Le nouveau gouverneur de Sicile est un homme de l’antimafia

Rosario Crocetta, vainqueur des régionales le 28 octobre 2012 est le nouveau gouverneur de Sicile. Cet élu ouvertement gai a su conquérir le coeur des Siciliens pourtant très catholiques grâce à la sincérité de sa lutte antimafia. Sa victoire a été comparée à un séisme puisque depuis la Seconde Guerre mondiale, la Sicile traditionnellement machiste, avait toujours voté à droite. L’élection d’un politicien de gauche et homosexuel en a surpris plus d’un. Dont certainement la Mafia.

Rosario Crocetta, un gouverneur antimafia

Chimiste de formation, Rosario Crocetta commence sa carrière au sein d’un groupe pétrolier et gazier dans sa ville natale, dont il est élu maire en 2002, devenant le premier maire ouvertement gai de l’histoire italienne. Fier de sa différence, Rosario Crocetta aime se présenter à la blague comme «révolutionnaire, chrétien, communiste, homosexuel et antimafia»

Rosario Crocetta, 61 ans, s’est fait connaître en 2002, quand il est devenu maire de l’une des villes les plus gangrénées par la mafia en Sicile : Gela située sur la côte sud, cinquième ville de la Sicile qui comptabilise 70 000 habitants. À peine élu, Rosario Crocetta a scellé un pacte avec le chef de la police locale pour s’attaquer au crime organisé. Après quelques jours à la tête de la commune, le nouveau maire adresse d’ailleurs un message clair à Cosa nostra en licenciant sur-le-champ la femme d’un parrain local, embauchée à la mairie depuis des années grâce à un faux diplôme. Cette action a été considérée comme une insulte suprême par la mafia qui l’a condamné à mort. Sa vie n’a plus jamais été la même et il vit désormais dans une solitude forcée sous escorte permanente. Il a d’ailleurs échappé à plusieurs attentats au cours de ces dernières années. Il ne s’approche par exemple plus des fenêtres de sa maison après avoir échappé au tir d’un tireur embusqué en 2003.

Au cours de son mandat à la mairie de Gela, il a brisé un à un tous les tabous. Après avoir assaini les finances de la ville, il a proposé d’attribuer les contrats publics au hasard afin d’éviter les cartels chez les entreprises. En outre, il a fait ce que personne n’avait encore osé avant lui : nommer les parrains de Cosa nostra. Son zèle a contribué à coffrer 950 caïds et encouragé des commerces à refuser de payer le pizzo (racket mafieux). 150 entrepreneurs ont dénoncé leurs escrocs, 400 mafieux ont été arrêtés.

Crocetta a été réélu maire de Gela en 2007 dès le premier tour avec 64,8 % des voix, il a démissionné en 2009 après son élection au Parlement européen, où il devient notamment vice-président de la commission spéciale sur la criminalité organisée, la corruption et le blanchiment d’argent.

Ne dédaignant pas les envolées lyriques, ce tribun élégant au visage sympathique chaussé de fines lunettes est aussi un poète affirmé. Polyglotte, il parle le français, l’anglais et l’arabe.

Rosario Crocetta aura fort à faire à la tête de la Sicile puisqu’il devra couper dans les dépenses de l’île qui est endettée à raison de 6,4 milliards de dollars. Une créance héritée de son prédécesseur, Raffaele Lombardo, qui est aujourd’hui mis en examen pour clientélisme et collusion avec la mafia.

«Je remercie Dieu pour chaque jour de vie qu’il m’accorde. Depuis que j’ai été élu maire de Gela, ma vie est toujours en péril», a-t-il confié. Dès l’annonce de son élection, il a aussitôt déclaré sur un ton provocateur : «Maintenant que j’ai été élu, la mafia peut faire ses valises».

ROSARIO CROCETTA EN BREF :

Naissance le 8 février 1951 à Gela, sur la côte sud de la Sicile, dans une famille ouvrière.

En avril 2009, il échappe à une quatrième tentative d’assassinat contre lui qui est déjouée par la police.

En juin 2009: Élection au Parlement européen, où il devient vice-président de la Commission spéciale sur la criminalité organisée, la corruption et le blanchiment d’argent. Malgré les menaces de mort, Bruxelles refuse de lui payer une escorte policière.

En juillet 2012: Retour en Sicile, où il brigue avec succès le poste de gouverneur, sous la bannière démocrate. Le politicien homosexuel avait obtenu l’appui du Parti chrétien de droite, l’UDC. Il fait connaître une défaite historique au parti du tribun déchu Silvio Berlusconi.

Christian Lovis  © novembre 2012