La dernière interview du général Dalla Chiesa

Par Giorgio Bocca, La Repubblica, 10 août 1982

HISTOIRELa mafia ne chôme pas, elle distille chaque jour de nouveaux crimes: trois meurtres le jeudi 5 entre Bagheria, Casteldaccia et Altavilla Milicia, trois autres vendredi, un homicide et un rapt samedi, un autre homicide dimanche soir, toujours dans le même périmètre, aux portes de Palerme, dans ce monde féroce et archaïque qui ignore la Sicile des loisirs, du tourisme international, du « windsurf» sur la mer bleue de Mondello. Ce sont surtout les procédés qui choquent, « l’avertissement ›› qu’ils donnent au général Carlo Alberto dalla Chiesa et à l’Etat : les tueurs circulent sur des motos de grosse cylindrée, ils tirent sur les places publiques, tuent comme il leur plaît, parfois à seulement dix minutes d’intervalle.

Dalla Chiesa est sombre : « À partir d’aujourd’hui, cette zone sera occupée, manu militari. Je n’espère certes pas capturer les assassins à un barrage de police, mais la présence de l’Etat doit être visible, l’arrogance de la mafia doit cesser. »

Quelle arrogance général ?

« C’est à un journaliste qu’il faut le dire? Ils tuent en plein jour, ils transportent les cadavres, ils les mutilent, ils nous les déposent entre la préfecture de police et le siège de la Présidence de la Région, ils les brûlent à trois heures de l’après-midi dans une rue centrale de Palerme. »

Général, vous êtes ici par choix ou par devoir? Qu’êtes-vous réellement, un véritable proconsul ou un préfet qui a des ennuis?

« Eh bien, en tout cas, je suis certainement le premier général des carabiniers de l’histoire italienne à avoir dit clairement au gouvernement: une préfecture en tant que telle, même de première classe, ça ne m’intéresse pas. Ce qui m`intéresse, c’est de lutter contre la mafia, de disposer des moyens et des pouvoirs nécessaires pour la vaincre, dans l’intérêt de l’État. ››

Je croyais que le gouvernement s’était engagé dans ce sens. Si je me souviens bien, le conseil des ministres du 2 avril dernier a décidé que vous devriez « coordonner aussi bien au niveau national qu’au niveau local» la lutte contre la mafia.

« Il n’apparaît pas que ces engagements ont été codifiés jusqu`ici. »

Voyons un peu, général, vous voulez peut-être me dire qu’aux termes de la loi, le pouvoir d’un préfet ne peut excéder celui d’un autre préfet et est le même que celui d’un préfet de police, mais il n’en est pas moins implicite que vous remplissez une fonction de directeur, de coordinateur.

« Je préfèrerais que ce soit explicite. ››

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Que ferez-vous si vous n’obtenez pas une investiture formelle? Vous renoncerez à cette mission?

« Nous aviserons en septembre. Je suis venu ici pour diriger la lutte contre la mafia et non pour discuter de compétences et de préséances. Mais ne me demandez pas d’en dire plus. ››

Au contraire, parlons-en, cet imbroglio doit être éclairci. Que demandez-vous au juste? Une espèce de dictature antimafia? Les pouvoirs spéciaux qu’avait le préfet Mori?

« Je ne demande pas de lois d’exception, je demande simplement un minimum de clarté. Du temps de Mori, mon père était commandant des carabiniers d’Agrigente. Mori pouvait se servir de lui à Agrigente et d’autres à Trapani, à Enna ou même à Messine, partout où le besoin s’en faisait sentir. Quiconque voudrait combattre la mafia sur son «terrain ›› Palermitain sans s`occuper du reste de l’Italie ne ferait que perdre son temps. ››

Que demandez-vous alors? L’autonomie et l’ubiquité dont vous avez pu disposer lors de la lutte contre le terrorisme?

« J’ai des idées précises à ce sujet, mais vous comprendrez que je ne peux pas les dévoiler publiquement. Tout ce que je peux vous dire, c’est que je les ai déjà exposées depuis longtemps aux autorités compétentes. J`espère qu’elles se concrétiseront dans les plus brefs délais. Faute de quoi on ne pourra espérer obtenir des résultats positifs. »

Vous voulez reprendre contre la mafia le principe des modules antiterroristes? Des noyaux d’hommes sûrs, coordonnés, dans toutes les villes « chaudes ››?

