Le Capitaine Emanuele Basile

Le dimanche 4 mai 1980, une foule nombreuse s’activait dans les rues de Monreale pour célébrer la fête religieuse de la Crucifixion. Le temps d’un week-end, Basile abandonna son uniforme et les sordides affaires liées à Cosa Nostra pour s’accorder un moment de détente avec sa femme et sa petite fille de deux ans. En ce jour de célébration, Silvana, la jeune épouse d’Emanuele était heureuse. Non seulement sa famille était réunie, mais quelques jours plus tôt, elle avait appris la mutation de son mari dans un endroit moins exposé. Car malgré les mots rassurants de ce dernier, elle craignait beaucoup pour sa sécurité. Tous les jours, les journaux rapportaient un nouvel assassinat ou une disparition mystérieuse de type mafieux et le meurtre du Commissaire Giuliano était encore dans tous les esprits. Ce crime avait fait prendre conscience aux Siciliens que la Mafia était désormais en proie à une folie meurtrière. Par le jeu des mutations, le capitaine Basile avait reçu un ordre de marche qui lui signifiait son prochain départ de Sicile pour prendre le commandement de la compagnie de carabiniers de San Benedetto del Tronto, dans le nord de l’Italie. On imagine aisément avec quel soulagement la jeune épouse avait accueilli cette nouvelle affectation. La famille du Capitaine Basile occupait un appartement de fonction à l’intérieur de la caserne Delero, située en plein centre-ville. En fin d’après-midi, sur le chemin du retour, Emanuele Basile marchait aux côtés de sa femme en portant la petite Barbara dans ses bras. La journée avait été belle et la joie de vivre pouvait se lire sur leurs visages. Ils ne remarquèrent pas qu’au milieu des nombreux promeneurs, trois individus se rapprochaient discrètement. Allaient-ils tenter de déstabiliser l’homme fragilisé par la présence de sa famille en le menaçant de mort ?

Arrivés près du Capitaine Basile, les malfrats sortirent des pistolets et lui tirèrent dessus à plusieurs reprises, sous les yeux horrifiés de sa femme. Le jeune officier de trente et un ans s’écroula, mortellement blessé en serrant dans les bras son bébé, miraculeusement indemne. Les assassins prirent la fuite au milieu des rues encombrées de passants stupéfaits.

Extrait du livre : Les hommes de l’antimafia