Encore une petite phrase de trop pour Silvio Berlusconi

Le «Cavaliere» aurait conseillé à un témoin gênant impliqué dans l’une des affaires le concernant de rester à l’étranger.

Cerné par les magistrats, affaibli par la crise économique qui a contraint son exécutif à une austérité sans précédent, Silvio Berlusconi va-t-il devoir jeter l’éponge? Après la publication hier matin de nouvelles écoutes téléphoniques embarrassantes pour le chef du gouvernement italien, cette question est sur toutes les lèvres.

Les nouvelles révélations sont liées à l’arrestation de Giampaolo Tarantini impliqué dans un scandale de prostitution touchant Silvio Berlusconi, selon les magistrats italiens. L’ex-entrepreneur est accusé d’avoir extorqué 600 000 francs suisses au Cavaliere pour éviter un déballage public. Ce dossier met aussi en cause l’éditeur du quotidien socialiste L’Avanti. Soupçonné d’avoir servi d’intermédiaire dans ce paiement, Valer Lavitola s’est enfui au Pérou pour échapper au mandat d’arrêt lancé par les magistrats. Durant une conversation enregistrée par les enquêteurs, Silvio Berlusconi lui aurait conseillé de «rester à l’étranger tant que durera l’enquête». Mardi matin d’ailleurs, le chef du gouvernement italien sera entendu à titre de témoin par les magistrats. Mais entre-temps, de nouvelles écoutes pourraient être publiées et accélérer la tournure des événements.

Du coup, la marge de manœuvre de Silvio Berlusconi est étroite. D’autant que ses anciens proches et aussi une partie de son entourage selon une source anonyme, multiplient les pressions pour obtenir sa démission. Durant un entretien publié jeudi matin par le quotidien La Repubblica, le président de la commission antimafia Giuseppe Pisanu a réclamé son retrait immédiat de la scène politique. En parallèle, une pétition d’une teneur identique circulait parmi les sénateurs. Un document qui a déjà obtenu l’adhésion de nombreux hommes politiques et d’une partie de la classe industrielle interpellée par les auteurs du texte.

Tractations

Du coup, l’étau se resserre. Hier matin, Rocco Buttiglione, centriste et ancien ministre de Silvio Berlusconi en 2001 a proposé «un échange» au président du Conseil. L’idée, évoquée en coulisses il y a quelques mois par des politiciens de droite comme de gauche, est celle d’un sauf-conduit lui garantissant l’immunité sur le plan pénal.

Tandis que la classe politique sort finalement du bois, les industriels expriment eux aussi leur malaise en posant carrément un ultimatum au chef du gouvernement italien. Hier soir, la patronne des patrons (Confindustria) a réclamé la mise en place d’un plan pour relancer la croissance en pleine déprime. «Le gouvernement doit soit mettre rapidement en place une opération de grande envergure garantissant des effets sur le long terme, soit tirer les conséquences de son échec», a déclaré Emma Marcegaglia.

Le jugement des marchés

Dans cette difficile partie d’échecs qui vient tout juste de commencer, les marchés vont jouer un rôle important. Ils vont devoir en effet juger les effets du plan de rigueur de 55 milliards de francs suisses qui sera approuvé par le Parlement d’ici jeudi prochain pour permettre à la péninsule de cibler le déficit zéro d’ici 2013. Et en cas de mauvaise note, l’avenir du gouvernement Berlusconi donc du Cavaliere sera immédiatement remis en question.

par Alexandra Bakchine Rome | 10.09.2011