La mafia serait la première banque d’Italie

Avec 65 milliards d’euros en liquidités,

la mafia serait la première banque d’Italie, selon le rapport annuel d’une ONG qui lutte contre le racket.

Pendant la crise, les banques serrent de trop près les cordons de la bourse ? Ça tombe bien : la mafia les délie. Les organisations criminelles italiennes représentent parfois désormais la seule possibilité de prêts pour les petits commerçants. Une aubaine pour la Pieuvre.

En effet, avec 65 milliards d’euros en liquidités, la mafia serait devenue la première banque d’Italie, selon le rapport annuel de l’association italienne SOS Impresa, une ONG installée en Sicile qui lutte contre le racket dont sont victimes les petits commerçants. Tout cela à cause de la restriction du crédit par les banques. Ayant besoin de liquidités pour sauver leur entreprise, les commerçants se tournent de plus en plus vers l’organisation, qui prête à des taux exorbitants.

« Alors que la crise a miné la confiance des banques, les mafias arrivent avec leurs liquidités, issues d’activités criminelles et sont les seules prêteuses à prendre des risques. Pour les commerçants et les artisans, elles représentent leur seule possibilité de prêts et l’unique moyen de sauver leur entreprise et les emplois » explique Eric Vernier, spécialiste du blanchiment de capitaux, interrogé par le Figaro.

7% du PIB

Selon le rapport, la fonction d’usurier que joue maintenant la mafia rapporte d’énormes profits, qui sont venus s’ajouter aux sources de financement plus « classique » du crime organisé, comme le trafic de drogue, le trafic d’armes, la prostitution, le jeu ou le racket. SOS Impresa évoque une «urgence nationale».

« Selon nos estimations, l’usure a provoqué la fermeture d’environ 1800 entreprises et a provoqué la disparition de milliers d’emplois », peut-on lire dans le rapport.

200 000 personnes seraient ainsi victimes d’usuriers. Pour l’Italie, les conséquences sont désastreuses. Selon les estimations de SOS Impresa, les commerçants sont victimes de «1300 crimes chaque jour, soit quasiment 50 par heure, et donc presque un par minute».

L’ONG résume la situation : «C’est de l’extorsion en col blanc. Via leurs métiers, ils connaissent les mécanismes de marché du crédit légal et ils connaissent souvent parfaitement la situation financière de leurs victimes».

Le crime organisé génère un chiffre d’affaires annuel de 140 milliards d’euros, et ses profits dépassent les 100 milliards d’euros. La mafia – ou plutôt les mafias, si l’on prend en compte les organisations comme la Cosa Nostra sicilienne, la Camorra napolitaine ou la Ndranghetta calabraise – gangrène l’économie italienne, réalisant des profits correspondant à 7 % du PIB.

 Durant la crise, la mafia ne connaît pas la crise.

Source : Matthieu Suc, France Soir