L’attentat de Capaci

La Fiat marron pilotée par l’agent Vito Schifani, accompagné du chef d’escorte Antonio Montinaro et par l’agent Rocco DiCillo ouvrait la route. Au milieu du cortège se trouvait la voiture de Giovanni Falcone. À la demande du magistrat qui adorait conduire, Giuseppe Costanza, son fidèle garde du corps depuis 1984 s’était assis à l’arrière. L’épouse de Falcone avait pris place à ses côtés. Trois autres policiers se trouvaient dans la Fiat bleue qui fermait la colonne, Paolo Capuzzo, Gaspare Cervello et Angelo Corbo. Le convoi filait à près de 160 km/h, sur la voie gauche, à courte distance pour empêcher qu’une voiture impromptue ne s’intercale. Ce jour-là, il régnait une certaine sérénité puisque personne n’était supposé savoir que Falcone était en Sicile.

Francesca Morvillo, Vito Schifani, Rocco De Cillo, Antonio Montinaro

Soudain, à 17 h 59, une énorme explosion éventra l’autoroute sur une centaine de mètres. La déflagration se répercuta longuement dans la vallée. La Fiat de tête et celle du juge furent projetées dans les airs comme par une main titanesque avant de s’écraser, disloquées, à l’intérieur d’un immense cratère. Dans la première voiture, Vito Schifani, Antonio Montinaro et Rocco De Cillo* moururent sur le coup. Dans la seconde, Francesca connut le même sort alors que Giovanni Falcone était dans un état désespéré. Il s’éteignit deux heures plus tard dans l’ambulance qui fonçait vers l’hôpital. Giuseppe Costanza fut grièvement blessé, mais sauvé in extremis, de même que les occupants du troisième véhicule. L’attentat blessa encore une vingtaine de personnes roulant sur l’autoroute à
proximité de l’explosion.

*En ce mois de mai 1992, Antonio Montinaro (trente ans), père de deux petits enfants, ignorait qu’il roulait vers un destin tragique. En effet, ce jourlà, il avait échangé son service avec un collègue, et, par conséquent, il n’aurait pas dû se retrouver dans la voiture. Chef d’escorte du Juge Falcone depuis quelques années, il était devenu une figure emblématique pour les journalistes qui tentaient parfois de lui soutirer un scoop lors des longues heures d’attente au Palais de justice. Il répondait chaque fois sur le ton le plus affable qu’ils devraient patienter jusqu’à sa retraite pour découvrir ses mémoires.
Empreint d’ironie et d’un humour noir propre aux gens côtoyant régulièrement la mort, il déclara un jour à un photographe qui le prenait en photo en compagnie de Falcone : « Tôt ou tard, je vais exploser et alors vous aurez vraiment un scoop ! ». Vito Schifani (vingt-sept ans) laissa derrière lui une petite fille de quatre mois et sa femme Rosaria. Lors des funérailles, cette dernière prononça un discours qui bouleversa toute l’Italie. Rocco DiCillo (trente ans), assis à l’arrière de l’Alfa, mourut aussi sur le coup.

 

Extrait du livre : Les hommes de l’antimafia