Le général fait un geste de la main, comme pour dire : n’insistez pas, un peu de discipline mon garçon. Curieux personnage, roué et ingénu à la fois, passé maitre dans l’art de la diplomatie italienne, mais avec des restes de candeur « risorgimentale ››. Difficile à saisir.

Général, nous nous sommes rencontrés pour la première fois ici, à l’époque de Corleone et de Liggio; entre 1966 et 1973, vous avez été ici, toujours contre la mafia, le jeune officier nordiste du Giorno della civetta. Qu’aviez-vous alors compris à la mafia et qu’y comprenez-vous aujourd’hui, en 1982?

« Alors, j’avais surtout compris une chose : que la pratique de la résidence surveillée était un archaïsme, quelque chose de complètement dépassé par la révolution technologique, les média, les transports. Je me souviens que mes Corléonais, les Liggio, les Collura, les Criscione, s`étaient tous curieusement retrouvés à Venaria Reale, aux portes de Turin, très peu de temps après Liggio avec lequel je les avais dénoncés à Corleone pour plusieurs homicides en 1949. Quand je m’enquérais d`eux, on me répondait : “ Ce sont des gens très bien. Ils ne dérangent personne. Ils viennent signer régulièrement. ” Personne ne s’était aperçu que dans la journée, certains étaient allés à Palerme, ou qu’ils avaient un bureau à Turin, ou que peut-être même ils étaient allés à Londres ou à Paris. »

Et maintenant?

« Maintenant, je suis frappé par le polycentrisme de la mafia, même en Sicile; il s’agit vraiment d’un tournant historique. Le temps est fini de la mafia géographiquement limitée à la Sicile occidentale. Aujourd’hui, la mafia est forte à Catane aussi. Avec l’accord de la mafia palermitaine, les quatre principales entreprises de bâtiment de Catane travaillent désormais à Palerme. Croyez-vous que ce serait possible s`il n`y avait pas derrière une nouvelle carte du pouvoir de la mafia? »

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Excusez-moi général, mais ce mafioso dénommé Ferlito qui a été tué au cours d’un guet-apens sur l’autoroute, lorsqu’ils ont aussi abattu les carabiniers de l’escorte, n’était-ce pas le cousin de l’adjoint aux travaux publics de Catane?

« Oui. »

Et qu’en est-il, général, des plans d’urbanisme des grandes villes. Est-il vrai qu’ils sont toujours dans le tiroir de l’adjoint à l’aménagement du territoire?

« C’est ce que m’ont déclaré les maires contraints depuis des années à tolérer ces abus. »

Dites-moi général, vous et moi avons le même âge et avons assisté, bien que dans des optiques différentes, aux mêmes épisodes de l’histoire italienne. Certains étaient prévisibles, d’autres pas. Par exemple le fait que le fils de Bernardo Mattarella ait été assassiné par la mafia. Mattarella senior était l’ami de Calogero Vizzini et de Genco Russo, et voilà que Mattarella junior tombe sous le plomb de la mafia. Que s’est-il passé général?

« Il s`est passé que le fils, certainement conscient des doutes qui planaient au sujet de son père, a tout fait pour que sa propre activité politique et son travail d’administrateur public soient exempts de taches. Et dès qu’il a manifesté clairement cette intention, il a trouvé le plomb de la mafia. J’ai réfléchi à cette nouvelle situation : la mafia qui tue les puissants, qui se met à viser de plus en plus haut. Je crois avoir compris la nouvelle règle du jeu: on tue l’homme puissant s’il se produit la fatale combinaison suivante, il est devenu trop dangereux et on peut le tuer, car il est isolé. L’exemple le plus probant est le cas du procureur Costa, copie conforme de l’affaire Coco. ››

Vous estimez donc qu’il existe des « affinités électives ›› entre la philosophie de la mafia et celle des Brigades rouges?

«Je le crois. Costa est devenu trop dangereux à partir du moment où il a décidé, contre l’avis de la majorité du Parquet, de renvoyer en jugement les Inzerillo et les Spatola. Mais comme il était isolé, il devenait possible de le tuer, de le supprimer comme un corps étranger. Il en a été de même pour le juge Coco. La magistrature, l’opinion publique et vous autres défenseurs des libertés étiez favorables à l’échange entre le juge Sossi et ceux du XXII octobre. Coco a dit non, et il a été tué. »

Général, vous ne trouvez pas que votre conception du commanditaire moral et du complice indirect est un peu vaste? Non, ne vous fâchez pas. Dites-moi plutôt pourquoi on a tué le député communiste Pio La Torre.

