurtrier, notamment les représentants de l’Etat. Retraçons cette terrible histoire contemporaine de la Sicile, terre de soleil meurtrie à tout jamais par un climat de violence sans précédent.

Corleone
Corleone dans les année 1950

En ce temps là, la Sicile est dominée par une mafia puissante et très riche. Les parrains de Palerme qui gouvernent sans partage sont de riches et influents personnages qui n’hésitent pas à afficher leur pouvoir et leur fortune à la vue et aux yeux de tous. Néanmoins, ils ignorent qu’à 60 km de là, dans la ville de montagne de Corleone, Luciano Liggio, capo local, à décidé de mener son clan à la conquête de Palerme.

Luciano Liggio
Luciano Liggio, capo des Corleonesi

Car dans les années soixante, Luciano Liggio, impitoyable tueur de Corleone, tue son chef qui est aussi le parrain local,  le Dr Michele Navarra, pour prendre le pouvoir. Liggio qui est né dans la pauvreté veut devenir multi-millionnaire est décide alors de mener son clan à la conquête de Palerme, car c’est là que se font les affaires les plus importantes. Il s’entoure d’hommes de main aussi déterminé que lui provenant également de Corleone qui vont rentrer dans la légende de la Mafia : Toto Riina et Bernardo Provenzano.

Lieutenant-colonel Giuseppe Russo
Le Lieutenant-colonel des carabiniers Giuseppe Russo

Luciano Liggio qui est arrêté dans son appartement de luxe, à Milan en 1974 continuera à donner ses ordres depuis la prison. Il est un parrain sanguinaire qui terrifie ses interlocuteurs au moindre regard. Par pure vengeance personnelle, il bafoue toutes les règles bâties par Cosa nostra. En effet, sans l’assentiment exigé par la Cupola (le gouvernement de Cosa nostra), il décide de tuer le lieutenant-colonel des carabiniers Giuseppe Russo qui le traquait depuis des années. Le policier est assassiné avec son ami (Filippo Costa) au cours d’une promenade à Ficuzza, le 20 août 1977.

Le juge Cesare Terranova
Le juge d’instruction Cesare Terranova est abattu dans sa voiture

Mais Luciano Liggio ne s’arrête pas là et démontre qu’il n’a que faire de l’avis des parrains de Palerme. Il en veut personnellement au juge Cesare Terranova qui l’a fait condamné et c’est depuis sa prison qu’il ordonne son assassinat. Le 25 septembre 1979, le magistrat qui a instruit les 1er grands procès contre la mafia est exécuté dans sa voiture. Avec ce meurtre, Liggio espère prouver la puissance militaire des Corleonais et démontre une détermination qui inquiète les autres familles.

Gaetano Badalamenti, capo de Cinisi
Gaetano Badalamenti, dit : « Don Tano » capo de Cinisi

Liggio se fait beaucoup d’ennemis chez les plus importants chefs mafieux, notamment Don Tano Badalamenti du clan de Cinisi, qui est – à ce moment là – le chef de la Cupola (Capo dei Capi). Ces derniers n’acceptent pas le mépris des règles de la part des Corleonais.

Mais depuis sa prison, Luciano Liggio ne voit pas qu’il est en train de perdre peu à peu de son pouvoir au dépens de Toto Riina, surnommé le « Courtaud », car il ne mesure que 1m.58. Ce dernier qui est son homme de confiance se place habilement et sournoisement à la tête du clan de Corleone. Il échafaude sa prise de pouvoir en secret avec son ami de toujours Bernardo Provenzano, surnommé « Le tracteur » parce qu’il ne recule devant rien. Si ces deux-là qu’on surnomme « les bêtes fauves » ont déjà au moins 40 meurtres chacun à leur actif, ils savent qu’ils doivent s’entourer de personnages de confiances à travers la Sicile. Ils s’allient notamment avec le parrain de San Giuseppe Jato, Bernardo Brusca et avec un des pires tueurs de la Mafia, Leoluca Bagarella qui se cache à Palerme.

Giuseppe Di Cristina, capo de la famille de Riesi
Giuseppe Di Cristina, capo de la famille de Riesi

Giuseppe Di Cristina, surnommé « le Tigre », puissant parrain de Riesi, dans la province de Caltanissetta est le premier à s’alarmer du danger que représente Toto Riina. Au cours d’une réunion de la Cupola, Di Cristina affronte ouvertement Riina, car il ne parvient pas à accepter le meurtre du lieutenant-colonel Giuseppe Russo. Cet assassinat a été perpétré sans le consentement de la Commission qui l’avait même catégoriquement refusé. Mais les Corleonais ne tinrent pas compte de ce refus.

