Enlèvement d’Aldo Moro à Rome

16 mars 1978

Aldo Moro
Aldo Moro

Aldo Moro, le président de la Démocratie chrétienne (DC), est enlevé à Rome, via Mario Fani, par les Brigades rouges qui abattent ses cinq gardes du corps avec une froideur barbare. Cet évènement secouent l’opinion publique et la classe politique. Pour les Brigades rouges, un groupe terroriste d’extrême gauche, il s’agit d’un coup d’éclat sans précédent. En échange de la vie de leur prisonnier, ils demandent la libération de treize de leurs membres emprisonnés. Malgré les lettres que Moro leur fait parvenir, les autorités refusent de céder aux exigences des terroristes.

Quel rapport avec la mafia ?

On sait aujourd’hui qu’en Italie, alors que tout le monde a le souffle suspendu à l’enlèvement d’Aldo Moro, certains se préoccupent de bien autre chose, notamment le parrain de Corleone,  Luciano Liggio, qui décide de mener son clan à la conquête de Palerme. Cette période coïncide avec le début de la seconde guerre de la Mafia. Le repenti Marino Mannoia avait évoqué une tentative de Cosa nostra pour intervenir auprès des Brigades rouges au moment de la séquestration d’Aldo Moro. De son côté, Buscetta avait révélé dès 1984 avoir été chargé de contacté les brigadistes incarcérés (il purgeait  lui-même une peine de prison) afin de négocier la libération de Moro. Une initiative qui n’avait pas eu de suite.

Cependant, on l’a su bien plus tard, Giulio Andreotti avait établi des liens avec la Cupola (le gouvernement de Cosa nostra) et Aldo Moro le savait. D’après Pippo Calo, un repenti membre de la Cupola,  à cette époque représentant de la mafia sicilienne à Rome, aurait expliqué pourquoi. Lorsque Stefano Bontade (un parrain important de la Mafia de Palerme) suggéra que Cosa nostra devrait monter une opération de secours, Calo aurait refusé en prétextant que les dirigeants du propre parti d’Aldo Moro ne souhaitaient pas qu’ils soient libéré.

Les évènements

  • 16 mars 1978, peu après 9h du matin : un commando des Brigades rouges enlève Aldo Moro et tue ses 5 gardes du corps. Domenico Ricci, Oreste Leonardi, Raffaele Iozzino, Francesco Zizzi et Julius Rivera. Ce n’est pas moins de 98 balles qui sont tirées lors de l’attaque.
  • Reconstitution de l’embuscade  (Film : Il caso Moro – Giuseppe Ferrara)
  • Annonce de l’enlèvement aux actualités italiennes
  • 9 mai 1978 : après 55 jours de détention dans un appartement de la capitale italienne, les ravisseurs d’Aldo Moro lui font subir un « procès du peuple » à huis clos. Il est exécuté. On retrouve son cadavre dans le coffre d’une voiture volée garée à via Cateani, dans le centre historique de Rome. Son exécution sauvage soulève la réprobation générale et les partis politiques s’unissent pour dénoncer le terrorisme. Des manifestations publiques d’envergure sont organisées.
  • Découverte du corps d’Aldo Moro
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1978 – Aldo Moro

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La photo comme résistance à la Mafia

Letizia Battaglia commença son travail de photographe en 1974, en travaillant pour divers journaux siciliens (L’Ora) ; elle fut notamment chargée de photographier les personnes abattues par la mafia.

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LETIZIA BATTAGLIA : LA PHOTO COMME RÉSISTANCE À LA MAFIA

Reportage

Ce qu’est vraiment une mafia?

icon-48-user-profileQUAND ON PARLE DE MAFIA, il est important de relever que ce terme est souvent utilisé à tort. Car si le crime remonte à la naissance de notre Humanité, seules les mafias en ont fait un système extrêmement bien structuré et organisé.

L’erreur principale que l’on constate souvent est cette propension à généraliser la criminalité de la mafia avec celles des bandes criminelles ou des gangs de banlieues. Force est de constater qu’il y a un monde entre ces entités.

Les buts principaux d’une mafia est de conquérir le pouvoir et l’argent par tous les moyens, tant licites qu’illicites. Celui d’une bande criminelle poursuit le même objectif, mais n’a aucune attirance pour pénétrer l’économie légale et encore moins la chose publique. La mafia est avant tout une société secrète qui a développé dès son fondement des formidables capacités d’adaptation et d’évolution grâce à un système criminel fonctionnel. Une mafia s’adapte à son époque, aux différents marchés et aux appareils législatifs de nos démocraties. C’est pour cette raison que la mafia est désignée également : organisation criminelle.

On ne rentre pas dans une organisation secrète par copinage. Un prétendant n’entre dans la mafia qu’au terme d’une cérémonie d’initiation élaborée. Le rite est enrichi d’un serment où le criminel devra jurer de suivre des règles intangibles.

Il n’y a pas une seule mafia, mais plusieurs. Elles ont toutes leurs spécificités et leurs propres structures.

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L’insurrection des consciences des Siciliens. Un mur dans les rues de Palerme