« À cause de l’ensemble de sa vie, mais l’élément décisif fut sa dernière proposition de loi qui consistait à ajouter à la notion « d’association de malfaiteurs » celle « d’association de mafiosi ».

Ne s’agit-il pas d’une seule et même chose? Comment peut-on poursuivre des mafiosi si l’on n’a pas la preuve qu’ils sont également des malfaiteurs?

« Cela reste à définir. Les magistrats, les sociologues, les policiers, les juristes, savent très bien ce qu’est une association de mafiosi. Qu’ils la définissent dans le code et les jugements ne seront plus soumis à des opinions personnelles. »

Comment vous voyez-vous, vous le général dalla Chiesa, face au pouvoir du parrain du Giorno della Civetta?

«Nous sommes en train de nous étudier mutuellement, de placer nos premiers pions. La mafia est prudente, lente, elle vous jauge, vous écoute, vous surveille de loin. D’autres ne se rendraient pas compte, mais moi, ce monde, je le connais bien. »

Donnez-moi un exemple.

«Certaines invitations. Un ami avec lequel on vient d’avoir une séance de travail vous dit, comme par hasard: et si nous allions prendre un café chez Untel. Le nom est illustre. Si vous ignorez que dans cette maison, l’héroïne coule à flots, vous y allez et vous servez de couverture. Mais si vous y allez en connaissance de cause, ce peut être le signe que vous êtes prêt à cautionner par votre simple présence ce qui s’y passe. ››

Quel milieu compliqué. N’est-ce pas pire que le terrorisme?

« Oui, d’une certaine façon. À l’époque du terrorisme, j’avais derrière moi l’opinion publique, l’attention de l`Italie influente. Il y avait tant de gens à qui l’on avait tiré dans les jambes, et presque tous à des postes importants: journalistes, magistrats, hommes politiques. Avec la mafia, c’est différent. Hormis de rares exceptions, la mafia tue parmi la pègre, l`Italie bien-pensante croit pouvoir s’en désintéresser. Et elle se trompe. »

Pourquoi cela général?

« Désormais, la mafia est implantée dans les principales villes italiennes; elle y a réalisé de gros investissements immobiliers et commerciaux, voire industriels. Voyez-vous, ce qui m’intéresse, c’est d’arriver à connaître cette « accumulation primitive » du capital de la mafia, cette phase de recyclage de l’argent sale, de ces lires volées, extorquées, que des architectes ou des dessinateurs de renom ont transformées en habitations modernes ou en hôtels et en restaurants en vogue. Et ce qui m’intéresse encore plus, c’est de découvrir le réseau de contrôle de la mafia, qui grâce à ces habitations, à ces entreprises, à ces commerces peut-être passés dans des mains au-dessus de tout soupçon, correctes, réside dans les points clefs, assure des refuges, procure les moyens du recyclage, contrôle le pouvoir. »

Et dépose des fonds dans les banques sous couvert du secret bancaire, n’est-ce pas général?

« Le secret bancaire… Là n’est pas le vrai problème. Depuis deux ans qu’on en parle, les mafiosi ont pris leurs précautions. Et puis, il s’agit d’un secret de polichinelle. Les banques savent pertinemment depuis des années qui sont leurs clients « mafiosi ». La lutte contre la mafia ne doit pas se faire dans les banques, ou à Bagheria, ou au coup par coup, mais de façon globale. »

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Général dalla Chiesa, d’où vous viennent vos immenses ambitions?

Il me regarde, intrigué.

Je veux dire, général, cette lutte contre la mafia, tout le monde l’a perdue depuis des siècles, les Bourbons comme les Savoia, la dictature fasciste comme les démocrates pré et post-fascistes, Garibaldi et Petrosino, le préfet Mori et le bandit Giuliano, l’aile socialiste de l’Evis indépendantiste et la gauche syndicaliste de Rizzuto et de Cannavale, la Commission parlementaire d’enquête et Danilo Dolci. Et pourtant, vous, Carlo Alberto dalla Chiesa, endossez l’habit de préfet pour essayer de nouveau.

