Bernardo Provenzano est mort !

Bernardo Provenzano, le chef historique de la Cosa Nostra sicilienne est mort en prison le mecredi 13 juillet 2016, à l’âge de 83 ans.

« Binnu u tratturi », Bernardo le tracteur qui était détenu à la prison de San Paolo, à Milan, est mort d’un cancer de la vessie après deux ans d’hospitalisation dans l’hôpital pénitentiaire. Le 9 avril 2014, l’ancien chef des chefs de Cosa Nostra, alors dans un état végétatif avait été hospitalisé après l’aggravation de sa maladie. Ses avocats avaient demandé alors sa libération pour qu’il puisse terminer ses jours en famille. Provenzano était depuis sa condamnation à plusieurs peines de prisons à vie soumis à l’article 41 bis réservé aux détenus dangereux (terroristes et mafiosi).

Malgré les demandes répétées des défenseurs et les accords de principe de la Direction nationale antimafia et de plusieurs médecins, Orlando, le ministre de la justice italien a toujours rejeté cette requête. Ce dernier a estimé que l’enquête sur les négociations Etat-Mafia au cours des années 90′ n’avait pas été résolu et que l’hospitalisation de Provenzano avait stoppé le processus.

Provenzano condamné pour plusieurs massacres et des milliers de morts

Provenzano purgeait vingt condamnations à perpétuité, 33 ans et 6 mois d’isolement, 49 ans et un mois en prison et mille euros d’amende. Parmi les crimes pour lesquels il a été condamné, il y a le massacre de Capaci, le massacre de Via D’Amelio, les massacres à Florence, Milan et Rome de 1993 et d’autres massacres comme celui du général Carlo Alberto Dalla Chiesa, de Rocco Chinnici, Piersanti Mattarella, Pio la Torre, Cesare Terranova. En 2009 , Provenzano a été condamné à une nouvelle peine de prison à vie pour le massacre de Viale Lazio (1969), l’un des plus sanglants de l’histoire de Cosa Nostra.

Bernardo Provenzano dit :"le Tracteur"
Bernardo Provenzano lors de son arrestation en 2006

Source : Antimafia Duemila – 13 juillet 2016

Pouilles : 35 arrestations dans une opération antimafia

La police antimafia a mené l’opération « Città Nostra » visant le clan Di Pierro de Tarente. 35 personnes ont été arrêtées et accusées d’association mafieuse, tentative d’homicide, extorsion, vol aggravé, trafic de stupéfiants et détention d’armes.

L’opération a permis de saisir 5 armes à feu, 350 grammes de résine de cannabis et des objets archéologiques. Le clan, qui ne fait pas partie de la Sacra Corona Unita, a des rites proches de la ‘Ndrangheta. Lors d’une écoute fait en octobre 2015 au domicile de Cosimo Di Pierro, les enquêteurs ont assisté à une cérémonie au cours de laquelle il a été élevé au grade de « Santa » par Ignazio Taurino, le boss le plus important de Tarente, qui a invoqué Mazzini, Garibaldi et Lamarmora (figures de l’Unité italienne et références au sein de la ‘Ndrangheta).

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Cosa Nostra : opération antimafia

La Guardia di Finanza de Catane a mené l’opération « Brotherhood » contre le clan Ercolano (un des plus puissants de Sicile orientale) en interpellant 6 personnes, plusieurs autres (dont 3 avocats) ont été inculpées mais laissées libres.

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Les enquêteurs accusent notamment Aldo Ercolano, régent du clan (fils de Tano, frère de Mario et cousin d’un autre Aldo, commanditaire du meurtre de Pippo Fava en 1984), d’avoir utilisé ses contacts dans la franc-maçonnerie, notamment la loge « Kairos », pour truquer des appels d’offres et détourner les procédures de ventes aux enchères lors des faillites d’entreprise.

Un complice a ainsi pu récupérer des biens, estimés à 1,3 million d’euros, d’une société en faillite pour une somme de 250.000 euros. Le clan était également actif dans les prêts usuraires : un homme ayant emprunté 23.000 euros a finalement du rembourser
114.000 euros.

