Coopération policière pour lutter contre la Mafia

L’Italie est sans aucun doute le pays d’Europe qui a payé le plus lourd tribut dans sa lutte antimafia. La République est prise en otage par 4 des mafias les plus structurées du monde. Des policiers, magistrats, journalistes et politiciens ont payé de leur vie leur lutte contre le crime organisé.  

Depuis plusieurs années, des boss mafieux italiens se sont infiltrés aux Pays-Bas pour contrôler le trafic de drogue à Rotterdam. Le pays n’a pas pris conscience très rapidement le danger que représente les membres de la Mafia italienne quand on les laisse prendre de l’ampleur. À tel point que même des boss recherchés activement par l’Italie ont trouvé un havre de paix agréable dans le pays des tulipes.

Dernièrement, la relaxe d’un chef mafioso par un juge néerlandais avait notamment alimenté les tensions. Pointés du doigt pour leur laxisme par les magistrats de la lutte antimafia, les Pays-Bas ont été contraints de réagir.

La police néerlandaise a dès lors mis sur pied une équipe spécialement chargée de traquer les criminels affiliés au crime organisé italien opérant aux Pays-Bas. L’organisation calabraise » Ndrangheta y serait particulièrement active avec plusieurs dizaines de ses membres pratiquants chantage, trafic d’armes et de drogues.

Dans le cadre de cette coopération policière, les Néerlandais vont de leur côté pouvoir interroger les chefs mafieux repentis incarcérés en Italie.

C. Lovis

Source : Les Echos

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Mon prochain livre sur l’antimafia

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Point de situation de la criminalité mafieuse en Italie (2017)

Chaque année, le 15 août, le ministère de l’Intérieur italien dévoile les statistiques de l’antimafia.

Depuis le début de l’année 2017 :

  • 112 opérations de police dans le cadre d’enquêtes judiciaires
  • 1133 mafiosi ont été arrêtés, dont 30 fugitifs importants.
  • 10149 biens ont été séquestrés (dont 500 entreprises) pour une valeur de 3,48 milliards d’euros.
  • 18 communes actuellement placées sous tutelle pour infiltration mafieuse. (Castelvetrano, Gioia Tauro, Lavagna, Crispano, Casavatore, Scafati, Parabita, Borgetto, Canolo, Laureana di Borrello, Bova Marina, San Felice a Cancello, Sorbo San Basile, Cropani, Brancaleone.)

 

 

 

C. Lovis © août 2017

Source : Ministero della Giustizia (2017)

Hommage à Boris Giuliano

Policier moderne, d’une redoutable efficacité, Boris Giuliano avait la pugnacité nécessaire pour remonter le moral de ses troupes. Sous son commandement, la brigade mobile de Palerme devint la cellule antigang la plus efficace de toute la péninsule. Il dirigea ses enquêtes avec des méthodes innovantes et édifia une véritable collaboration avec le Bureau fédéral d’investigation américain, le  célèbre F.B.I. Ce qui était une première.

Commissaire Boris Giuliano
Commissaire Boris Giuliano

Pour les observateurs, il est admirable que Giuliano ait eu un passé aussi glorieux avec les moyens artisanaux de l’époque. Tous les spécialistes s’accordent à dire qu’il fallait une grande intelligence et une farouche volonté pour arriver à accumuler des preuves factuelles susceptibles d’être reconnues devant un tribunal. On ne parlait pas encore des progrès de la génétique et encore moins des découvertes sur l’ADN. Les micros, les caméras et appareils photos ultra-performants ayant la taille d’une tête d’épingle à cheveux pouvant être dissimulés à peu près n’importe où n’existaient pas à cette époque. Les écoutes téléphoniques étaient rarissimes et demandaient une infrastructure imposante. La seule force des enquêteurs résidait dans un savoureux mélange d’intuition, de perspicacité et de rationalisme cartésien. Un agent devait se fondre dans l’environnement qu’il explorait même si cette immersion dans le milieu criminel sicilien présentait un danger mortel plus que partout ailleurs. Car la Mafia, sûre de son pouvoir et de son impunité, assassinait aussi bien des juges que des hommes politiques. Ce n’était pas un modeste fonctionnaire de l’État, encore moins un sbire*, qui allait retenir leurs ardeurs meurtrières. Les enquêteurs de la brigade mobile passaient des jours et des nuits entières planqués derrière les rideaux d’une fenêtre à observer et à noter tous les faits et gestes des malfrats sous surveillance. Les filatures étaient d’autant plus  difficiles que beaucoup de mafiosi vivaient en totale autarcie dans leur quartier, rendant le travail des policiers plus complexe puisque chaque nouveau visage était rapidement repéré.