« Mais oui, et avec un certain optimisme, sous réserve que soit défini au plus vite le caractère spécifique de l’investiture pour laquelle on m’a fait partir. Notez bien que je ne parle pas d’anéantir la mafia, mais simplement de contenir le phénomène. Je fais confiance à mon expérience professionnelle. Je suis convaincu qu`avec un travail psychologique habile, patient, on peut ôter à la mafia son pouvoir. J’ai compris une chose très simple, mais peut-être décisive: une grande partie des protections offertes par la mafia, des privilèges chèrement payés par les citoyens, ne sont autres que leurs droits élémentaires. Assurons-leur ces droits, retirons ce pouvoir à la mafia, faisons nos alliés de ceux qui dépendent d’elle. ››

Nous allons déjeuner dans un restaurant du bord de mer. Avec madame dalla Chiesa, véritable énigme pour la Palerme des puissants. Milanaise, jeune, belle… Bah! Apparemment, il n’y a pas de gardes du corps, pas de précautions particulières. Le général assure qu’il n’en prenait pas non plus du temps de l’antiterrorisme. Il prétend que seule la chance l’a sauvé les trois ou quatre fois où l’on essaya de l’expédier dans un monde meilleur.

« Piancone devait me tuer le soir où je suis allé au congrès du Lyons’Club, mais j’y suis allé en civil et il m’a vu trop tard. Quand j’ai arrêté Patrizio Peci, il avait dans sa poche la liste complète des gens qui avaient signé l’avis de décès à la mort de ma première femme. Il connaissait leurs adresses, leurs habitudes, leurs horaires. Au cas où je me serais réfugié chez l’un d’eux par précaution. Mais moi, je n’en prends pas, des précautions. Je n’en ai même pas prises le jour où l’on pouvait voir sur Rosso ma tête au centre d’une cible avec le score maximal : dix. Si ce n’était pas de l’incitation au meurtre ça… »

Général, sincèrement, que pensez-vous des défenseurs des libertés?

Aux autres tables, on nous regarde en coin. Lorsque nous sortons, quelqu’un esquisse une révérence et murmure « Excellence ».

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Le général Dalla Chiesa a été assassiné le 3 septembre 1982, 100 jours après son arrivée à Palerme.

Bernardo Provenzano est mort !

Bernardo Provenzano, le chef historique de la Cosa Nostra sicilienne est mort en prison le mecredi 13 juillet 2016, à l’âge de 83 ans.

« Binnu u tratturi », Bernardo le tracteur qui était détenu à la prison de San Paolo, à Milan, est mort d’un cancer de la vessie après deux ans d’hospitalisation dans l’hôpital pénitentiaire. Le 9 avril 2014, l’ancien chef des chefs de Cosa Nostra, alors dans un état végétatif avait été hospitalisé après l’aggravation de sa maladie. Ses avocats avaient demandé alors sa libération pour qu’il puisse terminer ses jours en famille. Provenzano était depuis sa condamnation à plusieurs peines de prisons à vie soumis à l’article 41 bis réservé aux détenus dangereux (terroristes et mafiosi).

Malgré les demandes répétées des défenseurs et les accords de principe de la Direction nationale antimafia et de plusieurs médecins, Orlando, le ministre de la justice italien a toujours rejeté cette requête. Ce dernier a estimé que l’enquête sur les négociations Etat-Mafia au cours des années 90′ n’avait pas été résolu et que l’hospitalisation de Provenzano avait stoppé le processus.

Provenzano condamné pour plusieurs massacres et des milliers de morts

Provenzano purgeait vingt condamnations à perpétuité, 33 ans et 6 mois d’isolement, 49 ans et un mois en prison et mille euros d’amende. Parmi les crimes pour lesquels il a été condamné, il y a le massacre de Capaci, le massacre de Via D’Amelio, les massacres à Florence, Milan et Rome de 1993 et d’autres massacres comme celui du général Carlo Alberto Dalla Chiesa, de Rocco Chinnici, Piersanti Mattarella, Pio la Torre, Cesare Terranova. En 2009 , Provenzano a été condamné à une nouvelle peine de prison à vie pour le massacre de Viale Lazio (1969), l’un des plus sanglants de l’histoire de Cosa Nostra.

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Bernardo Provenzano lors de son arrestation en 2006

Source : Antimafia Duemila – 13 juillet 2016

Pouilles : 35 arrestations dans une opération antimafia

La police antimafia a mené l’opération « Città Nostra » visant le clan Di Pierro de Tarente. 35 personnes ont été arrêtées et accusées d’association mafieuse, tentative d’homicide, extorsion, vol aggravé, trafic de stupéfiants et détention d’armes.