Solidement établies, les familles de Palerme s’abstenaient jusqu’ici de tuer des membres de l’autorité afin de ne pas attirer l’attention de la police et des pouvoirs politiques. Mais les Corleonais appliquent une tout autre stratégie. Pire encore, ils commettent leurs assassinats sur le territoire de leurs rivaux afin que les soupçons se tournent contre eux.

L'attentat manqué contre Giuseppe Di Cristina. Ses gardes du corps n'en réchappent pas.
L’attentat manqué contre Giuseppe Di Cristina. Ses gardes du corps n’en réchapperont pas.

Di Cristina, tout comme son allié Giuseppe « Pippo » Calderone (parrain de Catane), devient alors les principaux objectifs des Corleonais. En véritable chef de guerre et dans le but s’isoler les richissimes familles de Palerme représentées par Stefano Bontade, Salvatore Inzerillo et Gaetano Badalamenti, Toto Riina commence a infiltré leurs alliés qui se trouvent dans d’autres provinces. Ceux qui ne font pas allégeance au clan des Corleonais sont systématiquement décimés.

Di Cristina se sent acculé et décide de briser l’omerta en parlant à un carabinier pour essayer de nuire aux Corleonais. Il espère que Bernardo Provenzano alors en cavale depuis 15 ans se fasse arrêter pour déstabiliser la puissance militaire du clan des montagnes de Corleone.

Francesco Madonia
Francesco Madonia, capo de Resuttana

Le 21 novembre 1977, Di Cristina survit à une fusillade, mais ses hommes sont tués dans l’embuscade. Quelques mois plus tard, le 8 avril 1978,  le parrain de Riesi se venge en compagnie de son comparse de Catane, Pippo Calderone. Ils abattent de leurs propres mains Francesco Madonia (chef du clan de Resuttana), un fidèle allié des Corleonais.

Le 30 mai 1978, Giuseppe Di Cristina, accompagné de son fidèle ami Pippo Calderone, ainsi que d’Alfio Ferlito et Franco Romeo (deux Catanais) se retrouvent dans un appartement de Palerme pour y organiser un hold-up. Di Cristina et Romeo quittent l’endroit pour aller faire un tour de reconnaissance pendant que Calderone et Ferlito attendent sur place. Alors qu’ils sont dans la rue, Di Cristina et Romeo tombent dans une embuscade tendue par Leoluca Bagarella, Nino Gioè et Nino Marchese.

Salvatore Inzerillo
Salvatore Inzerillo, parrain de Passo Rigano (Palerme)

Giuseppe Di Cristina est abattu à Passo Di Rigano. Sur le territoire d’un chef de famille (Salvatore Inzerillo) qui n’a rien à voir avec le crime. Dans la Mafia, ce signal est une offense supplémentaire de la part des Corleonais qui ignore les codes ancestaux de Cosa Nostra. Sur le cadavre du Tigre de Riesi, la police découvre deux chèques de 10 millions de lires et un de 5 millions signés par lui-même. L’enquête est au main d’un policier de grande valeur, Boris Giuliano qui entame alors une longue et très complexe enquête.

Pendant ce temps, en juillet 1978, Giovanni Falcone, encore inconnu du grand public revient dans sa ville natale, Palerme, après 13 ans passés au tribunal de Trapani où il s’occupait d’affaires civiles. Rocco Chinnici, chef du bureau d’instruction de Palerme insiste pour qu’il change de service et rejoigne son équipe des juges d’instruction. En effet, l’homme s’active à créer le pool antimafia qui deviendra célèbre par des résultats sans précédents dans la lutte contre le crime organisé.

Nitto Santapaola, parrain de Catane
Nitto Santapaola, parrain de Catane

La colère monte au sein de Cosa nostra. Un malaise qui est créé par les Corlenosi qui continuent leur marche en avant pour prendre le pouvoir en province d’abord avant de s’attaquer à Palerme. À Catane, Toto Riina de Corleone fait alliance avec Nitto Santapaola dans le but d’isoler la famille Calderone (lesquels sont alliés de Stefano Bontate à Palerme). Une bombe est retrouvée dans la voiture d’Antonio Calderone qui s’en sort par miracle. Les soupçons sont tout de suite orientés vers les Corleonais. Stefano Bontate insiste pour se venger, mais d’autres mafiosi palermitains s’y opposent de peur de déclencher une guerre.

