Arrestation de 6 mafieux proches du Parrain des parrains

SICILE ► Les mafieux d’Alcamo (ouest de la Sicile) se pensaient à l’abri des surveillances dans la chambre froide d’un vendeur de fruits et légumes. Ils étaient convaincus que les épais murs isolants les protégeraient des écoutes de la police.

Mais les policiers y avaient installés une caméra. Chaudement habillés, les mafieux tenaient des réunions très courtes (de 7 à 10 minutes) dans cette salle réfrigérée, mais aussi dans un bar et dans une entreprise de pompes funèbres.

Baptisée « Freezer », cette opération a permis d’arrêter 6 personnes, proches du boss Matteo Messina Denaro dont le capomandamento local, Ignazio Melodia, 68 ans (photo ci-dessous). Médecin, surnommé « U Dutturi », il avait été incarcéré entre 2002 et 2012 pour association mafieuse. Son père (Cola), son oncle (Diego) et son frère (Antonino) sont également membres de Cosa Nostra. Le groupe pratiquait le racket sur des commerces mais aussi sur des appels d’offres (2% du montant total), et s’intéressait également aux élections locales.

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Les mafieux se réunissaient dans un congélateur pour échapper à la surveillance de la police sicilienne.

 

Ignazio Melodia, di 61 anni, a capo della famiglia mafiosa di Alcamo; Salvatore Giacalone di 62 anni, di Alcamo; Antonino Stella di 69 anni, originario di Marsala; Filippo Cracchiolo di 56 anni, di Alcamo; Giuseppe Di Giovanni di 32 anni, di Alcamo; Vito Turricciano, attualmente detenuto, di 70 anni, di Castellammare del Golfo.
Ignazio Melodia, (61 ans), capo de la famille mafieuse d’Alcamo.  Salvatore Giacalone (62 ans), d’Alcamo. Antonino Stella (69 ans), originaire de Marsala. Filippo Cracchiolo (56 ans) d’Alcamo. Giuseppe Di Giovanni (32 ans) d’Alcamo. Vito Turricciano, (70 ans) de Castellammare del Golfo.

C. Lovis © Les Hommes de l’antimafia, février 2017

Source : Marsalalive.it & Polizia Stato Italia

La mafia, une culture de mort

ACTUALITEVATICAN ► Lundi 23 janvier 2017, le Pape François a reçu au Vatican les membres de la direction antimafia et antiterroriste travaillant au sein de la Cours de cassation italienne. Le souverain pontif leur a déclaré qu’il était conscient que leur travail pouvait mettre leur vie et celle de leur famille en danger. Il les a encouragé à poursuivre leur « indispensable » et « précieuse œuvre de répression » pour « libérer » le pays des associations criminelles.

« Le phénomène mafieux est l’expression d’une culture de mort. Il faut le contrecarrer et le combattre »

Responsables de violences, et d’abus entachés de sang, le Pape a condamné les trois grandes organisations criminelles que sont en Italie la Mafia, la Camorra e la ’Ndrangheta, qui « exploitant les carences économiques, sociales et politiques (du pays), trouvent un terrain fertile pour réaliser leur déplorables projets ». Pour François, elles sont l’expression d’une culture de mort « radicalement opposée à l’Evangile » qu’il faut combattre avec « détermination » par une répression « indispensable » et doté de « moyens efficaces » et en synergie. Le problème est global ».

Source : Radio Vatican

Le pape François
Le pape François

La contrefaçon et les médicaments de fraude sont les trafics les plus actifs

Pietro Grasso

Pietro Grasso

INTERVIEW – Affaiblies par les assauts de la justice italienne, ces organisations multiplient les alliances transnationales. Entretien avec Pietro Grasso, une figure de proue de la lutte antimafia.

LE FIGARO.- Vingt ans après l’assassinat des juges Giovanni Falcone et Paolo Borsellino, peut-on dire que la mafia a été battue? Est-elle encore dangereuse?

Pietro GRASSO.-Cosa Nostra, la mafia sicilienne de Toto Riina, a subi des coups très durs qui ont considérablement limité sa capacité militaire, son enracinement sur le territoire. Nombre d’enquêtes sont en cours. Elles nous font espérer d’arriver prochainement à la victoire définitive. Mais il reste encore beaucoup à faire. Sur le terrain, un seul chef historique est encore en liberté (Matteo Denaro Messina à Trapani, NDLR). Son rôle de commandement est beaucoup affaibli. Il n’exerce pratiquement plus aucun pouvoir.