L’opération a permis de saisir 5 armes à feu, 350 grammes de résine de cannabis et des objets archéologiques. Le clan, qui ne fait pas partie de la Sacra Corona Unita, a des rites proches de la ‘Ndrangheta. Lors d’une écoute fait en octobre 2015 au domicile de Cosimo Di Pierro, les enquêteurs ont assisté à une cérémonie au cours de laquelle il a été élevé au grade de « Santa » par Ignazio Taurino, le boss le plus important de Tarente, qui a invoqué Mazzini, Garibaldi et Lamarmora (figures de l’Unité italienne et références au sein de la ‘Ndrangheta).

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Cosa Nostra : opération antimafia

La Guardia di Finanza de Catane a mené l’opération « Brotherhood » contre le clan Ercolano (un des plus puissants de Sicile orientale) en interpellant 6 personnes, plusieurs autres (dont 3 avocats) ont été inculpées mais laissées libres.

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Les enquêteurs accusent notamment Aldo Ercolano, régent du clan (fils de Tano, frère de Mario et cousin d’un autre Aldo, commanditaire du meurtre de Pippo Fava en 1984), d’avoir utilisé ses contacts dans la franc-maçonnerie, notamment la loge « Kairos », pour truquer des appels d’offres et détourner les procédures de ventes aux enchères lors des faillites d’entreprise.

Un complice a ainsi pu récupérer des biens, estimés à 1,3 million d’euros, d’une société en faillite pour une somme de 250.000 euros. Le clan était également actif dans les prêts usuraires : un homme ayant emprunté 23.000 euros a finalement du rembourser
114.000 euros.

Des cas d’extorsion et de recouvrement de dettes par intimidation mafieuse ont également été recensés.

Lien vers la vidéo

Souvenir de Giovanni Falcone

Giovanni Falcone
Giovanni Falcone

Le 23 mai 1992, Giovanni Falcone, le juge antimafia est assassiné en compagnie de son épouse et de trois membres de son escorte. Le magistrat, véritable légende de la lutte contre le crime organisé n’avait aucune chance de s’en sortir. Sous les ordres de Toto Riina, un commando de mafiosi avaient placés 500 kg de TNT dans un conduit d’évacuation des eaux situé sous l’autoroute. Voici le déroulement de l’attentat.   

À 17h48 :
l’avion des Services secrets italien atterrit à l’aéroport de Punta Raisi. Giovanni Falcone qui est alors l’homme le plus menacé d’Italie à la suite d’un contrat de la mafia sur sa tête prenait toutes les précautions possibles. Il annonçait jamais à l’avance ses voyages, changeait constamment d’itinéraire et d’horaire et ne voyageait jamais sur des lignes officielles.

Giovanni Falcone avec son escorte
Giovanni Falcone arrive avec sa femme et son escorte à l’aéroport de Punta Raisi, en Sicile.

À 17h50,
Le juge Giovanni Falcone monte dans une voiture blindée, une Fiat Croma blanche. Son fidèle garde du corps, Giuseppe Costanza, accepte de s’asseoir à l’arrière pour laisser le volant au magistrat qui adorait conduire. Son épouse, Francesca Morvillo, magistrate également, prend place sur le siège passager.

Vito Schifani, Antonio Montinaro et Rocco Di Cillo, 3 gardes du corps expérimentés qui ne lâchent pas Falcone d’une semelle prennent place dans une Fiat blindée marron. Leur mission sera d’ouvrir la route au convoi.

Dans la 3ème voiture, une Fiat blindée bleue, Paolo Capuzzo, Gaspare Cervello et Angelo Corbo, trois autres policiers de l’escorte seront chargés de fermer le convoi en empêchant tout dépassement.

Convoi du 23 mai 1992
Convoi du 23 mai 1992

À 17h58 :

Le convoi arrive à la hauteur de Capaci. Sur une colline qui se trouve à plusieurs centaines de mètres, Giovanni Brusca, le chef du commando appuie sur le bouton d’une télécommande à distance au moment où la première voiture passe à la hauteur d’un vieux frigo que les mafiosi ont placé comme repère au bord de l’autoroute.

Le dernier trajet du Juge Falcone
Le dernier trajet du Juge Falcone
Les assassins sont dissimulés sur une colline avec une vue imprenable sur l'autoroute
Les assassins sont dissimulés sur une colline avec une vue imprenable sur l’autoroute

À 17h59 :
Dans la première voiture, Vito Schifani, Antonio Montinaro et Rocco Di Cillo sont tués sur le coup par l’effroyable explosion.