*Sbire : terme péjoratif utilisé par les mafiosi pour décrire un policier.

Extrait du livre – Les hommes de l’antimafia –

Le commissaire Boris Giuliano (2ème depuis la droite)

Paolo Borsellino, 25 ans déjà…

Le magistrat de Palerme s’attendait à mourir. Il était le dernier du fameux «pool» antimafia qui fit trembler le crime organisé dans les années quatre-vingt. Lâche, complice parfois, l’Etat a saboté les efforts de ses meilleurs serviteurs.

découvrez l’article de presse :

24Heures – 21.07.1992 – Toute l’Italie est orpheline

Le juge antimafia Paolo Borsellino

Centre d’accueil de migrants contrôlé par la ‘Ndrangheta

ITALIE (Mai 2017) ► 500 membres de la police, des carabiniers et de la Guardia di Finanza ont mené l’opération « Jonny » contre le clan Arena de la ‘Ndrangheta. 68 personnes ont été interpellées et accusées d’association mafieuse, extorsion, détention d’armes, malversations, escroqueries aux dépens de l’Etat et fraude aux fournitures publiques.

Le  clan est soupçonné d’avoir contrôlé le marché de la nourriture et de la blanchisserie du centre d’accueil pour migrants d’Isola Capo Rizzuto (1.200 places, près de Crotone), mais aussi sur celui de Lampedusa. Leur influence sur le centre se faisait grâce à Leonardo Sacco, Président de la Section Calabraise de la Confrérie de la Miséricorde, chargée de la gestion du centre depuis plus de 10 ans, et du prêtre d’Isola Capo Rizzuto et cofondateur de la Confrérie, le père Edoardo Scordio.

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Basée à Florence, la Confrérie Nationale de la Miséricorde a décidé la mise sous tutelle de sa section calabraise. Subventionné par l’Etat italien et l’Union Européenne, le clan aurait détourné ainsi au moins 36 millions d’euros destinés à l’aide aux réfugiés. Les enquêteurs ont également identifié des opérations d’extorsion de fonds contre des commerces et la gestion d’une société de paris sportifs en ligne.

Source : Repubblica – Italie

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Foggia : un boss mafieux et sa femme abattus

MAI 2017 ► À San Severo, près de Foggia (Pouilles), Nicola Salvatore, 56 ans, et son épouse Isabella Rotondo, 55 ans, ont été tués par balles par deux tueurs portant des casques intégraux.

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Déjà connu pour trafic de stupéfiants, Salvatore était considéré comme un membre important de la Sacra Corona Unita. Il avait déjà été blessé par balles à l’abdomen en décembre dernier. Le fils du couple, âgé de 16 ans, est actuellement en attente de son procès pour avoir tué après une bagarre pour des questions de jalousie un autre jeune de 17 ans (6 octobre 2016).

Les enquêteurs sont dubitatifs sur les raisons de ce double homicide. Selon eux, si le règlement de compte était lié à la mafia locale, ils pensent que les tueurs auraient épargnés sa femme. L’autre piste serait une vengeance pour le meurtre commis par leur fils. Mais comme Salvatore a été achevé d’une balle dans la tête, il pourrait s’agir d’un message de la mafia.

Source : http://www.immediato.net