Vous avez déploré que la confiscation des biens mafieux ne soit pas gérée comme elle devrait. Pourquoi?

Plus de quarante milliards d’euros de biens mafieux de toutes sortes ont été saisis en quatre ans: terrains, immeubles, sociétés, véhicules. Ils ont été confiés à des coopératives de jeunes gérées par des associations antimafia. C’est un grand espoir et pour nous un grand succès. Mais ces biens ne sont pas gérés comme il faudrait. Trop de temps se passe entre la saisie et la confiscation effective. Ces biens se détériorent. Il faut les entretenir, lever les hypothèques, enquêter sur les patrimoines pour établir si ces hypothèques sont réelles ou contrefaites. Cela exige des ressources humaines et financières que nous n’avons pas toujours.

Et les autres mafias?

La Camorra napolitaine a subi aussi des coups très durs. Le clan des Casalesi, le plus dangereux, a été détruit, éliminé, ses biens séquestrés. C’est un très grand succès. Quant à la N’Drangheta calabraise, elle accuse elle également des revers sérieux. Son enracinement est combattu avec efficacité non seulement en Calabre, mais aussi à Milan, dans le Piémont, en Ligurie. Les projecteurs sont tous braqués sur cette mafia qui reste pour le moment la plus puissante, la plus dangereuse. Elle domine le trafic de cocaïne, mais elle étend aussi son pouvoir vers d’autres activités criminelles, en Italie et à l’étranger.

Dans votre dernier livre, vous insistez beaucoup sur le fait que «la mafia du XXIe siècle est transnationale».

Le parquet national antimafia que je dirige a établi avec certitude qu’il existe des rapports opérationnels stables entre les mafias italiennes et les plus importantes organisations criminelles internationales, qu’il s’agisse des mafias turque, russe, nigériane, albanaise, de celles des pays d’Europe de l’Est ou des cartels colombiens et mexicains, sans parler de la Cosa Nostra américaine.

Tous sont insérés dans une trame organique de réseaux criminels liés par des accords pour gérer en commun des affaires illicites, pour coordonner le recyclage des gains illicites et le partage des marchés et des zones d’influence. Les enquêtes les plus récentes font également état de rapports entre criminalité organisée et formations terroristes comme les Farc, l’ETA ou encore al-Qaida. Trafic de drogue, d’armes, d’explosifs, de déchets, trafics d’êtres humains, faux documents et recyclage d’argent font partie de leurs activités communes. Les mafias transnationales sont devenues une menace pour la paix, la sécurité et l’autorité des États.

Quels nouveaux trafics retiennent votre attention?

Sans aucun doute celui de la contrefaçon et du trafic des médicaments de fraude, qui est très dangereux pour la santé. Il implique des réseaux très organisés qui assurent la transmission entre les pays producteurs comme la Chine ou l’Amérique latine, et les marchés européens ou américains. C’est certainement l’un des trafics les plus actifs. Les mafias se sont rapidement converties à la mondialisation des marchés.

Les législations sont-elles adaptées à ces nouveaux trafics?

La législation italienne est à l’avant-garde. Depuis sept ou huit ans, elle s’est adaptée à ce nouveau trafic en reconnaissant le délit d’association de malfaiteurs aux fins de trafics de contrefaçon. Cela confère à nos équipes les instruments juridiques nécessaires pour débusquer les réseaux les plus dangereux.

Pensez-vous que l’Europe dans son ensemble, la France en particulier, ait bien pris la mesure de ce danger?

Il serait souhaitable que tous les pays prennent conscience de la gravité de ce danger comme l’Italie l’a fait. Les réseaux criminels profitent des différences de législations pour se développer dans les pays dont les lois ne sont pas aussi contraignantes que les nôtres. Il est absolument nécessaire que l’Europe se dote de lois homogènes pour pouvoir renforcer la coopération internationale, s’agissant en particulier de la séquestration de biens. Avec nos collègues français, c’est un sujet que nous avons plusieurs fois évoqué. Il faut encore renforcer notre coopération dans le domaine informatique pour pouvoir enquêter avec plus d’efficacité sur les patrimoines mafieux.

Source : Par Richard Heuzé – Le Figaro

 

Un journaliste qui animait des conférences antimafia arrêté en Sicile

Un parc éolien en Sicile. Une véritable Eco Mafia.
Un parc éolien en Sicile. Une véritable Eco Mafia.