Des cas d’extorsion et de recouvrement de dettes par intimidation mafieuse ont également été recensés.

Lien vers la vidéo

Souvenir de Giovanni Falcone

Giovanni Falcone
Giovanni Falcone

Le 23 mai 1992, Giovanni Falcone, le juge antimafia est assassiné en compagnie de son épouse et de trois membres de son escorte. Le magistrat, véritable légende de la lutte contre le crime organisé n’avait aucune chance de s’en sortir. Sous les ordres de Toto Riina, un commando de mafiosi avaient placés 500 kg de TNT dans un conduit d’évacuation des eaux situé sous l’autoroute. Voici le déroulement de l’attentat.   

À 17h48 :
l’avion des Services secrets italien atterrit à l’aéroport de Punta Raisi. Giovanni Falcone qui est alors l’homme le plus menacé d’Italie à la suite d’un contrat de la mafia sur sa tête prenait toutes les précautions possibles. Il annonçait jamais à l’avance ses voyages, changeait constamment d’itinéraire et d’horaire et ne voyageait jamais sur des lignes officielles.

Giovanni Falcone avec son escorte
Giovanni Falcone arrive avec sa femme et son escorte à l’aéroport de Punta Raisi, en Sicile.

À 17h50,
Le juge Giovanni Falcone monte dans une voiture blindée, une Fiat Croma blanche. Son fidèle garde du corps, Giuseppe Costanza, accepte de s’asseoir à l’arrière pour laisser le volant au magistrat qui adorait conduire. Son épouse, Francesca Morvillo, magistrate également, prend place sur le siège passager.

Vito Schifani, Antonio Montinaro et Rocco Di Cillo, 3 gardes du corps expérimentés qui ne lâchent pas Falcone d’une semelle prennent place dans une Fiat blindée marron. Leur mission sera d’ouvrir la route au convoi.

Dans la 3ème voiture, une Fiat blindée bleue, Paolo Capuzzo, Gaspare Cervello et Angelo Corbo, trois autres policiers de l’escorte seront chargés de fermer le convoi en empêchant tout dépassement.

Convoi du 23 mai 1992
Convoi du 23 mai 1992

À 17h58 :

Le convoi arrive à la hauteur de Capaci. Sur une colline qui se trouve à plusieurs centaines de mètres, Giovanni Brusca, le chef du commando appuie sur le bouton d’une télécommande à distance au moment où la première voiture passe à la hauteur d’un vieux frigo que les mafiosi ont placé comme repère au bord de l’autoroute.

Le dernier trajet du Juge Falcone
Le dernier trajet du Juge Falcone
Les assassins sont dissimulés sur une colline avec une vue imprenable sur l'autoroute
Les assassins sont dissimulés sur une colline avec une vue imprenable sur l’autoroute

À 17h59 :
Dans la première voiture, Vito Schifani, Antonio Montinaro et Rocco Di Cillo sont tués sur le coup par l’effroyable explosion.

Rocco Di Cillo 1962-1992
Rocco Di Cillo 1962-92
Antonio Montinaro 1962-1992
Antonio Montinaro 1962- 92
Vito Schifani 1965-1992
Vito Schifani 1965-92
La Fiat occupée par les 3 agents de l'escorte après l'explosion
La Fiat occupée par les 3 agents de l’escorte après l’explosion.

À 17h59 :

Giuseppe Costanza
Giuseppe Costanza, garde du corps miraculé

La seconde voiture n’est pas atteinte de plein fouet par l’explosion, mais termine sa course accidentée dans l’énorme cratère qui s’est ouvert sur l’autoroute. Le juge Giovanni Falcone grièvement blessé est transporté à l’hôpital dans un état désespéré. Il succombe dans les bras de son ami Paolo Borsellino. Sa femme, Francesca Morvillo est mortellement blessée et rend son dernier souffle quelques minutes après l’explosion. Sur la plage arrière, le garde du corps Giuseppe Costanza qui était à la place normalement réservée à Falcone va survivre miraculeusement. Dans la dernière voiture, les 3 agents qui fermaient la route vont s’en sortir malgré leurs blessures.