Antonio Calderone
Antonio Calderone

Une réunion a lieu entre les principaux chefs de Cosa nostra le 30 septembre 1978, dans une villa isolée où Toto Riina joue les chefs d’orchestre. Machiavélique, il rend hommage à Pippo Calderone assassiné par Beppe Di Cristina et Francesco Madonia. Au fait, Riina a le désir de jeter le discrédit sur Tano Badalamenti afin de l’éliminer. Il explique que c’est ce dernier qui a fait assassiner Francesco Madonia sans demander la permission à la Commission qu’il présidait. Il profite de mettre en avant les qualités de son allié Michele Greco qui est entre-deux devenu le chef de la Coupole (Etat-Major de Cosa Nostra). Beaucoup sont jaloux de Tano Badalamenti qui s’est enrichit plus que les autres grâce à sa position stratégique (il détient le territoire de l’aéroport) et aux liens étroits qu’il entretient avec ses cousins d’Amérique. Les mafieux décident de radier Badalamenti de Cosa nostra.

Toto Riina
Toto Riina, parrain de Corleone

Dossiers d’instruction de première instance du Maxi-Procès de Palerme (1986-1987)

Le pool antimafia de Palerme qui a instruit le Maxi-Procès de Palerme s’est tenu entre le 10 février 1986 et le 16 décembre 1987. En voyant ce mur de documents, on réalise le travail de fourmi accompli par les juges d’instruction dont les plus connus sont Falcone et Borsellino. On arrive aisément à imaginer le travail des policiers qui ont enquêté sur Cosa Nostra dans les conditions qui étaient celles des années 1980.

Ce Maxi-Procès de Palerme fut le premier grand procès qui vit autant de mafiosi condamnés à de lourdes peines, dont des chefs historiques de la terrible mafia sicilienne.

Dossiers Maxi-Procès
Dossiers du Maxi-Procès
Giovanni Falcone, Giuseppe Di Lello, Alberto Di Pisa, Paolo Borsellino, Antonino Caponnetto, Leonardo Guarnotta, Vincenzo Paino, Giusto Sciacchitano, Oscar Luigi Scalfaro, Ugo Viola, Vincenzo Geraci, scon, Domenico Signorino e Giuseppe Ayala
Giovanni Falcone, Giuseppe Di Lello, Alberto Di Pisa, Paolo Borsellino, Antonino Caponnetto, Leonardo Guarnotta, Vincenzo Paino, Giusto Sciacchitano, Oscar Luigi Scalfaro, Ugo Viola, Vincenzo Geraci, scon, Domenico Signorino e Giuseppe Ayala

Quelques chiffres :

Durée du procès : 22 mois

Durée de délibération : 35 jours

Nombre d’audiences : 349

Taille des sentences : 6901 pages motivées

Nombre de prévenus : 474

Nombre de condamnations : 360

Condamnations par contumace (mafieux en cavale) : 119

Condamnations à perpétuité : 19 dont les chefs historiques de la Mafia (Toto Riina, Bernardo Provenzano, etc)

Total du nombre d’années de prison prononcées : 2 665 années

Nombre d’acquittement : 114 accusés

Note : les fichiers du procès sont conservés au Centre international de documentation sur la mafia et le mouvement anti-mafia (CIDMA), à Corleone.

Source :
Les preuves matérielles de Renata Ferri
Les hommes de l’antimafia de Christian Lovis

Giovanni Brusca, la férocité d’un mafioso au 150 homicides !

Giovanni Brusca a été l’un des tueurs les plus cruels et féroces dans l’histoire de la mafia sicilienne. Ce tueur et tortionnaire a avoué plus de 150 meurtres. Il s’est illustré pour être l’un des principaux acteurs de l’assassinat du juge Giovanni Falcone. C’est en effet lui qui a appuyé sur le bouton de la bombe qui a fait exploser l’autoroute. Mais il est aussi considéré comme un tueur de femmes et d’enfants. Il a kidnappé, séquestré et étranglé de ses propres mains avant de le dissoudre dans l’acide, Giuseppe Di Matteo, un jeune garçon de 13 ans dont la seule faute était d’être simplement le fils d’un repenti qu’ils espéraient voir se rétracter.

Comment peut-on trouver un tel niveau de cruauté chez un homme ?

Je suis toujours resté particulièrement froid avant, pendant et après le crime, peut-on lire dans ses mémoires.

Pour l’historien Nicola Tranfaglia, la Mafia n’a jamais reculé pour assassiner ses ennemis, mais la cruauté mise en œuvre par le clan de Corleone dans les années 80-90 a été bien au-delà de toutes les normes en vigueur en Italie.

J’ai torturé des gens pour les faire parler, j’ai étranglé aussi bien ceux qui avouaient que ceux qui gardaient le silence., j’ai dissous des corps dans l’acide, j’ai rôti des cadavres sur des grands grils, j’ai enterré les restes dans des fosses que j’avais préalablement creusées à la pelleteuse. Certains repentis disent éprouver aujourd’hui du dégoût pour ce qu’ils ont fait. Je ne peux parler qu’en mon nom : tout cela ne m’a jamais encombré. »

Giovanni Brusca a été arrêté en 1996. Depuis, il est devenu l’un des collaborateurs de justice les plus importants.