Rocco Di Cillo 1962-1992
Rocco Di Cillo 1962-92
Antonio Montinaro 1962-1992
Antonio Montinaro 1962- 92
Vito Schifani 1965-1992
Vito Schifani 1965-92
La Fiat occupée par les 3 agents de l'escorte après l'explosion
La Fiat occupée par les 3 agents de l’escorte après l’explosion.

À 17h59 :

Giuseppe Costanza
Giuseppe Costanza, garde du corps miraculé

La seconde voiture n’est pas atteinte de plein fouet par l’explosion, mais termine sa course accidentée dans l’énorme cratère qui s’est ouvert sur l’autoroute. Le juge Giovanni Falcone grièvement blessé est transporté à l’hôpital dans un état désespéré. Il succombe dans les bras de son ami Paolo Borsellino. Sa femme, Francesca Morvillo est mortellement blessée et rend son dernier souffle quelques minutes après l’explosion. Sur la plage arrière, le garde du corps Giuseppe Costanza qui était à la place normalement réservée à Falcone va survivre miraculeusement. Dans la dernière voiture, les 3 agents qui fermaient la route vont s’en sortir malgré leurs blessures.

Giovanni Falcone et son épouse Francesca Morvillo
Giovanni Falcone et son épouse Francesca Morvillo / © Photo de Franco Zecchin : site internet : http://franco.zecchin.book.picturetank.com/
Voiture de Giovanni Falcone
La voiture blindée occupée par Giovanni Falcone, sa femme et son garde du corps

IMPRESSIONNANT !

Des experts en explosifs ont reconstitué l’attentat de Capaci pour le dossier du procès. Ils ont installés une quantité de TNT similaire et reconstitué un bout de l’autoroute où à eu lieu l’attentat.

http://video.espresso.repubblica.it/tutti-i-video/capaci-la-ricostruzione-della-strage/590

Quelques photos personnelles des lieux de la tragédie.

Capaci
Le cratère de l’explosion, à Capaci

message importantNOTE :
Giovanni PAPARCURI, chauffeur miraculé qui fut grièvement blessé lors de l’attentat à la voiture piégée qui coûta la vie au magistrat Rocco Chinnici, me faisait remarquer que lors de l’attentat qui tua le Juge Falcone, des fonctionnaires et des citoyens ordinaires de la société civile ne sont pas morts, mais ont été blessés. Certains grièvement. S’ils ont survécu à l’explosion, leur âme et leur vie demeurent à jamais meurtries par ce lâche attentat de Cosa Nostra. Trop souvent, lors des commémorations, on se focalise sur les victimes décédées en omettant par inadvertance la souffrance de ceux qui restent…

Voici les autres victimes de l’attentat du 23 mai 1992

  • CAPUZZA Paolo
  • CERVELLO Gaspare
  • CORBO Angelo
  • COSTANZA Giuseppe
  • FERRO Vincenzo
  • GABRIEL Eberhard
  • GABRIEL Eva
  • IENNA SPANO’ Pietra
  • MASTROLIA Oronzo

Merci à Giovanni PAPARCURI

2015 © C. Lovis, les hommes de l’antimafia

Crédit photographique Franco Zecchin

Calabre: deux chefs de la mafia vivaient dans un bunker « comme des animaux »

Deux des criminels les plus recherchés d’Italie ont été arrêtés dans un bunker, avec un arsenal impressionnant. Le bâtiment était « très bien caché au milieu des arbres » dans la montagne de Calabre.

« Comme des animaux » avec un véritable arsenal. Deux chefs de la Ndrangheta, la mafia calabraise ont été arrêtés vendredi par la police italienne qui les a découverts cachés dans un bunker aménagé, où ils « vivaient comme des animaux ».

Giuseppe Ferraro, 47 ans, et Giuseppe Crea, 37 ans, « vivaient dans ce bunker, très bien caché au milieu des arbres », dans les montagnes au-dessus de Maropati, a précisé le procureur de la Calabre, Federico Cafiero de Raho. Le magistrat a ajouté que le site était sous surveillance depuis un an. »Ils vivaient là comme des animaux, une vie rude complètement coupée de la société », a ajouté le procureur.

 Sur les photos faites par la police, on peut voir l’intérieur de cet abri, un local en dur de 25 m2 environ, très sommaire, où sont entreposés notamment des boîtes de tomates en conserve et un thermos, aux côtés d’un évier rudimentaire.
Suite de l’article de l’Express
Giuseppe Crea et Giuseppe Ferraro
Giuseppe Crea et Giuseppe Ferraro