TRAPANI – SICILE ► La police de Trapani (ouest de la Sicile) a mené une opération contre un réseau qui contrôlait des appels d’offres pour le compte de Matteo Messina Denaro, le « parrain » de Cosa Nostra encore en fuite. Trois sociétés ont été saisies et 11 personnes ont été arrêtées, notamment Filippo Siragusa, un journaliste freelance, travaillant régulièrement pour le Giornale di Sicilia. Ce dernier qui animait régulièrement des réunions antimafia était utilisé comme prête-nom. Les appels d’offres concernaient la construction d’un parc éolien « Vento di Vino » (partagés équitablement entre deux clans mafieux) et un chantier à 400.000 euros pour l’hôpital de Mazara del Vallo. L’enquête a bénéficié des révélations de Lorenzo Cimarosa, cousin de Matteo Messina Denaro, arrêté en novembre 2013.

Parmi les personnes arrêtées figure également Epifanio Agate, fils de Mariano Agate, boss historique du clan mafieux de Mazara del Vallo, décédé en avril 2013. L’oncle d’Epifanio Agate, Giovan Battista Agate, Conseiller Municipal de Mazara del Vallo, avait déjà été arrêté en 2009 dans une affaire d’infiltration du secteur de l’éolien.

Filippo Siragusa, un journaliste corrompu
Filippo Siragusa, un journaliste corrompu

Deal de rue : Lausanne comme à Palerme

À Palerme, la Black Axe (société secrète nigériane) est dans la cible de la justice italienne. C’est la première fois qu’un groupe criminel non affilié aux mafias traditionnelles est dans le collimateur de l’antimafia. À la suite de l’arrivée massive de migrants en Europe, la justice italienne s’inquiète d’un rapprochement entre l’organisation criminelle nigériane et Cosa Nostra.

Après l’arrestation de 23 Nigérians soupçonnés d’appartenir à la nouvelle organisation mafieuse, le procureur adjoint du tribunal de Palerme explique ce que représente cette nouvelle pègre.

« Ces groupes de Nigérians ont les mêmes caractéristiques que les organisations mafieuses, ils agissent exactement pareil. Ils sont organisés dans une structure pyramidale et utilisent l’intimidation pour s’implanter . On essaie de prouver qu’il y a des liens entre la mafia et ces Nigérians. Mais cette relation ne peut être que verticale : jamais la mafia n’autoriserait une autre organisation à travailler d’égale à égale avec elle. Les Nigérians finiraient vraisemblablement assassinés dans l’arrière-pays s’ils tentaient de s’imposer face à Cosa Nostra. Ballaro le jour et Ballaro la nuit, c’est la même chose, la drogue circule en toute impunité, admet le procureur. Mais l’important, c’est que cette drogue soit vendue avec l’accord de la mafia. C’est Cosa Nostra qui supervise le marché, mais ce qu’on sait, c’est que la mafia prend les Nigérians très au sérieux. Nous pensons qu’il existe des liens entre la criminalité nigériane de Palerme et les gangs de Castel Volturno, de Catane, et d’ailleurs en Italie».

Au centre du marché de Ballaro, le trafic de cocaïne se déroule aux yeux de tous, comme à Lausanne où même harcelés, les dealers africains peinent à quitter la rue. Devant l’arrivée massive des nigérians, la mafia a imposé ses règles : par d’armes à feu dans les mains des Africains. S’ils doivent punir, ils doivent utiliser des machettes ou des haches.

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Trafiquants de drogue à Lausanne

Outre la drogue, la prostitution est l’une des activités les plus lucratives des Nigérians de Ballaro. Elles seraient environ 600 jeunes Nigérianes – les plus nombreuses devant les Roumaines – à faire le trottoir à Palerme sous leur surveillance. Véritables esclaves sexuelles, elles doivent accepter la passe à 20 euros, alors qu’elle est habituellement à 50 euros.

En principe, Cosa Nostra interdit la prostitution, mais sans y participer activement, les mafieux profitent ainsi de cette colossale manne financière en prenant leur part au passage.

C. Lovis  2017© Les Hommes de l’Antimafia™ 

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Prostituée du Nigéria exploitée en Sicile

Source : Le Monde, par Amaury Hauchard

Pas de messe pour un mafioso

LES POUILLES – ITALIE ► Le Père Michele Delle Foglie, prêtre de la paroisse de Grumo Appula, près de Bari (Pouilles), a appelé par voie d’affiches ses fidèles à venir assister à une messe à la mémoire de Rocco Sollecito, originaire de cette région des Pouilles.