Arrestation de Giovanni Brusca
L’arrestation à Agrigente de Giovanni Brusca a été une grande victoire pour les forces de l’ordre.

Son arrestation a été considérée en Italie comme la plus importante dans le secteur de l’antimafia depuis celle de Toto Riina, le «boss des boss». Malgré son jeune âge, 36 ans, Brusca était en réalité le dernier des Corleonais qui avait pris la direction de Cosa Nostra. Lançant une campagne de terreur contre les repentis, il s’était lui-même chargé des plus sales besognes. Plus de 400 agents furent mobilisés pour son arrestation.

Les policiers ont laissé éclaté leur joie après l'arrestation de Brusca
Les policiers ont laissé éclaté leur joie après l’arrestation de Brusca

Giovanni Brusca en bref

Naissance et débuts criminels

Giovanni Brusca né le 20 février 1957, il est le fils de Bernardo Brusca, le parrain local du clan de San Giuseppe Jato (réputé le plus impitoyable de Sicile avec les Corleonais). Lorsque ce dernier est condamné à la prison à perpétuité pour plusieurs homicides, c’est son fils Giovanni qui prend les commandes du clan et du territoire. Giovanni Brusca commet son premier meurtre à l’âge de 18 ans. Il est intronisé au sein de Cosa nostra par Toto Riina lui-même en 1976, il a alors 19 ans. Entre 1993 et 1996, il devient l’un des plus puissants chefs de Cosa nostra et participe à l’attaque contre l’état avec plusieurs attentats à la bombe.

Le Soldat de la Mafia

Jeune mafioso, il est surnommé «U» Verru « (en sicilien) ou Il Porco (en italien: le porc). Grassouillet, barbu et les cheveux hirsutes, c’est sans doute à cause d’une propreté douteuse qu’il fut surnommé comme cela. Il a été aussi surnommé Lo scannacristiam (L’égorgeur de chrétiens). Il a avoué aux juges avoir tué de ses propres mains plus de 150 personnes, mais ne se souvient plus du nombre exact. A chacun de ses déplacements, lorsqu’il était au sommet de son pouvoir, il était accompagné de mafiosi cachés dans un fourgonnette et armés de kalachnikovs. Si jamais une patrouille de police venait à arrêter le véhicule et à ouvrir les portières, ils avaient pour instruction d’ouvrir le feu sans attendre.

Le monstre

En 1993, le mafioso Santo Di Matteo qui a participé à l’assassinat du juge Falcone est en train de dévoiler les secrets du complot à la justice. Giovanni Brusca kidnappe alors son fils (Giuseppe Di Matteo – 11 ans) en se faisant passer pour un policier. Le jeune garçon sera séquestré et torturé pendant 26 mois. Durant cette période, des photos macabres son envoyées à son père pour le forcer à se rétracter. Il donnera l’ordre à ses hommes d’étrangler le jeune garçon et de dissoudre le corps dans un baril d’acide afin que la famille ne puisse par faire des funérailles convenables.

Giuseppe di Matteo
Giuseppe di Matteo le jeune garçon enlevé et assassiné par Brusca

Collaborateur de justice

Le 20 mai 1996, il est arrêté dans une villa en pleine campagne. Au début, ses révélations à la justice ne sont pas partiales et lui servent à se venger. Puis un jour, il fait le choix de collaborer totalement avec les magistrats. Ce repentir permet d’identifier les instigateurs et auteurs du massacre de Capaci qui tua le juge Falcone, sa femme et son escorte. Ils sont condamnés à perpétuité et pour la première fois est révélé l’existence de la « Papello »  : la liste des exigences de Toto Riina à l’État pour arrêter les attentats.

Le procès

Giovanni Brusca est condamné à d’innombrables années de prison. Beaucoup ont douté de son repentir et il n’a obtenu le statut de collaborateur de justice qu’en 1999. En 2004, en récompense de sa bonne conduite et sa coopération avec les autorités, Giovanni Brusca a reçu l’autorisation de sortir de prison une semaine tous les 45 jours pour voir sa famille. Cette mesure a indigné les proches de ses nombreuses victimes qui ont trouvé cette mesure bien clémente au regard des crimes commis par ce serial-killer de la mafia.

Giovanni Brusca, un tueur impitoyable de la Mafia
Giovanni Brusca, un tueur impitoyable de la Mafia

Source : Les parrains de Corleone de John Follain