Giovanni Falcone et son épouse Francesca Morvillo
Giovanni Falcone et son épouse Francesca Morvillo
Voiture de Giovanni Falcone
La voiture blindée occupée par Giovanni Falcone, sa femme et son garde du corps

IMPRESSIONNANT !

Des experts en explosifs ont reconstitué l’attentat de Capaci pour le dossier du procès. Ils ont installés une quantité de TNT similaire et reconstitué un bout de l’autoroute où à eu lieu l’attentat.

http://video.espresso.repubblica.it/tutti-i-video/capaci-la-ricostruzione-della-strage/590

Quelques photos personnelles des lieux de la tragédie.

Capaci
Le cratère de l’explosion, à Capaci

message importantNOTE :
Giovanni PAPARCURI, chauffeur miraculé qui fut grièvement blessé lors de l’attentat à la voiture piégée qui coûta la vie au magistrat Rocco Chinnici, me faisait remarquer que lors de l’attentat qui tua le Juge Falcone, des fonctionnaires et des citoyens ordinaires de la société civile ne sont pas morts, mais ont été blessés. Certains grièvement. S’ils ont survécu à l’explosion, leur âme et leur vie demeurent à jamais meurtries par ce lâche attentat de Cosa Nostra. Trop souvent, lors des commémorations, on se focalise sur les victimes décédées en omettant par inadvertance la souffrance de ceux qui restent…

Voici les autres victimes de l’attentat du 23 mai 1992

  • CAPUZZA Paolo
  • CERVELLO Gaspare
  • CORBO Angelo
  • COSTANZA Giuseppe
  • FERRO Vincenzo
  • GABRIEL Eberhard
  • GABRIEL Eva
  • IENNA SPANO’ Pietra
  • MASTROLIA Oronzo

Merci à Giovanni PAPARCURI

2015 © C. Lovis, les hommes de l’antimafia

Calabre: deux chefs de la mafia vivaient dans un bunker « comme des animaux »

Deux des criminels les plus recherchés d’Italie ont été arrêtés dans un bunker, avec un arsenal impressionnant. Le bâtiment était « très bien caché au milieu des arbres » dans la montagne de Calabre.

« Comme des animaux » avec un véritable arsenal. Deux chefs de la Ndrangheta, la mafia calabraise ont été arrêtés vendredi par la police italienne qui les a découverts cachés dans un bunker aménagé, où ils « vivaient comme des animaux ».

Giuseppe Ferraro, 47 ans, et Giuseppe Crea, 37 ans, « vivaient dans ce bunker, très bien caché au milieu des arbres », dans les montagnes au-dessus de Maropati, a précisé le procureur de la Calabre, Federico Cafiero de Raho. Le magistrat a ajouté que le site était sous surveillance depuis un an. »Ils vivaient là comme des animaux, une vie rude complètement coupée de la société », a ajouté le procureur.

 Sur les photos faites par la police, on peut voir l’intérieur de cet abri, un local en dur de 25 m2 environ, très sommaire, où sont entreposés notamment des boîtes de tomates en conserve et un thermos, aux côtés d’un évier rudimentaire.
Suite de l’article de l’Express
Giuseppe Crea et Giuseppe Ferraro
Giuseppe Crea et Giuseppe Ferraro

La crise des migrants : une activité lucrative et sans risque pour les mafias

ACTUALITEGouverner c’est prévoir. Or, les dirigeants européens n’ont rien vu venir. Depuis l’été 2015, l’Europe est submergée par une vague de migrants sans précédent. Des millions de personnes dont deux tiers sont musulmanes. Après avoir tenté de rassurer ses citoyens en faisant mine de contrôler la situation, l’Union européenne a été contrainte de reconnaitre son impuissance. L’espace Schengen qui a été l’un des principes fondamentaux du rêve européen se transforme en cauchemar politique. La sécurité des citoyens et la paix sociale sont désormais menacées par le grave déséquilibre causé par cette crise migratoire. Découvrez ce livre intéressant qui expose le profit réalisé par les réseaux criminels et les conséquences à court et à long de cet apport de population que subit l’Europe.