Mais Rocco Sollecito était un boss de la Mafia abattu le 27 mai dernier près de Montréal. La messe devait avoir lieu le 27 décembre 2016 à 18h30, mais le Préfet de Police de Bari en a décidé autrement : pour des questions de sécurité et pour ne pas promouvoir la criminalité, la messe pourra avoir lieu mais seulement à 6h du matin, lors d’une cérémonie privée et sans cortège. Le Père Delle Foglie a alors décidé de porter l’affaire devant l’archevêque de Bari-Bitonto, Francesco Cacucci, qui a jugé son attitude « scandaleuse » et qui a purement et simplement annulé toute commémoration.

Le Préfet de Bari, Dottore Carmine Esposito
Le Préfet de Bari, Dottore Carmine Esposito

Rocco Sollecito, 67 ans, a été tué dans sa BMW le 27 mai 2016, près de son domicile à Laval. Fidèle allié du défunt parrain Vito Rizzuto, il était considéré comme l’un des leaders de la mafia italienne à Montréal. Condamné pour fraude en 1974 et pour faux en 1976, il avait été arrêté lors de l’opération « Colisée » de novembre 2006 et avait été condamné à 8 ans de prison. Libéré en 2011, il est de nouveau incarcéré pour n’avoir pas respecté ses obligations judiciaires avant d’être libéré définitivement en 2012. Après la mort de Rizzuto (décembre 2013), Rocco Sollecito est devenu un membre des 6 membres de la  » Table de Direction » (la direction collégiale de la Mafia montréalaise), assurant le rôle de consigliere. Son fils Stefano est considéré comme le chef par intérim de la « Table de Direction », jusqu’à son arrestation lors de l’opération « Magot-Mastiff »(novembre 2015).

Ex-gérant du café Consenza, l’ancien quartier général du clan sicilien à Montréal, Rocco Sollecito avait été condamné à huit ans de pénitencier à la suite de l’opération Colisée, de la GRC.

© Les Hommes de l’Antimafia –  C. Lovis

Source : http://www.tvanouvelles.ca

Rocco Sollecito (à droite) se rendant aux obsèques de Rizzuto.
Rocco Sollecito (à droite) se rendant aux obsèques de Rizzuto.

Le juge Falcone au Panthéon de la Sicile

« Ses idées, ses paroles et son exemple ont incité chacun d’entre nous, les hommes et les femmes de bonne volonté à refuser le dictat de la mafia. »

Giovanni Falcone au Panthéon de la Sicile
Giovanni Falcone au Panthéon de la Sicile

Il y a 24 ans, le juge Giovanni Falcone, sa femme et trois gardes du corps étaient assassinés par une sauvage attaque à la bombe à Capaci, près de Palerme.

Le célèbre juge qui paya de sa vie son engagement incroyable contre la mafia la plus dangereuse du monde est entré en 2015 au « Panthéon des Hommes illustres de la Sicile ».

La pierre tombale est flanquée de deux plaques de marbre à la mémoire de sa femme Francesca Morvillo, le juge Paolo Borsellino et les gardes du corps : Rocco Di Cillo, Vito Schifani, Antonio Montinaro, Walter Eddie Cosina, Claudio Traina, Emanuela Loi, Vincenzo Li Muli et Agostino Catalano.

L’auteur du blog et du livre « Les Hommes de l’antimafia » n’oublie pas de dédier cette information aux gardes du corps et chauffeurs des juges, victimes de la mafia, mais qui ont survécu aux attentats et qui sont malheureusement trop souvent oubliés dans les commémorations alors qu’ils portent une croix de souffrance, d’invalidité et de tristesse très lourde à gérer.

Escorte Falcone : Giuseppe Costanza , Paolo Capuzzo, Gaspare Cervello et Angelo Corbo

Escorte Chinnici : Giovanni Paparcuri

C. Lovis © Les Hommes de l’antimafia™

20041104 - ROMA - SPE - TV: MANFREDI BORSELLINO, IMPOSSIBILE NON TRADIRE LE EMOZIONI - Una foto di archivio del 21 Gennaio 1998 che ritrae i due magistrati Giovanni Falcone e Paolo Borsellino. Questa sera a Palermo ci sara' l' anteprima della fiction dedicata a Borsellino che andra' in onda su Canale 5 lunedi' e martedi' prossimo.   /ARCHIVIO ANSA/DEF
Giovanni Falcone et Paolo Borsellino /ARCHIVIO ANSA/DEF

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