Je vous le recommande vivement.

C. Lovis

Crise des migrants

Le défi migratoire

Extrait du chapitre de Xavier Raufer « Migrations et crime »

En 2011, un rapport de l’Organisation internationale des migrations (OIM) estime le chiffre d’affaires mondial du trafic des clandestins serait alors de 3 à 10 milliards de dollars par an.

Pour les passeurs, l’enrichissement peut être très rapide :

Parti de Libye, un bateau chargé de 150 migrants représente un Chiffre d’affaire d’environ 150 000 dollars. Sachant qu’en outre, l’exploitation lors du « voyage » des migrants est féroce. Divers témoignages sur ces passages montrent en effet que :

  • Un gilet de sauvetage y est facturé 200 dollars
  • Une bouteille d’eau, du pain et une boîte de thon, 100 dollars
  • Une couverture, 200 dollars
  • 5 minutes de conversation sur un téléphone satellitaire : 300 dollars

À l’arrivée en Europe bien sûr, les clandestins peuvent se trouver happés par de nouveaux dispositifs de chantage et de servitude.

À l’extrême-sud de la Botte – donc au plus près de l’Afrique, la Sicile. Là bien sûr, la fort opportuniste Cosa Nostra a bondi sur l’occasion. Selon Leoluca Orlando, maire antimafia de Palerme (The Telegraph, 6 août 2015) les vulnérables migrants échouant dans les camps de transit (souvent gérés par des complices de l’ « honorable société » ) sont exploités par la mafia : marché noir, travail au noir (récoltes dans les champs, etc.). On signale aussi dans ces camps de nombreuses disparitions d’enfants de clandestins ; pour un sort sans doute funeste. Même les trafiquants d’êtres humains d’Afrique et du Moyen-Orient prépareraient désormais les traversées avec des mafieux de Sicile ou de Calabre.

Une certitude : ce trafic humain est bien organisé : sitôt touchée la côte sicilienne (ABC-Australia, 29 juin 2015) un migrant de chaque groupe envoie un texto à son « traitant » côté « arrivée » : nous sommes à bon port. Ce « traitant » rencontre alors « ses » migrants, les oriente vers des centres d’hébergement (y compris ceux pour femmes et enfants), leur indique des transports possibles et les failles des frontières suivantes.

Selon un procureur de l’antimafia, il s’agit là d’une pure et simple manifestation du « crime organisé africain », à qui ces trafics rapportent « des milliards de dollars ».

Gagner le nord de l’Italie sauve-t-il ces migrants ? Non : à Rome, ils sont longtemps tombés aux mains du réseau de corruption nommé par des magistrats locaux Mafia Capitale (Mediapart, 20 mai 2015 ; Les Échos, 5 juin 2015 ; ATS, 5 juin 2015). Une lucrative combinazione alla Romana entre politiciens postfascistes, agents territoriaux et dirigeants de « coopératives sociales » liées à l’ex-Parti communiste italien.

Tous ensemble, ces corrompus truandent de juteux « appels d’offres », puis pillent les dizaines de millions d’euros – allocations, subventions, etc. – versés chaque année pour accueillir les migrants, les loger, les nourrir et les accompagner, leur apprendre une langue européenne, etc. Les réfugiés étant honteusement exploités sur le terrain. (En une décennie (2005 à 2014), l’Italie a consacré un milliard d’euros à ces centres pour réfugiés et demandeurs d’asiles. (ATS, 5 juin 2015).

Pour Mafia Capitale, ces trafics d’êtres humains sont un business criminel parmi d’autres : truandage de marchés publics, prêts à taux usuraires, recouvrement (brutal) de dettes, trafics de déchets toxiques, blanchiment d’argent illicite, racket de parkings, truquages d’élections, etc.

Source : Extrait du livre : le défi migratoire, l’Europe ébranlée, de Jean-Baptiste Noé, Editions Giovangeli Editeur